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Annexe
F : Département
du Travail des États-Unis.
Bureau des affaires internationales
du travail. Tribune publique
Mardi, 27 février 1996
9 h 30
Président : Joaquin
F. Otero
Sous-secrétaire adjoint du Travail
(Bureau des affaires internationales
du travail)
Département du travail des États-Unis
Ana Hotel
50 Third Street
San Francisco, Californie
PROGRAMME
Allocutions d'ouverture
Joaquin F. Otero
Sous-secrétaire adjoint du Travail
(Bureau des affaires internationales
du travail)
Département du travail des États-Unis
Luis Miguel Diaz
Coordonnateur général des affaires
internationales
Secrétariat du Travail et de la Sécurité
sociale, Mexique
Warren Edmondson
Directeur général
Service fédéral de médiation et de
conciliation
Développement des ressources humaines
Canada
Exposés
Francisco Hernandez Juarez
Président
Syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone de la République
du Mexique
Morton Bahr
Président
Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord (TCA), FAT-COI
Robert L. Corrada
Professeur adjoint de droit
Université de Denver (parlant au nom
de Sprint)
Dora Vogel
Ancienne employée de La Conexion
Familiar (Sprint)
Federico Anaya
Président, cabinet juridique Anaya
Valdepena
Avocats et experts-conseils en gestion
Conseiller auprès de la confédération
des chambres de commerce et de
l'industrie du Mexique
Maria Blanco
Directrice associée
Clinique des droits des femmes en
matière d'emploi
Université Golden Gate, École de droit
Liliette Jiron
Ancienne employée de La Conexion
Familiar (Sprint)
Sergio Tapia
Consultants Associates (Expert-conseil
en gestion)
Monterrey, Mexique
John Zucker
Aide législatif auprès de M. Tom Lantos
Chambre des représentants des États-Unis
Fernanda Recio
Ancienne employée de La Conexion
Familiar (Sprint)
Veronika Altmeyer
Directrice administrative, Télécommunications
Deutsche Postgewerkschaft (syndicat
de l'industrie des postes et du
téléphone d' l'Allemagne)
Jose Luis Mendoza
Conseiller juridique
Syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone
de la République du Mexique
Lawrence Bertuzzi
Associé, Miller & Thompson
Philip C. Bowyer
Secrétaire-général
Internationale du personnel des
postes, télégraphes et téléphones
Marie Malliett
Présidente, section locale 9410
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord
Frank Martin del Campo
Président, section de San Francisco
Conseil du travail pour l'avancement
de l'Amérique latine
Dick Martin
Secrétaire-trésorier
Congrès du travail du Canada
Janice Wood
Vice-présidente, district 9
Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord (TCA), FAT-COI
Kate Brofenbrenner
Directrice des recherches sur l'éducation
syndicale
École des relations du travail dans
l'industrie (New York)
Université Cornell
Gisselle Quezada
Déléguée syndicale, section locale
9410
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord
Jaime Gonzalez
Représentant régional
Syndical fédéral des travailleurs
de la Californie, FAT-COI
Clôture
ACTES DE LA TRIBUNE
PUBLIQUE
9 h 40
M. ZEE : Avant d'entamer le programme
d'aujourd'hui officiellement, j'aimerais
donner quelques précisions sur la
façon dont nous procéderons, afin
de faciliter le déroulement de la
réunion.
Premièrement, vous remarquerez qu'il
y a du matériel d'interprétation à
toutes les tables. Le canal 4 est
l'anglais et le canal 3, l'espagnol.
Bien sûr, si vous ne comprenez pas
l'anglais, vous ne savez pas que le
canal 3 est l'espagnol, mais le canal
4 est l'anglais, le canal 3, l'espagnol.
Il y a sur la table à l'entrée, derrière,
divers documents. Je pense que la
plupart des gens les ont pris. Ils
sont là pour vous, et n'hésitez pas
à en prendre autant que vous en voulez.
Si vous avez besoin de documents,
je serai dans les environs pendant
toute la durée de la réunion. Faites-le
moi savoir, et je vous aiderai à les
obtenir.
Il y a, ici sur le côté, une section
réservée à la presse; je demande seulement
que les journalistes ne fassent aucune
entrevue dans cette salle durant la
réunion. Ils auront amplement l'occasion
de le faire pendant la pause du déjeuner.
Et, aussi, si vous avez une entrevue
de prévue avec quelqu'un durant la
réunion, tenez-la à l'extérieur de
la salle. En outre, une boîte de prise
de son a été installée à l'arrière
de la salle pour les journalistes
qui en auraient besoin.
En passant, tous les conférenciers
feront leur exposé ici, sur l'estrade;
personne dans l'assistance ne prendra
la parole ou ne posera de questions;
nous prions donc les conférenciers
de s'asseoir aux deux premières tables,
ici en avant; cela réduira les délais
de déplacement et nous aidera à accélérer
le programme de la journée.
Je crois que c'est tout ce que j'avais
à dire. Comme je l'ai indiqué, si
vous avez des questions à poser, je
ne serai pas loin. Et sur ce, je cède
la parole au sous-secrétaire adjoint
aux Affaires internationales, Jack
Otero, qui présidera la tribune d'aujourd'hui.
Je vous remercie.
M. OTERO : Merci, Bob.
Mesdames et messieurs, bonjour.
Muy buenos dias, señ oras y señ ores.
Bienvenidos a todos.
La tâche qui m'est confiée aujourd'hui
est de présider cette tribune publique
au nom du secrétaire du Travail, M.
Robert Reich. J'aimerais tout d'abord
vous présenter les personnes qui sont
ici à mes côtés, à la table d'honneur.
Premièrement, à mon extrême droite,
M. Warren Edmondson, qui représente
le ministère du Développement des
ressources humaines du Canada, et
qui dirige la délégation canadienne
tripartite représentant le gouvernement,
le milieu syndical et le patronat.
À sa gauche, le représentant du gouvernement
mexicain, M. Luis Miguel Dias, du
secrétariat du Travail et de la Sécurité
sociale du Mexique. Lui aussi est
à la tête d'une délégation tripartite
formée de représentants du gouvernement,
du milieu syndical et du patronat.
Juste à ma droite, Mme Irasema
Garza, secrétaire du Bureau administratif
national des États-Unis, qui est l'organisme
de première ligne établi par chaque
gouvernement en vue de la mise en
oeuvre de l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail.
Et à ma gauche, M. Bart Widom, du
bureau du procureur au Département
du travail. M. Widom est mon conseiller
juridique, et Mme Garza
et lui me prêteront main-forte si
jamais on me posait une question de
nature technique ou juridique à laquelle
je ne serais pas en mesure de répondre
moi-même.
Je vous remercie tous de vous être
présentés ici sans délai. Avant d'aller
plus loin, je dois ajouter que je
suis enchanté de voir une assistance
aussi nombreuse, de même que tant
de visages familiers.
Nous avons prévu des écouteurs pour
les services d'interprétation. Je
demanderais à chacun de vous de ne
pas les sortir de la salle par mégarde.
Veuillez les laisser à votre place
lorsque vous irez déjeuner, ainsi
qu'au moment où la réunion prendra
fin aujourd'hui, car ils n'appartiennent
pas au Département du travail; ils
ont été loués pour l'occasion.
La tribune publique d'aujourd'hui
est tenue en vertu de l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail, qui, en langage ordinaire,
est connu comme l'accord complémentaire
de l'ALENA en matière de travail.
Comme vous le savez, l'ALENA est
complété par un accord sur la protection
de l'environnement, et un accord sur
la protection des droits des travailleurs.
Mais la tribune d'aujourd'hui fait
précisément suite à une entente de
mise en oeuvre de consultations ministérielles
concernant la plainte 95-01. Cette
entente a été conclue par le secrétaire
du Travail, M. Robert Reich, et le
secrétaire du Travail du Mexique,
M. Javier Bonilla, le 15 décembre
1995. Et j'aimerais dire en passant
que l'entente a été endossée et signée
par le gouvernement canadien, par
l'entremise de la ministre du Travail,
Lucienne Robillard.
Cette tribune offre l'occasion de
débattre en public de la liberté d'association
et du droit d'organisation, deux principes
auxquels les trois pays signataires
de l'ALENA accordent la plus haute
importance.
Des consultations ministérielles
ont été tenues au sujet de la plainte
95-01, en vertu de l'article 22 de
l'accord en matière de travail, à
la suite d'un rapport public que le
Bureau administratif national du Mexique
a diffusé le 31 mai 1995. La plainte
95-01 a été déposée auprès du BAN
mexicain le 9 février 1995, par le
syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone du Mexique. Selon cette
plainte, la Sprint Corporation a fermé
La Conexion Familiar, une filiale
de télémarketing de langue espagnole
située à San Francisco, en juillet
1994, juste une semaine avant un scrutin
de représentation, mettant ainsi à
pied plus de 200 travailleurs et privant
ces derniers du droit à la liberté
d'association et du droit d'organisation.
Le rapport public du Mexique sur
cette plainte demandait que l'on tienne
des consultations ministérielles dans
le but d'examiner les répercussions
de la fermeture soudaine d'un lieu
de travail sur la liberté d'association
et le droit d'organisation aux États-Unis.
L'entente que les États-Unis et le
Mexique ont négociée au cours de ces
consultations ministérielles reconnaissait
l'importance de cette question et
prévoyait plusieurs mesures dont l'une
est que dans les 120 jours suivant
la conclusion de l'entente, le Département
du travail des États-Unis devait organiser
et tenir une tribune publique à San
Francisco (Californie) afin d'offrir
aux parties intéressées la possibilité
de faire part de leurs préoccupations
à l'égard des répercussions de la
fermeture soudaine d'une usine sur
le principe de la liberté d'association
et du droit d'organisation des travailleurs.
Voilà, Mesdames et Messieurs, pourquoi
nous sommes tous réunis ici aujourd'hui.
La tenue de la tribune d'aujourd'hui
a été annoncée par voie d'avis dans
le Federal Register le 25 janvier
1996. Dans cet avis, des modalités
d'inscription anticipée pour tous
les exposés ont été décrites afin
de garantir le bon déroulement de
la réunion et de donner à toutes les
parties intéressées l'occasion de
participer dans le délai alloué à
chaque conférencier.
Il s'agit d'une activité d'une durée
d'une journée, qui est censée prendre
fin aujourd'hui, à 18 h au plus tard.
Il y aura une pause-déjeuner à 12
h 30 environ, et nous reprendrons
le travail à 14 h.
Les lignes directrices publiées me
permettent, en tant que président
de cette activité, d'allouer 10 minutes
au plus à chaque conférencier, et
je demande à chacun de respecter cette
exigence de manière à ne pas empiéter
sur le droit des autre intervenants
de prendre la parole.
Seules les personnes qui se sont
inscrites à l'avance auprès du Bureau
seront autorisées à prendre la parole
aujourd'hui. Nous avons dressé une
liste des personnes qui souhaitent
prendre la parole et qui se sont inscrites
à temps auprès du Département du travail
des États-Unis. Cette liste se trouve
sur la table située à l'arrière de
la salle.
Si vous vous êtes inscrit pour faire
un exposé, je vous demanderais de
repérer votre nom sur la liste parce
que, dans la mesure du possible, je
tâcherai de suivre l'ordre de cette
liste et je vous appellerai quand
votre tour viendra.
Je sollicite de nouveau votre collaboration
et votre aide pour que la réunion
se déroule de manière ordonnée et
que tous les inscrits puissent présenter
leur exposé, sans obstacles. À cette
fin, je demanderais à chacun de s'en
tenir au sujet qui nous intéresse
aujourd'hui : la plainte 95-01,
l'objectif général de la tribune est
d'analyser les répercussions de la
fermeture soudaine d'usines aux États-Unis
sur le droit d'organisation des travailleurs,
ainsi que sur la liberté d'association.
Après chaque exposé, j'aurai le loisir
d'interroger le conférencier s'il
y a lieu ou si nécessaire. L'assistance
ne pourra pas poser de questions.
À tout moment au cours de la réunion,
je pourrai aussi suspendre les travaux
si je juge qu'il convient de le faire.
En plus de l'enregistrement des délibérations
d'aujourd'hui, les déclarations écrites
qui ont été présentées au Bureau administratif
national des États-Unis seront incluses
dans le compte rendu public de la
réunion. Le public pourra obtenir
le compte rendu complet des délibérations
en en faisant la demande.
J'aimerais tous vous remercier à
l'avance de votre collaboration pour
assurer le bon déroulement de la réunion,
et annoncer aussi aux conférenciers
qu'il peuvent s'adresser à la salle
en anglais ou en espagnol, car nous
disposons de services d'interprétation.
Cela dit, j'ai le plaisir maintenant
de nommer le chef de la délégation
mexicaine et de l'inviter à faire
quelques commentaires. M. Luis Miguel
Diaz, du Mexique.
M. DIAZ : Tout d'abord, je tiens
à remercier le Département du travail
d'avoir organisé cette activité, et
j'aimerais dire aux autorités locales
que je leur suis reconnaissant de
nous accueillir ici.
(PAR L'ENTREMISE D'UN INTERPRÈTE)
Mon exposé sera bref, et sera centré
sur trois points. Numéro un : une
nouvelle façon de mettre l'accent
sur le travailleur; numéro deux :
l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail en tant
que moyen de collaboration; troisièmement
: j'aimerais mettre en lumière la
situation par rapport aux relations
du travail dans le cas des États-Unis,
du Mexique et du Canada.
En ce qui concerne le premier point,
la question du travail et des conditions
de travail, par contraste avec l'approche
originale suivie, a été traité ces
dernières années de façon plus générale.
Le travailleur est considéré comme
un être humain, et les conditions
de travail tiennent aujourd'hui compte
de sa situation économique, de la
productivité des entreprises et du
bien-être des nations. D'autre part,
le travailleur est considéré dans
le contexte de son environnement et
de son milieu de travail. Cette théorie
axée sur le travailleur en tant qu'être
économique, producteur de richesse
et acteur au sein de l'environnement
est relativement nouvelle.
La question est clairement désignée
comme l'un des sujets typiques de
la mondialisation que nous vivons,
et elle a été étudiée par l'OIT, l'OMC,
l'Organisation de développement économique,
l'OCDE, ainsi que par les États-Unis,
le Canada et le Mexique au sein de
l'Organisation des États américains.
Toutefois, dans ce débat, l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail semble occuper
une place prépondérante, car il s'agit
d'une entente qui, de pair avec l'ALENA
et l'Accord de coopération dans le
domaine de l'environnement, est un
accord international qui lie les trois
pays.
Selon le préambule de l'ALENA, l'un
des objectifs visés est le bien-être
des travailleurs. Le préambule de
l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail insiste
de plusieurs façons sur cet objectif.
Et, enfin, l'article premier de l'Accord
de coopération mentionne que l'on
veut améliorer le niveau de vie des
travailleurs dans un contexte international,
dans un contexte de création d'emplois
et d'expansion des droits des travailleurs.
Passons maintenant au deuxième point
et, si vous me le permettez, j'aimerais
faire ressortir cinq aspects précis
de l'Accord de coopération qui nous
réunit ici.
Le premier aspect est que l'Accord
est fondé sur un principe, celui du
respect de la législation du travail
dans chacun de nos trois pays. Il
est précisé à l'article 2 que tous
les mécanismes prévus reposent sur
le principe selon lequel, dans chaque
pays, les autorités compétentes en
matière de travail sont les seules
à agir dans ce domaine. L'Accord ne
vise pas et, comme le dirait l'article
42, n'habilite pas à substituer les
autorités d'un pays à celles d'un
autre.
Le deuxième point a trait à l'un
des objectifs de l'article premier,
celui où il est dit que les pays s'engagent
à favoriser la transparence dans l'application
de la législation du travail. Les
trois pays désirent discuter ouvertement
de tous les sujets, et nous voulons
que tous les éléments de la société
participent au débat; c'est la raison
pour laquelle, à cette réunion-ci,
nous montrons que nous prenons cette
obligation au sérieux.
L'autre point concerne l'établissement
des bureaux administratifs nationaux.
M. Otero en a touché un mot.
Et cela veut dire que pour se conformer
à l'Accord, les trois pays ont établi
trois bureaux qui sont destinés à
servir de points de contact entre
eux ou avec les organismes locaux
et d'État des trois pays, et ensuite,
à assurer la liaison avec un secrétariat
créé par les trois pays. Il s'agit
d'une institution créée par les trois
pays, qui se compose d'un nombre égal
de membres du Canada, du Mexique et
des États-Unis. Son siège est à Dallas,
au Texas.
L'autre point que je voulais souligner
est que l'Accord nord-américain de
coopération dans le domaine du travail,
rompant avec une tradition internationaliste,
n'énonce pas formellement de nouveaux
droits ou de nouvelles obligations
pour les parties. La préoccupation
fondamentale des trois pays était
de trouver des façons d'appliquer
efficacement nos lois, qui découlent
de nos traditions, de nos particularités
et de nos aspirations.
La raison pour laquelle nous sommes
ici, la raison précise pour laquelle
nous nous trouvons ici, est donc de
discuter du principe de la liberté
d'association et du droit d'organisation
dont il est question dans nos lois
nationales et qui, comme nous l'avons
précisé, constituent des principes
communs. Il ne s'agit pas d'un droit
nouveau. Il ne s'agit pas d'un droit
nouveau, mais nous aimerions que les
mécanismes qui le protègent soient
plus efficaces.
Et, enfin, au sujet de l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail, je voulais dire et souligner
qu'il s'agit d'un instrument international
et que si nous devons l'analyser d'une
manière conforme au droit international,
il s'agit d'une loi parfaite. Parfaite,
parce que le document lui-même énonce
une série d'exigences qui permettent
d'imposer des sanctions et des peines.
Il ne s'agit pas simplement d'une
déclaration de principes de bonne
volonté, ou de volonté politique,
il s'agit d'un instrument juridique
exécutoire, de sorte qu'il est possible
de rectifier les cas de non-conformité
en imposant des peines.
Le dernier point que je voulais souligner
est que le travail est un domaine
sur lequel les États-Unis et le Mexique
ont mis l'accent et au sujet duquel
ils se sont entendus pour régler des
problèmes. Il s'agit d'un moyen de
déceler les irrégularités et les problèmes
possibles, de les analyser et de les
exposer au public afin que nos autorités
puissent agir plus efficacement.
Un second point sur lequel je voulais
insister est que la composition de
cette tribune rompt avec la tradition :
il ne s'agit pas simplement d'une
réunion d'organisations gouvernementales.
Non. Nous avons des délégations tripartites
qui représentent différents secteurs
de nos sociétés, de sorte que la représentation
de ce que nous sommes, de ce que nous
voulons être, est très vaste, dans
la mesure où nous sommes représentés
ici de manière tripartite, et je dirais
même quadripartite, parce que nous
avons invité des secteurs de notre
société qui ne représentent pas les
gouvernements, les entreprises ni
les travailleurs; ils représentent
la société en général.
Et, en dernier lieu, je voulais conclure
en disant que le secrétaire du Travail
du Mexique, le secrétaire Bonilla,
croit que cette tribune montre qu'il
est possible de communiquer pour régler
les problèmes, qu'il existe une volonté
politique et que nous nous attendons
à des résultats concrets.
Merci beaucoup.
M. OTERO : Merci, M. Diaz.
J'aimerais maintenant vous présenter
M. Warren Edmondson, directeur général
du Service fédéral de médiation et
de conciliation à Développement des
ressources humaines Canada, qui représente
le gouvernement canadien.
M. EDMONDSON : Merci beaucoup, Jack.
C'est toujours avec plaisir que l'on
quitte le Canada pour se rendre chez
nos voisins du Sud, non seulement
pour renouer avec des connaissances,
mais aussi pour fuir un peu le climat
froid auquel nous sommes exposés à
cette époque-ci de l'année.
En tant que partenaires de l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail, nous sommes
certainement heureux de nous trouver
ici pour prendre part à cette tribune
publique qui porte sur un sujet fort
important, celui de la liberté d'association
et du droit d'organisation des travailleurs.
Ces questions, évidemment, et ce processus,
le processus de règlement de plaintes
que prévoit l'Accord, sont d'une très
grande importance pour nous au Canada,
non seulement pour le gouvernement
canadien et les gouvernements des
provinces, mais aussi pour nos syndicats
et nos employeurs, et nous attendions
donc avec impatience les travaux d'aujourd'hui.
Nous espérons certainement que notre
participation à cette tribune contribuera
davantage à améliorer le dialogue
entre les entreprises, les syndicats
et les gouvernements de nos trois
pays, et qu'elle nous épaulera dans
les efforts que nous faisons pour
atteindre les objectifs de l'accord
nord-américain.
M'accompagnent ici aujourd'hui, de
l'est du pays, au nord-est, M. Dick
Martin, du Congrès du travail du Canada,
la plus importante centrale syndicale
au Canada, Dick qui est assis ici
à gauche, et M. Larry Bertuzzi, un
avocat de Toronto spécialisé dans
le domaine du travail, qui a une expérience
considérable de la représentation
d'entreprises au sein de nombreuses
administrations au Canada, ainsi qu'aux
États-Unis. Tous deux sont des praticiens
chevronnés des relations du travail;
je crois comprendre qu'il doivent
prendre la parole plus tard dans la
journée sur les sujets en question,
et j'ai bien hâte d'entendre ce qu'ils
ont à dire.
Je puis certainement vous assurer,
d'après les rapports que j'ai eus
avec eux, que ni l'un ni l'autre n'est
timide et que s'ils sont d'accord
ou non avec ce que je dirai aujourd'hui,
ils n'hésiteront certainement pas
à le laisser savoir et à exposer leur
point de vue sur la façon dont le
Canada traite la législation du travail.
Ceux d'entre vous qui connaissez
bien la législation canadienne du
travail savez que, dans notre pays,
la compétence constitutionnelle en
matière de travail est répartie entre
le gouvernement fédéral et les gouvernements
de nos provinces. Chaque administration
dispose de ses propres lois du travail,
qui protègent la santé et la sécurité
des travailleurs, de normes d'emploi
fondamentales, de lois en matière
d'équité, ainsi que de lois qui prévoient,
bien sûr, le droit de constituer des
syndicats et de lois régissant les
négociations collectives.
Bien qu'il puisse y avoir quelques
différences, et certaines d'entre
elles sont marquées, entre ces lois
dans notre pays et aussi dans la façon
dont elles sont appliquées, elles
s'inspirent toutes, essentiellement,
du modèle de la Wagner Act
des États-Unis. Il va sans dire que
ceux d'entre vous qui connaissez bien
le droit du travail connaissez bien
aussi le modèle.
Les administrations reconnaissent
toutes dans leurs lois, dans leurs
lois respectives, le droit fondamental
qu'ont les travailleurs de s'organiser
et d'adhérer à un syndicat de leur
choix, qu'il s'agisse d'un syndicat
local, d'un syndicat national ou d'un
syndicat international. Cela, bien
sûr, est compatible avec les droits
fondamentaux d'association que l'on
retrouve dans notre Charte canadienne
des droits et libertés, de même
que dans la Convention 87 de l'Organisation
internationale du Travail, que le
Canada a ratifiée.
Notre ministre fédéral du Travail,
M. Gagliano, qui m'a demandé de vous
faire part de ses salutations, est
le ministre responsable d'un instrument
fédéral, le Code canadien du travail.
La partie I de ce code est celle qui
fixe un cadre pour les négociations
collectives concernant les industries
réglementées par le gouvernement fédéral,
au nombre desquelles figurent les
sociétés aériennes, les sociétés de
télécommunications, les chemins de
fer, les sociétés de transport du
grain et un bon nombre des grandes
industries d'infrastructure au Canada.
Environ le dixième de la population
active est assujettie à la législation
fédérale en matière de travail, je
crois, mais la législation, comme
je l'ai dit, s'applique à un certain
nombre d'industries importantes.
Cette partie du Code a récemment
été examinée par un groupe de travail
indépendant, qui a présenté son rapport
au ministre le 31 janvier de la présente
année. Ce rapport comporte un certain
nombre de recommandations importantes
et souligne, une fois de plus, la
valeur de notre système de négociation
collective en tant qu'instrument efficace,
au Canada, de la politique sociale
et économique, ce qui est là une déclaration
particulièrement importante, je crois,
à l'aube du XXIe siècle.
Dans le rapport du Groupe de travail,
présidé par M. Andrew Sims, qui
est un ancien président de la commission
des relations du travail de l'Alberta,
l'une de nos provinces, on dit, et
je cite : « Le Canada doit continuer
à offrir des moyens qui permettront
aux personnes de s'exprimer par l'entremise
de groupes représentatifs et démocratiques.
Le droit à la libre négociation collective
est un moyen important. »
Et, ajoute-t-on : « Le désordre
social peut résulter non seulement
de l'absence de droits et de libertés,
mais aussi, et d'une manière plus
grave, du sentiment d'injustice né
de l'incapacité à garantir ces droits
et libertés. »
Il convient de noter qu'au cours
des travaux de ce groupe de travail,
grâce à l'aide du gouvernement, les
principaux représentants des syndicats
et du patronat au sein des industries
touchées par cette loi se sont réunis
pour discuter d'un certain nombre
des questions incluses dans les attributions
du Groupe de travail. Le fait qu'ils
soient parvenus à un consensus sur
un nombre important de points est
une indication, je crois, de leur
respect réciproque, de leur capacité
à travailler ensemble, ainsi que de
leur foi dans le système de la négociation
collective, et de l'intérêt qu'ils
ont tous à concevoir un système qui
fonctionne bien pour eux. Cela ne
veut pas dire qu'entre le milieu syndical
et le milieu patronal la paix et l'harmonie
règnent en toutes circonstances au
Canada, mais je crois qu'il s'agit
d'un signe important de la capacité
qu'ils ont de travailler de concert.
Soulignons ici qu'au Canada, le pourcentage
de travailleurs syndiqués demeure
relativement constant, à 37 p. 100
environ de la population active, malgré
l'incidence considérable qu'ont eue
ces dernières années les changements
apportés à nos politiques gouvernementales,
comme la déréglementation, la privatisation
et les pressions de la concurrence
mondiale sur les entreprises et les
travailleurs du Canada.
Au Canada, les augmentations salariales
demeurent relativement faibles, environ
1,4 p. 100 en moyenne, tandis
que l'inflation se situe à 2,1 p. 100,
dans un contexte de chômage relativement
élevé de 9,6 p. 100.
Les pourparlers qui ont lieu aux
tables de négociation, comme ici aux
États-Unis, mettent généralement l'accent
sur la nécessité de faire des concessions,
car bien des entreprises s'efforcent
de demeurer concurrentielles ou d'accroître
leurs bénéfices.
Les entreprises ont tenté de réduire
les frais de main-d'oeuvre en cherchant
à réduire les salaires, en tentant
de réorganiser et d'assouplir les
effectifs et en s'efforçant d'intensifier
la productivité grâce à des techniques
nouvelles.
Les gouvernements, eux aussi aux
prises avec des dettes et des déficits
considérables, jugent utile d'adopter
certaines des stratégies du secteur
privé dans les efforts qu'ils font
pour équilibrer leurs budgets.
Pourtant, le nombre des arrêts de
travail au Canada n'a jamais été aussi
bas, et cela n'est peut-être pas surprenant.
L'an dernier, 982 000 jours-personnes
ont été perdus en raison d'arrêts
de travail, comparativement à 3,5
millions de jours en 1990.
Cependant, dans ce contexte difficile,
le mouvement syndical au Canada réussit
à tenir bon. Comme je l'ai dit, le
pourcentage oscille autour de 35 p. 100,
37 p. 100.
C'est, selon moi, en grande partie
grâce aux lois du Canada, et plus
particulièrement à ses lois du travail,
de même qu'à l'efficacité de ses commissions
indépendantes des relations du travail,
lesquelles sont chargées de la détermination
des structures des unités de négociation,
des enquêtes sur les plaintes relatives
à des pratiques de travail déloyales,
de l'accréditation des syndicats et
de leur juridiction respective, que
les syndicats au Canada sont capables
de s'organiser et de préserver leurs
membres dans ce contexte complexe.
Par exemple, si l'on examine l'expérience
des commissions des relations du travail
de trois de nos provinces les plus
importantes, soit l'Ontario, le Québec
et la Colombie-Britannique, les statistiques
sont révélatrices.
En Ontario, en 1993-1994, les chiffres
indiquent que 11 066 demandes
d'accréditation syndicale ont été
déposées auprès de la Commission des
relations de travail de l'Ontario;
829 ont été acceptées, 102 rejetées
et 204 retirées. Détail plus important,
la Commission a pris en moyenne 22
jours civils pour accorder l'accréditation.
Durant la même période, il n'y a eu
que 110 demandes de révocation de
l'accréditation, dont 53 ont été acceptées
et 26 rejetées.
Dans la province du Québec, pour
1994-1995, les chiffres sont relativement
similaires : 854 demandes, dont 555
acceptées, 87 rejetées.
Et en Colombie-Britannique, la situation
est la même. Dans cette province,
le délai moyen pour accepter une demande
est de 27 jours.
J'admets que notre conseil fédéral
des relations du travail - et ceux
d'entre vous qui désirez prendre le
temps de lire le rapport du Groupe
de travail le constateront - n'est
pas aussi efficace. Je suis sûr que
la situation s'améliorera probablement
à la suite des recommandations de
M. Sims.
Il est certain que le système de
relations du travail au Canada est
loin d'être parfait, et nous avons
vu le pendule osciller dans diverses
provinces à différentes occasions,
mais je crois que le milieu syndical
et le milieu patronal ne pourraient
pas vraiment contester le fait qu'en
général, nos lois du travail sont
exécutées. Non seulement sont-elles
exécutées, mais je crois qu'ils pourraient
également convenir qu'elles le sont
de manière équitable, efficace et
efficiente.
Dans un marché mondial où la concurrence
est vive et où les changements technologiques
surviennent à un rythme stupéfiant,
l'avenir du travail est l'objet de
bien des conjectures. Il y a des intérêts
qui entrent manifestement en conflit
entre, d'une part, la quête de survie
et de rentabilité des entreprises
et, d'autre part, la recherche d'un
travail significatif et de meilleures
conditions de vie pour les travailleurs
et la protection, par les syndicats,
des droits des travailleurs.
Ces intérêts conflictuels ne sont
pas inconciliables; ils doivent plutôt
être mis en équilibre, non seulement
au moyen d'un cadre législatif équitable
et administré efficacement, mais aussi
d'un changement d'attitudes, je crois,
de la part du milieu syndical et du
patronat dans nos pays respectifs,
grâce à la collaboration, grâce à
la bonne foi et à la confiance réciproque,
choses que, malheureusement, nous
ne pouvons imposer par voie législative.
Même si au Canada nombre d'entreprises
et de syndicats adoptent leurs positions
antagonistes classiques, et semblent
vouloir livrer bataille à toute occasion
ou presque, il y a présentement de
nombreuses réussites au Canada, dans
des industries comme les télécommunications,
l'acier, le secteur manufacturier
et d'autres, où le milieu syndical
et le patronat s'efforcent ensemble
de trouver des moyens innovateurs
et créatifs de promouvoir leurs intérêts
réciproques.
Ils ont pris conscience de l'avantage
concurrentiel et de l'intérêt qu'il
y a, pour les deux partenaires sociaux,
à tirer parti d'un effectif bien formé,
motivé, responsabilisé et représenté.
Je crois que des lois du travail
efficaces, appliquées de manière efficiente,
nous permettront de passer à la dimension
suivante et, peut-être, de changer
le paradigme classique et de permettre
au milieu syndical et au milieu patronal,
à l'aube du XXIe siècle,
de travailler ensemble plus efficacement,
au profit de nos trois pays et des
travailleurs du Canada, des États-Unis
et du Mexique.
En terminant, j'aimerais simplement
dire que nous sommes ici pour écouter.
Nous sommes ici pour apprendre. Et
j'ai bien hâte que la journée commence
pour entendre les points de vue des
divers conférenciers.
Merci beaucoup.
M. OTERO : Merci beaucoup, M. Edmondson.
Maintenant que nous avons entendu
les déclarations préliminaires des
trois pays signataires de l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail, passons aux
délibérations de la tribune publique
proprement dites.
Je demanderais aux conférenciers
de bien vouloir s'avancer vers l'estrade
pour faire leur exposé. Et, une fois
de plus, je demanderais à tous de
respecter le temps qui leur est alloué.
La première personne que nous entendrons
ce matin est M. Francisco Hernandez
Juarez, qui préside le syndicat des
travailleurs de l'industrie du téléphone
de la République du Mexique.
M. Hernandez, je vous en prie.
M. HERNANDEZ : (PAR L'ENTREMISE D'UN
INTERPRÈTE) Merci beaucoup. Bonjour.
Mesdames et messieurs, mon nom est
Francisco Hernandez Juarez et, comme
vous venez juste de l'entendre, je
suis le secrétaire général du syndicat
des travailleurs de l'industrie du
téléphone.
J'aimerais signaler que l'organisation
que je représente compte environ 50 000
membres affiliés dans tout le pays.
En fait, nous sommes représentés dans
31 des 32 États qui forment la République
du Mexique.
Premièrement, j'aimerais exprimer
ma profonde reconnaissance aux représentants
du Département du travail des États-Unis
et du ministère du Travail du Canada,
du moins en ce qui concerne le Département
du travail, d'avoir organisé cette
réunion.
Deuxièmement, j'aimerais signaler
que je suis ici non seulement parce
que le syndicat des travailleurs de
l'industrie du téléphone du Mexique
est à l'origine de toute cette procédure
engagée dans le cadre de l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail, mais aussi,
et avant tout, parce qu'en tant que
syndicaliste, je crois en la solidarité
des travailleurs et que, en tant que
travailleur et dirigeant syndical
dans un milieu mondialisé et complexe
d'économies étroitement liées et interdépendantes,
je veux croire à un dialogue fructueux,
à la négociation, à la justice et
les aux lois et aux institutions,
qui sont les meilleurs instruments
pour améliorer les relations entre
le patronat et les travailleurs et
pour résoudre leurs problèmes.
J'aimerais aussi signaler que ce
n'est pas par coïncidence, ni à la
suite d'une décision personnelle,
qu'il a été convenu de mener ces procédures
jusqu'à leurs conséquences ultimes.
C'est par suite de la décision unanime
de notre congrès national, réuni en
janvier 1995, où nous avons confirmé
notre engagement envers l'alliance
que nous avons conclue avec le syndicat
des travailleurs en télécommunication
des États-Unis et du Canada en février
1992, ainsi que de nos liens avec
les syndicats internationaux des travailleurs
des postes et des communications.
L'affaire de La Conexion Familiar
nous préoccupait particulièrement,
non seulement du fait que l'on violait
certaines lois de manière si flagrante,
mais aussi parce qu'il y avait une
agression raciste, non seulement de
la part d'une petite faction, une
agression systématique à l'endroit
d'une organisation syndicale, de la
part de Sprint avec qui Telefonos
de Mexico a conclu une alliance
stratégique.
J'aimerais faire l'observation complémentaire
suivante. Par l'entremise d'un haut
dirigeant de Telefonos de Mexico,
on a essayé de me persuader de ne
pas prendre la parole aujourd'hui,
précisément parce que cela porterait
atteinte à l'alliance entre Sprint
et Telefonos de Mexico.
J'ai fait remarquer à ce dirigeant
que cela voudrait dire que Sprint
désirait changer d'attitude dans la
situation de La Conexion Familiar,
mais il m'a répondu qu'il ne pouvait
pas m'assurer que cela arriverait.
Par conséquent, j'ai répondu qu'il
était impossible que je ne vienne
pas à cette tribune.
Depuis que cette violation des règles
a été rendue publique, nous voulons
que justice soit faite à l'égard des
gens de La Conexion Familiar,
mais nous voulons aussi envoyer un
message bien clair, pas seulement
à Sprint, mais à toutes les entreprises
de télécommunications de la région,
du continent, du monde entier, sur
ce que les travailleurs et les syndicats
sont disposés à faire s'ils se serrent
les coudes pour se défendre les uns
les autres et pour faire valoir leurs
droits, malgré les agressions et les
infractions qui ont été commises contre
les droits des travailleurs, et qui
touchent non seulement les travailleurs
mais les entreprises elles-mêmes,
même si, aux yeux du grand public,
cela ne semble peut-être pas trop
évident.
Nous voulons nous faire porteurs
d'un message de défense des droits
fondamentaux de la personne, parce
que les droits en matière de travail
et les droits syndicaux font partie
des droits de la personne. Nous aimerions
aussi demander aux entreprises transnationales,
aux multinationales, de maintenir
le dialogue avec les syndiqués, avec
les syndicats du monde entier, peu
importe leur nationalité.
Nous voudrions que les multinationales
comprennent que le progrès n'est pas
nécessairement quelque chose qui est
en conflit avec les droits des travailleurs,
avec la garantie de leur lieu de travail.
Si des entreprises comme Sprint sont
disposées à mettre tout en oeuvre
pour empêcher les syndicats d'exister,
alors les syndicats n'auront pas d'autre
choix que de faire tout ce qui sera
nécessaire pour que ce soit le contraire
qui arrive. Et si nous avions la même
attitude despotique que celle dont
l'entreprise a fait preuve, il nous
faudrait alors planifier aussi notre
combat de manière confrontationnelle.
Cet absurde scénario de confrontation
n'est souhaitable pour personne, mais
s'il fallait qu'il se réalise, ce
sont les entreprises qui en seraient
responsables. Nous souhaitons aussi
dans ce contexte faire valoir auprès
de nos gouvernements que, grâce à
la modernisation et à l'intégration
mondiale régionale, on pourrait établir
certaines politiques et stratégies
qui favoriseraient la création d'un
milieu de travail plus équilibré,
d'un milieu de travail plus juste
et, donc, meilleur pour tous les gens
concernés.
Nous espérons que l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail sera un instrument adéquat
et qu'il suffira pour combler toutes
ces attentes, mais nous croyons aussi
que, pour la même raison, il pourrait
constituer le fondement d'une réglementation
plus précise et plus fonctionnelle,
permettant de défendre les droits
des travailleurs.
Par l'entremise de l'IPTT, nous avons
prôné l'adoption d'un code de conduite
pour les multinationales. Grâce à
ce code, les entreprises devraient
reconnaître les syndicats et leurs
représentants, selon leur pays d'origine.
De même, les entreprises ne peuvent
se déplacer d'un endroit à un autre
en essayant d'éviter de reconnaître
les syndicats, pas plus qu'elles ne
seront capables de faire obstacle
aux initiatives des travailleurs,
comme cela s'est passé à La Conexion
Familiar.
Je suis convaincu que mon collègue
Morton Bahr va aussi parler de cela,
et j'aimerais dire d'avance que ses
opinions coïncident avec les nôtres
et que nous sommes disposés et déterminés
à poursuivre notre lutte conjointe.
En terminant, j'aimerais dire un
dernier mot. C'est certainement la
première fois qu'un syndicat mexicain
intente une action juridique à l'appui
d'une lutte syndicale en faveur de
travailleurs américains. Cela représente
pour nous un engagement incroyable.
Nous croyons que les conditions qui
permettent d'agir de cette façon seront
plus favorables à l'avenir parce que,
au sein du mouvement syndical mexicain,
d'importants changements ont lieu,
des changements auxquels nous, les
travailleurs des communications, prenons
part.
Cela redéfinit les caractéristiques
classiques de l'organisation syndicale
internationale, pour pouvoir croire
en la justice, et il ne s'agit pas
là juste d'une idée mais d'une possibilité
concrète, qui repose sur l'unité et
la solidarité entre tous les travailleurs.
M. OTERO : Merci beaucoup, M. Hernandez
Juarez.
J'invite maintenant M. Morton Bahr,
président des Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord et membre du conseil
exécutif de la FAT-COI, à prendre
la parole.
M. BAHR : Bonjour.
M. OTERO : Bonjour.
M. BAHR : Permettez-moi de me présenter
: je suis Morton Bahr, président des
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord. Les TCA représentent environ
600 000 travailleurs, surtout
dans les industries des télécommunications
et de l'information.
Je tiens à féliciter les ministre
et secrétaires du Travail des États-Unis,
du Mexique et du Canada d'avoir décidé
de tenir cette tribune publique sur
la fermeture soudaine de la filiale
La Conexion Familiar de Sprint
Nous avons été stupéfaits lorsque
Sprint a congédié tous ses travailleurs
une semaine avant la date à laquelle
ils étaient censés tenir un scrutin
de représentation. Cette tribune aidera
à exposer et, nous l'espérons, arrêter
le recours aux fermetures soudaines
d'usines et autres mesures antisyndicales
légales et illégales qui empêchent
les travailleurs d'exercer leur droit
d'organisation.
Je désire également remercier le
sous-secrétaire adjoint du Travail,
Jack Otero, de présider cette tribune
et de donner aux travailleurs licenciés
de Sprint la possibilité d'être finalement
entendus.
Enfin, au nom des travailleurs de
LCF, je tiens à remercier le syndicat
des travailleurs de l'industrie du
téléphone du Mexique, le STRM, et
son président, M. Francisco Hernandez
Juarez, d'avoir pris la défense des
travailleurs de LCF et déposé une
plainte officielle en vertu des dispositions
de l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail.
Je déposerai à titre informatif le
texte intégral de mon exposé, ainsi
que les pièces qui y sont jointes.
Dans ce témoignage, j'expose de manière
plus détaillée la relation entre les
TCA et Sprint et la philosophie antisyndicale
de Sprint, et je fais un survol des
faits qui sont survenus à LCF. Aujourd'hui,
vu le peu de temps dont nous disposons,
je mettrai l'accent sur l'importance
de cette tribune et les recommandations
que nous souhaitons présenter aux
gouvernements qui l'ont organisée.
La décision de tenir cette tribune
est une première pour les travailleurs
du Canada, du Mexique et des États-Unis
qui veulent améliorer leurs conditions
de travail et leur niveau de vie en
s'unissant pour former un syndicat.
La tribune a permis d'attirer l'attention
du public sur l'un des pires cas d'abus
de la part d'une entreprise à l'égard
des droits des travailleurs, ainsi
que sur la pratique de certaines entreprises
consistant à fermer soudainement une
usine ou un bureau afin d'empêcher
leurs travailleurs de se syndiquer.
Le geste de Sprint incarne des décennies
d'attaques de plus en plus vives de
la part d'entreprises contre les droits
des travailleurs.
Cette tribune publique a aussi attiré
l'attention sur le fait que les lois
du travail des États-Unis ne parviennent
à protéger les droits des travailleurs,
ainsi que sur l'incapacité du gouvernement
des États-Unis à appliquer ses propres
lois.
La National Labor Relations Act
est en pièces, et nos mécanismes d'exécution
sont inefficaces. Nous devons agir
maintenant pour rectifier la situation.
Nous espérons que cette tribune contribuera
aux efforts déployés ici et à l'étranger
pour sensibiliser la population et
nos élus au fait qu'il est nécessaire
de procéder à des réformes importantes
si l'on veut que les travailleurs
puissent s'unir et négocier en vue
d'une vie meilleure.
Cette tribune publique est importante
aussi parce qu'elle montre que les
accords parallèles de l'ALENA en matière
de travail offrent un autre moyen
de tenir Sprint, et les autres entreprises
qui violent les droits des travailleurs,
responsables de leurs gestes.
À mesure que s'étend l'intégration
de notre pays à l'économie mondiale,
nous devons nous efforcer de conclure
des ententes commerciales permettant
d'établir un code de conduite international
axé sur les travailleurs et leurs
représentants élus. Les entreprises
étrangères désirent avoir accès au
marché lucratif des États-Unis, et
les entreprises américaines désirent
prendre appui sur leurs ressources
financières, techniques et administratives
pour s'implanter à l'étranger.
Les entreprises de toutes parts veulent
accroître les possibilités d'échanges
commerciaux et d'investissements à
l'échelon international. Les gouvernements
doivent mettre ces possibilités en
équilibre avec la responsabilité à
l'égard de la création de bons emplois
et du respect du droit qu'ont les
travailleurs de se syndiquer et de
négocier collectivement.
Le préambule et l'annexe I de l'ANACT
contiennent tous les objectifs nécessaires :
le droit d'organisation, le droit
de négocier collectivement, le besoin
de créer des possibilités d'emploi,
d'améliorer les conditions de travail
et le niveau de vie, ainsi que le
besoin « de protéger, de valoriser
et de faire respecter les droits fondamentaux
des travailleurs ».
Ce qui manque, ce sont des recours
efficaces contre ceux qui violent
ces objectifs, ainsi qu'un moyen de
mettre rapidement en oeuvre ces recours.
Selon les dispositions actuelles de
l'accord parallèle de l'ALENA en matière
de travail, les entreprises ne s'exposent
à aucun risque lorsqu'elles violent
de façon flagrante l'Accord. Pourtant,
il n'y a rien que les compagnies comprennent
mieux que le risque. Elles le gèrent
tous les jours de l'année.
Dans le contexte politique actuel,
où les ententes commerciales suscitent
de plus en plus de critiques, les
gouvernements des États-Unis, du Mexique
et du Canada se trouvent dans une
position unique, où ils peuvent dire
catégoriquement à ces entreprises
que d'autres ententes commerciales
ne se concrétiseront qu'à la condition
de mieux protéger les travailleurs,
leurs emplois et leurs droits. Les
ententes doivent prévoir de lourdes
peines en cas de violation de ces
droits.
Aujourd'hui, nous recommandons que
l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail soit modifié
de manière à inclure un code international
de conduite à l'intention des entreprises
qui ont des activités dans les trois
pays signataires de l'ALENA.
Les TCA, ainsi que d'autres syndicats
de travailleurs du téléphone affiliés
à notre secrétariat international,
l'IPTT, proposent un code de conduite
qui, en résumé, exigerait ceci des
entreprises :
1) Divulguer aux employés et à leurs
représentants élus les plans de l'entreprise
en matière d'investissements, de niveaux
d'emploi, de changements techniques
et de déplacement du travail.
2) Rencontrer chaque année tous les
syndicats concernés afin de discuter
du droit d'organisation, d'égalité
d'accès à l'emploi, de sécurité et
de santé, ainsi que d'éducation et
de formation.
3) Ne pas faire obstacle aux efforts
d'organisation des travailleurs là
où elles font des affaires.
4) Reconnaître un syndicat lorsque
les travailleurs font la preuve d'un
appui suffisant.
5) Ne pas déplacer le travail d'un
pays à un autre pour éviter qu'un
syndicat se forme.
Le texte intégral du code de conduite
figure dans mon exposé écrit.
Dans mon exposé écrit, nous formulons
aussi trois recommandations au gouvernement
des États-Unis. En voici un résumé :
1) Il nous faut des sanctions importantes
pour dissuader les entreprises de
faire obstacle illégalement au droit
d'organisation des travailleurs. Dans
le dossier de Sprint, les violations
étaient ahurissantes; pourtant, la
mesure de redressement prise a été
un simple avis aux employés déjà licenciés
que l'entreprise ne recommencerait
pas. Cela n'a fait qu'aggraver les
choses.
2) Nous recommandons d'apporter à
la loi un changement qui empêcherait
les entreprises d'invoquer des considérations
d'ordre commercial pour fermer une
usine afin d'éviter la formation d'un
syndicat et d'empêcher la conclusion
d'une première convention. Selon la
loi actuelle, les injonctions constituent
une mesure de redressement qui favorise
fortement l'employeur, et qui n'a
été accordée par les tribunaux que
dans de rares cas. Nous recommandons
que si un syndicat demande la tenue
d'un scrutin de représentation, ou
si un syndicat remporte un scrutin
mais qu'une première convention n'a
pas été conclue, on exige de l'entreprise
qui envisage de fermer ses portes
pour des raisons d'ordre commercial
qu'elle a) ouvre ses livres aux employés
et aux représentants syndicaux, b)
fasse la preuve de sa situation devant
un arbitre indépendant avant de pouvoir
fermer des installations.
3) Le gouvernement fédéral peut éviter
de faire des affaires avec les auteurs
de graves infractions aux lois du
travail. Des entrepreneurs de la Défense
qui avaient fraudé les contribuables
n'ont plus eu le droit de faire des
offres pour de nouveaux contrats.
Le gouvernement des États-Unis devrait
étendre cette pratique aux entreprises
que l'on trouve responsables de graves
violations des lois du travail.
Par-dessus tout, cette tribune publique
est fort importante parce qu'elle
offre aux travailleurs de Sprint la
première chance véritable de dire
ce qui s'est passé à LCF. Il s'agit
de l'histoire d'une entreprise, la
Sprint Corporation, la troisième société
d'appels téléphoniques interurbains
en importance aux États-Unis, qui
dit à ses gestionnaires que leur tâche
principale n'est pas de fournir des
services téléphoniques de qualité,
mais d'empêcher à tout prix la formation
d'un syndicat. C'est écrit en toutes
lettres dans leur manuel.
C'est l'histoire de plus de 200 travailleurs,
des femmes latino-américaines surtout,
qui ont eu le courage, pour défendre
leurs droits, de résister aux menaces,
à la coercition et à l'espionnage
auxquels s'adonnait la direction.
Il ne leur manquait plus qu'une semaine
pour réaliser l'exploit sans précédent
de former un syndicat à la division
des appels interurbains de Sprint.
C'est l'histoire aussi d'une entreprise
qui a utilisé tous les trucs imaginables
pour essayer d'arrêter ces travailleurs
et a commis ainsi une cinquantaine
d'infractions à la loi.
C'est aussi l'histoire de dirigeants
qui se sont rendu compte tout à coup
qu'ils étaient sur le point de perdre
au premier scrutin syndical et qui
ont décidé de fermer l'entreprise.
C'est l'histoire d'un cadre de Sprint,
le vice-président chargé des relations
de travail, qui a forgé des preuves
soumises à un organisme gouvernemental
pour donner l'impression que la fermeture
avait eu lieu pour des raisons d'ordre
commercial.
C'est l'histoire d'une entreprise
qui a non seulement fermé une installation,
soudainement et brutalement en un
jour, pour empêcher que ces travailleurs
votent au scrutin de représentation,
mais qu'il l'a fait aussi comme mise
en garde à tous ses autres employés,
pour leur faire savoir que la syndicalisation
était hors de question.
Vous entendrez aujourd'hui des travailleurs
de Sprint vous décrire eux-mêmes,
avec force détails, les piètres conditions
de travail dans cette entreprise,
l'énergie et l'esprit qui les animaient
dans leurs efforts pour se syndiquer,
la campagne antisyndicale que Sprint
a lancée contre leur mouvement, de
même que les répercussions à long
terme de la fermeture sur leurs vies.
Vous entendrez, de la bouche de nombreux
autres, quelles ont été les répercussions
de cette affaire à l'échelle internationale,
la colère au sein de la collectivité
latino-américaine, l'inquiétude des
représentants élus à l'égard du fait
que la loi actuelle est incapable
de protéger les travailleurs dans
l'intérêt public, et dans quelle mesure
les gestes que Sprint a posés sont
monnaie courante dans le secteur privé.
Les travailleurs de LCF attendent
toujours réparation dans l'action
en justice intentée contre Sprint,
qui est actuel |