|
Avant-propos
Lorsque les gouvernements du Canada,
des États-Unis et du Mexique ont négocié,
en 1993, l'Accord nord-américain de
coopération dans le domaine du travail
(ANACT), ils étaient conscients que
le travail qu'ils entreprenaient était
innovateur et sans précédent. Rien
du genre n'avait été fait auparavant
dans le domaine du travail. Ils ont
donc décidé d'intégrer à l'Accord
un processus d'examen : quatre ans
après l'entrée en vigueur de ce dernier,
le Conseil des ministres examinerait
" le fonctionnement et l'efficacité
" de l'ANACT dans le cadre de sa responsabilité
consistant à " surveille[r] la mise
en œuvre du présent accord et [à faire]
des recommandations en vue de son
développement " (article 10). L'Accord
est entré en vigueur le 1er janvier
1994 et l'examen prévu après quatre
ans de fonctionnement a débuté en
1997. Les résultats de ce processus
ont fait l'objet de discussions à
la réunion que le Conseil ministériel
a tenue en octobre 1998, à Charlottetown
(Île-du-Prince-Édouard). Le processus
d'examen ainsi que les conclusions
qui en découlent constituent un important
élément du présent rapport annuel.
L'ANACT fixe une nouvelle norme internationale
pour ce qui est de l'application de
la législation du travail. Le modèle
antérieur concernant le règlement
des questions relatives au travail
à l'échelon international était axé
sur l'établissement de critères internationaux
régissant la teneur des normes du
travail (les conventions de l'Organisation
internationale du travail). L'approche
nord-américaine reconnaissait la teneur
de la législation interne du travail
et se concentrait sur la définition
de normes internationales en vue de
l'application de cette législation.
Il s'agissait là de son innovation
centrale. Ces normes d'application
figurent dans les six " obligations
" que prévoit l'Accord du travail,
et sont liées à des questions telles
que les mesures gouvernementales d'application,
les mesures de nature privée et les
garanties procédurales.
Les trois pays se sont fermement
engagés à gouverner de manière transparente,
en permettant aux autres parties d'examiner
leurs méthodes d'application et en
invitant les membres du public à faire
part à leur propre gouvernement, dans
le cadre d'un processus officiel,
de leurs préoccupations à l'égard
de l'application de la législation
du travail sur le territoire des autres
parties. Ces " communications du public
" ont joué un rôle de premier plan
en 1998, et ont soulevé de nombreuses
questions d'importance dans le domaine
de la législation du travail, comme
le décrivent brièvement le présent
rapport annuel et les rapports antérieurs.
Le processus des communications du
public mérite que l'on s'y arrête.
Premièrement, il commence par un effort
considérable de recherche et d'établissement
des faits de la part des auteurs de
communications, lesquels sont souvent
des syndicats ou des organisations
non gouvernementales. Les communications
peuvent revêtir la forme de descriptions
et d'analyses importantes de certains
aspects de la législation du travail;
elles mettent l'accent sur la façon
dont cette dernière est appliquée.
Une fois saisis d'une communication,
les bureaux administratifs nationaux
(BAN), agissant chacun selon les règles
qui lui sont propres, évaluent la
communication, entreprennent souvent
d'autres recherches et d'autres mesures
d'établissement des faits, et consultent
les autres parties. L'acceptation
de la communication mène à la diffusion
d'un rapport public qui présente une
analyse et des informations plus détaillées
sur le problème qui a été soulevé.
En outre, à ce stade-là, il est fort
possible qu'une audience publique
ou autre réunion ait été tenue. Souvent,
le sujet suscite une attention considérable
dans la presse, et parfois, des commentaires
du milieu universitaire.
Lorsqu'un gouvernement décide de
demander la tenue de consultations
ministérielles avec un autre gouvernement
à la suite de l'examen d'une communication
du public (ce qui est arrivé jusqu'ici
dans près de la moitié des cas), les
questions soulevées font l'objet d'autres
travaux et d'autres analyses. Les
mesures complémentaires découlant
de ces consultations ministérielles
comportent à la fois des réunions
et des examens très précis qui portent
sur des circonstances déterminées,
de même que des réunions publiques
et spécialisées et d'autres recherches
dirigées.
Les questions soulevées posent souvent
des difficultés selon l'angle sous
lequel elles sont abordées. Il convient
de louer les gouvernements de l'Amérique
du Nord pour leur engagement en faveur
de la démocratie et de la responsabilité
de l'État, ainsi qu'envers la collaboration
et la bonne volonté internationales,
car ils ont participé de bonne foi
et de manière transparente à des examens
axés sur leurs propres responsabilités.
L'effet de ces processus d'examen,
d'exposition et de débat n'est pas
nécessairement immédiat, mais il commence
à se faire sentir dans des secteurs
qu'il est possible de lier, directement
ou indirectement, au processus des
communications du public. Le système
fonctionne.
John S. McKennirey
Directeur exécutif
|