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Annexe
F : Département
du Travail des États-Unis.
Bureau des affaires internationales
du travail. Tribune publique
Mardi, 27 février 1996
9 h 30
Président : Joaquin
F. Otero
Sous-secrétaire adjoint du Travail
(Bureau des affaires internationales
du travail)
Département du travail des États-Unis
Ana Hotel
50 Third Street
San Francisco, Californie
PROGRAMME
Allocutions d'ouverture
Joaquin F. Otero
Sous-secrétaire adjoint du Travail
(Bureau des affaires internationales
du travail)
Département du travail des États-Unis
Luis Miguel Diaz
Coordonnateur général des affaires
internationales
Secrétariat du Travail et de la Sécurité
sociale, Mexique
Warren Edmondson
Directeur général
Service fédéral de médiation et de
conciliation
Développement des ressources humaines
Canada
Exposés
Francisco Hernandez Juarez
Président
Syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone de la République
du Mexique
Morton Bahr
Président
Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord (TCA), FAT-COI
Robert L. Corrada
Professeur adjoint de droit
Université de Denver (parlant au nom
de Sprint)
Dora Vogel
Ancienne employée de La Conexion
Familiar (Sprint)
Federico Anaya
Président, cabinet juridique Anaya
Valdepena
Avocats et experts-conseils en gestion
Conseiller auprès de la confédération
des chambres de commerce et de
l'industrie du Mexique
Maria Blanco
Directrice associée
Clinique des droits des femmes en
matière d'emploi
Université Golden Gate, École de droit
Liliette Jiron
Ancienne employée de La Conexion
Familiar (Sprint)
Sergio Tapia
Consultants Associates (Expert-conseil
en gestion)
Monterrey, Mexique
John Zucker
Aide législatif auprès de M. Tom Lantos
Chambre des représentants des États-Unis
Fernanda Recio
Ancienne employée de La Conexion
Familiar (Sprint)
Veronika Altmeyer
Directrice administrative, Télécommunications
Deutsche Postgewerkschaft (syndicat
de l'industrie des postes et du
téléphone d' l'Allemagne)
Jose Luis Mendoza
Conseiller juridique
Syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone
de la République du Mexique
Lawrence Bertuzzi
Associé, Miller & Thompson
Philip C. Bowyer
Secrétaire-général
Internationale du personnel des
postes, télégraphes et téléphones
Marie Malliett
Présidente, section locale 9410
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord
Frank Martin del Campo
Président, section de San Francisco
Conseil du travail pour l'avancement
de l'Amérique latine
Dick Martin
Secrétaire-trésorier
Congrès du travail du Canada
Janice Wood
Vice-présidente, district 9
Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord (TCA), FAT-COI
Kate Brofenbrenner
Directrice des recherches sur l'éducation
syndicale
École des relations du travail dans
l'industrie (New York)
Université Cornell
Gisselle Quezada
Déléguée syndicale, section locale
9410
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord
Jaime Gonzalez
Représentant régional
Syndical fédéral des travailleurs
de la Californie, FAT-COI
Clôture
ACTES DE LA TRIBUNE
PUBLIQUE
9 h 40
M. ZEE : Avant d'entamer le programme
d'aujourd'hui officiellement, j'aimerais
donner quelques précisions sur la
façon dont nous procéderons, afin
de faciliter le déroulement de la
réunion.
Premièrement, vous remarquerez qu'il
y a du matériel d'interprétation à
toutes les tables. Le canal 4 est
l'anglais et le canal 3, l'espagnol.
Bien sûr, si vous ne comprenez pas
l'anglais, vous ne savez pas que le
canal 3 est l'espagnol, mais le canal
4 est l'anglais, le canal 3, l'espagnol.
Il y a sur la table à l'entrée, derrière,
divers documents. Je pense que la
plupart des gens les ont pris. Ils
sont là pour vous, et n'hésitez pas
à en prendre autant que vous en voulez.
Si vous avez besoin de documents,
je serai dans les environs pendant
toute la durée de la réunion. Faites-le
moi savoir, et je vous aiderai à les
obtenir.
Il y a, ici sur le côté, une section
réservée à la presse; je demande seulement
que les journalistes ne fassent aucune
entrevue dans cette salle durant la
réunion. Ils auront amplement l'occasion
de le faire pendant la pause du déjeuner.
Et, aussi, si vous avez une entrevue
de prévue avec quelqu'un durant la
réunion, tenez-la à l'extérieur de
la salle. En outre, une boîte de prise
de son a été installée à l'arrière
de la salle pour les journalistes
qui en auraient besoin.
En passant, tous les conférenciers
feront leur exposé ici, sur l'estrade;
personne dans l'assistance ne prendra
la parole ou ne posera de questions;
nous prions donc les conférenciers
de s'asseoir aux deux premières tables,
ici en avant; cela réduira les délais
de déplacement et nous aidera à accélérer
le programme de la journée.
Je crois que c'est tout ce que j'avais
à dire. Comme je l'ai indiqué, si
vous avez des questions à poser, je
ne serai pas loin. Et sur ce, je cède
la parole au sous-secrétaire adjoint
aux Affaires internationales, Jack
Otero, qui présidera la tribune d'aujourd'hui.
Je vous remercie.
M. OTERO : Merci, Bob.
Mesdames et messieurs, bonjour.
Muy buenos dias, señ oras y señ ores.
Bienvenidos a todos.
La tâche qui m'est confiée aujourd'hui
est de présider cette tribune publique
au nom du secrétaire du Travail, M.
Robert Reich. J'aimerais tout d'abord
vous présenter les personnes qui sont
ici à mes côtés, à la table d'honneur.
Premièrement, à mon extrême droite,
M. Warren Edmondson, qui représente
le ministère du Développement des
ressources humaines du Canada, et
qui dirige la délégation canadienne
tripartite représentant le gouvernement,
le milieu syndical et le patronat.
À sa gauche, le représentant du gouvernement
mexicain, M. Luis Miguel Dias, du
secrétariat du Travail et de la Sécurité
sociale du Mexique. Lui aussi est
à la tête d'une délégation tripartite
formée de représentants du gouvernement,
du milieu syndical et du patronat.
Juste à ma droite, Mme Irasema
Garza, secrétaire du Bureau administratif
national des États-Unis, qui est l'organisme
de première ligne établi par chaque
gouvernement en vue de la mise en
oeuvre de l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail.
Et à ma gauche, M. Bart Widom, du
bureau du procureur au Département
du travail. M. Widom est mon conseiller
juridique, et Mme Garza
et lui me prêteront main-forte si
jamais on me posait une question de
nature technique ou juridique à laquelle
je ne serais pas en mesure de répondre
moi-même.
Je vous remercie tous de vous être
présentés ici sans délai. Avant d'aller
plus loin, je dois ajouter que je
suis enchanté de voir une assistance
aussi nombreuse, de même que tant
de visages familiers.
Nous avons prévu des écouteurs pour
les services d'interprétation. Je
demanderais à chacun de vous de ne
pas les sortir de la salle par mégarde.
Veuillez les laisser à votre place
lorsque vous irez déjeuner, ainsi
qu'au moment où la réunion prendra
fin aujourd'hui, car ils n'appartiennent
pas au Département du travail; ils
ont été loués pour l'occasion.
La tribune publique d'aujourd'hui
est tenue en vertu de l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail, qui, en langage ordinaire,
est connu comme l'accord complémentaire
de l'ALENA en matière de travail.
Comme vous le savez, l'ALENA est
complété par un accord sur la protection
de l'environnement, et un accord sur
la protection des droits des travailleurs.
Mais la tribune d'aujourd'hui fait
précisément suite à une entente de
mise en oeuvre de consultations ministérielles
concernant la plainte 95-01. Cette
entente a été conclue par le secrétaire
du Travail, M. Robert Reich, et le
secrétaire du Travail du Mexique,
M. Javier Bonilla, le 15 décembre
1995. Et j'aimerais dire en passant
que l'entente a été endossée et signée
par le gouvernement canadien, par
l'entremise de la ministre du Travail,
Lucienne Robillard.
Cette tribune offre l'occasion de
débattre en public de la liberté d'association
et du droit d'organisation, deux principes
auxquels les trois pays signataires
de l'ALENA accordent la plus haute
importance.
Des consultations ministérielles
ont été tenues au sujet de la plainte
95-01, en vertu de l'article 22 de
l'accord en matière de travail, à
la suite d'un rapport public que le
Bureau administratif national du Mexique
a diffusé le 31 mai 1995. La plainte
95-01 a été déposée auprès du BAN
mexicain le 9 février 1995, par le
syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone du Mexique. Selon cette
plainte, la Sprint Corporation a fermé
La Conexion Familiar, une filiale
de télémarketing de langue espagnole
située à San Francisco, en juillet
1994, juste une semaine avant un scrutin
de représentation, mettant ainsi à
pied plus de 200 travailleurs et privant
ces derniers du droit à la liberté
d'association et du droit d'organisation.
Le rapport public du Mexique sur
cette plainte demandait que l'on tienne
des consultations ministérielles dans
le but d'examiner les répercussions
de la fermeture soudaine d'un lieu
de travail sur la liberté d'association
et le droit d'organisation aux États-Unis.
L'entente que les États-Unis et le
Mexique ont négociée au cours de ces
consultations ministérielles reconnaissait
l'importance de cette question et
prévoyait plusieurs mesures dont l'une
est que dans les 120 jours suivant
la conclusion de l'entente, le Département
du travail des États-Unis devait organiser
et tenir une tribune publique à San
Francisco (Californie) afin d'offrir
aux parties intéressées la possibilité
de faire part de leurs préoccupations
à l'égard des répercussions de la
fermeture soudaine d'une usine sur
le principe de la liberté d'association
et du droit d'organisation des travailleurs.
Voilà, Mesdames et Messieurs, pourquoi
nous sommes tous réunis ici aujourd'hui.
La tenue de la tribune d'aujourd'hui
a été annoncée par voie d'avis dans
le Federal Register le 25 janvier
1996. Dans cet avis, des modalités
d'inscription anticipée pour tous
les exposés ont été décrites afin
de garantir le bon déroulement de
la réunion et de donner à toutes les
parties intéressées l'occasion de
participer dans le délai alloué à
chaque conférencier.
Il s'agit d'une activité d'une durée
d'une journée, qui est censée prendre
fin aujourd'hui, à 18 h au plus tard.
Il y aura une pause-déjeuner à 12
h 30 environ, et nous reprendrons
le travail à 14 h.
Les lignes directrices publiées me
permettent, en tant que président
de cette activité, d'allouer 10 minutes
au plus à chaque conférencier, et
je demande à chacun de respecter cette
exigence de manière à ne pas empiéter
sur le droit des autre intervenants
de prendre la parole.
Seules les personnes qui se sont
inscrites à l'avance auprès du Bureau
seront autorisées à prendre la parole
aujourd'hui. Nous avons dressé une
liste des personnes qui souhaitent
prendre la parole et qui se sont inscrites
à temps auprès du Département du travail
des États-Unis. Cette liste se trouve
sur la table située à l'arrière de
la salle.
Si vous vous êtes inscrit pour faire
un exposé, je vous demanderais de
repérer votre nom sur la liste parce
que, dans la mesure du possible, je
tâcherai de suivre l'ordre de cette
liste et je vous appellerai quand
votre tour viendra.
Je sollicite de nouveau votre collaboration
et votre aide pour que la réunion
se déroule de manière ordonnée et
que tous les inscrits puissent présenter
leur exposé, sans obstacles. À cette
fin, je demanderais à chacun de s'en
tenir au sujet qui nous intéresse
aujourd'hui : la plainte 95-01,
l'objectif général de la tribune est
d'analyser les répercussions de la
fermeture soudaine d'usines aux États-Unis
sur le droit d'organisation des travailleurs,
ainsi que sur la liberté d'association.
Après chaque exposé, j'aurai le loisir
d'interroger le conférencier s'il
y a lieu ou si nécessaire. L'assistance
ne pourra pas poser de questions.
À tout moment au cours de la réunion,
je pourrai aussi suspendre les travaux
si je juge qu'il convient de le faire.
En plus de l'enregistrement des délibérations
d'aujourd'hui, les déclarations écrites
qui ont été présentées au Bureau administratif
national des États-Unis seront incluses
dans le compte rendu public de la
réunion. Le public pourra obtenir
le compte rendu complet des délibérations
en en faisant la demande.
J'aimerais tous vous remercier à
l'avance de votre collaboration pour
assurer le bon déroulement de la réunion,
et annoncer aussi aux conférenciers
qu'il peuvent s'adresser à la salle
en anglais ou en espagnol, car nous
disposons de services d'interprétation.
Cela dit, j'ai le plaisir maintenant
de nommer le chef de la délégation
mexicaine et de l'inviter à faire
quelques commentaires. M. Luis Miguel
Diaz, du Mexique.
M. DIAZ : Tout d'abord, je tiens
à remercier le Département du travail
d'avoir organisé cette activité, et
j'aimerais dire aux autorités locales
que je leur suis reconnaissant de
nous accueillir ici.
(PAR L'ENTREMISE D'UN INTERPRÈTE)
Mon exposé sera bref, et sera centré
sur trois points. Numéro un : une
nouvelle façon de mettre l'accent
sur le travailleur; numéro deux :
l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail en tant
que moyen de collaboration; troisièmement
: j'aimerais mettre en lumière la
situation par rapport aux relations
du travail dans le cas des États-Unis,
du Mexique et du Canada.
En ce qui concerne le premier point,
la question du travail et des conditions
de travail, par contraste avec l'approche
originale suivie, a été traité ces
dernières années de façon plus générale.
Le travailleur est considéré comme
un être humain, et les conditions
de travail tiennent aujourd'hui compte
de sa situation économique, de la
productivité des entreprises et du
bien-être des nations. D'autre part,
le travailleur est considéré dans
le contexte de son environnement et
de son milieu de travail. Cette théorie
axée sur le travailleur en tant qu'être
économique, producteur de richesse
et acteur au sein de l'environnement
est relativement nouvelle.
La question est clairement désignée
comme l'un des sujets typiques de
la mondialisation que nous vivons,
et elle a été étudiée par l'OIT, l'OMC,
l'Organisation de développement économique,
l'OCDE, ainsi que par les États-Unis,
le Canada et le Mexique au sein de
l'Organisation des États américains.
Toutefois, dans ce débat, l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail semble occuper
une place prépondérante, car il s'agit
d'une entente qui, de pair avec l'ALENA
et l'Accord de coopération dans le
domaine de l'environnement, est un
accord international qui lie les trois
pays.
Selon le préambule de l'ALENA, l'un
des objectifs visés est le bien-être
des travailleurs. Le préambule de
l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail insiste
de plusieurs façons sur cet objectif.
Et, enfin, l'article premier de l'Accord
de coopération mentionne que l'on
veut améliorer le niveau de vie des
travailleurs dans un contexte international,
dans un contexte de création d'emplois
et d'expansion des droits des travailleurs.
Passons maintenant au deuxième point
et, si vous me le permettez, j'aimerais
faire ressortir cinq aspects précis
de l'Accord de coopération qui nous
réunit ici.
Le premier aspect est que l'Accord
est fondé sur un principe, celui du
respect de la législation du travail
dans chacun de nos trois pays. Il
est précisé à l'article 2 que tous
les mécanismes prévus reposent sur
le principe selon lequel, dans chaque
pays, les autorités compétentes en
matière de travail sont les seules
à agir dans ce domaine. L'Accord ne
vise pas et, comme le dirait l'article
42, n'habilite pas à substituer les
autorités d'un pays à celles d'un
autre.
Le deuxième point a trait à l'un
des objectifs de l'article premier,
celui où il est dit que les pays s'engagent
à favoriser la transparence dans l'application
de la législation du travail. Les
trois pays désirent discuter ouvertement
de tous les sujets, et nous voulons
que tous les éléments de la société
participent au débat; c'est la raison
pour laquelle, à cette réunion-ci,
nous montrons que nous prenons cette
obligation au sérieux.
L'autre point concerne l'établissement
des bureaux administratifs nationaux.
M. Otero en a touché un mot.
Et cela veut dire que pour se conformer
à l'Accord, les trois pays ont établi
trois bureaux qui sont destinés à
servir de points de contact entre
eux ou avec les organismes locaux
et d'État des trois pays, et ensuite,
à assurer la liaison avec un secrétariat
créé par les trois pays. Il s'agit
d'une institution créée par les trois
pays, qui se compose d'un nombre égal
de membres du Canada, du Mexique et
des États-Unis. Son siège est à Dallas,
au Texas.
L'autre point que je voulais souligner
est que l'Accord nord-américain de
coopération dans le domaine du travail,
rompant avec une tradition internationaliste,
n'énonce pas formellement de nouveaux
droits ou de nouvelles obligations
pour les parties. La préoccupation
fondamentale des trois pays était
de trouver des façons d'appliquer
efficacement nos lois, qui découlent
de nos traditions, de nos particularités
et de nos aspirations.
La raison pour laquelle nous sommes
ici, la raison précise pour laquelle
nous nous trouvons ici, est donc de
discuter du principe de la liberté
d'association et du droit d'organisation
dont il est question dans nos lois
nationales et qui, comme nous l'avons
précisé, constituent des principes
communs. Il ne s'agit pas d'un droit
nouveau. Il ne s'agit pas d'un droit
nouveau, mais nous aimerions que les
mécanismes qui le protègent soient
plus efficaces.
Et, enfin, au sujet de l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail, je voulais dire et souligner
qu'il s'agit d'un instrument international
et que si nous devons l'analyser d'une
manière conforme au droit international,
il s'agit d'une loi parfaite. Parfaite,
parce que le document lui-même énonce
une série d'exigences qui permettent
d'imposer des sanctions et des peines.
Il ne s'agit pas simplement d'une
déclaration de principes de bonne
volonté, ou de volonté politique,
il s'agit d'un instrument juridique
exécutoire, de sorte qu'il est possible
de rectifier les cas de non-conformité
en imposant des peines.
Le dernier point que je voulais souligner
est que le travail est un domaine
sur lequel les États-Unis et le Mexique
ont mis l'accent et au sujet duquel
ils se sont entendus pour régler des
problèmes. Il s'agit d'un moyen de
déceler les irrégularités et les problèmes
possibles, de les analyser et de les
exposer au public afin que nos autorités
puissent agir plus efficacement.
Un second point sur lequel je voulais
insister est que la composition de
cette tribune rompt avec la tradition :
il ne s'agit pas simplement d'une
réunion d'organisations gouvernementales.
Non. Nous avons des délégations tripartites
qui représentent différents secteurs
de nos sociétés, de sorte que la représentation
de ce que nous sommes, de ce que nous
voulons être, est très vaste, dans
la mesure où nous sommes représentés
ici de manière tripartite, et je dirais
même quadripartite, parce que nous
avons invité des secteurs de notre
société qui ne représentent pas les
gouvernements, les entreprises ni
les travailleurs; ils représentent
la société en général.
Et, en dernier lieu, je voulais conclure
en disant que le secrétaire du Travail
du Mexique, le secrétaire Bonilla,
croit que cette tribune montre qu'il
est possible de communiquer pour régler
les problèmes, qu'il existe une volonté
politique et que nous nous attendons
à des résultats concrets.
Merci beaucoup.
M. OTERO : Merci, M. Diaz.
J'aimerais maintenant vous présenter
M. Warren Edmondson, directeur général
du Service fédéral de médiation et
de conciliation à Développement des
ressources humaines Canada, qui représente
le gouvernement canadien.
M. EDMONDSON : Merci beaucoup, Jack.
C'est toujours avec plaisir que l'on
quitte le Canada pour se rendre chez
nos voisins du Sud, non seulement
pour renouer avec des connaissances,
mais aussi pour fuir un peu le climat
froid auquel nous sommes exposés à
cette époque-ci de l'année.
En tant que partenaires de l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail, nous sommes
certainement heureux de nous trouver
ici pour prendre part à cette tribune
publique qui porte sur un sujet fort
important, celui de la liberté d'association
et du droit d'organisation des travailleurs.
Ces questions, évidemment, et ce processus,
le processus de règlement de plaintes
que prévoit l'Accord, sont d'une très
grande importance pour nous au Canada,
non seulement pour le gouvernement
canadien et les gouvernements des
provinces, mais aussi pour nos syndicats
et nos employeurs, et nous attendions
donc avec impatience les travaux d'aujourd'hui.
Nous espérons certainement que notre
participation à cette tribune contribuera
davantage à améliorer le dialogue
entre les entreprises, les syndicats
et les gouvernements de nos trois
pays, et qu'elle nous épaulera dans
les efforts que nous faisons pour
atteindre les objectifs de l'accord
nord-américain.
M'accompagnent ici aujourd'hui, de
l'est du pays, au nord-est, M. Dick
Martin, du Congrès du travail du Canada,
la plus importante centrale syndicale
au Canada, Dick qui est assis ici
à gauche, et M. Larry Bertuzzi, un
avocat de Toronto spécialisé dans
le domaine du travail, qui a une expérience
considérable de la représentation
d'entreprises au sein de nombreuses
administrations au Canada, ainsi qu'aux
États-Unis. Tous deux sont des praticiens
chevronnés des relations du travail;
je crois comprendre qu'il doivent
prendre la parole plus tard dans la
journée sur les sujets en question,
et j'ai bien hâte d'entendre ce qu'ils
ont à dire.
Je puis certainement vous assurer,
d'après les rapports que j'ai eus
avec eux, que ni l'un ni l'autre n'est
timide et que s'ils sont d'accord
ou non avec ce que je dirai aujourd'hui,
ils n'hésiteront certainement pas
à le laisser savoir et à exposer leur
point de vue sur la façon dont le
Canada traite la législation du travail.
Ceux d'entre vous qui connaissez
bien la législation canadienne du
travail savez que, dans notre pays,
la compétence constitutionnelle en
matière de travail est répartie entre
le gouvernement fédéral et les gouvernements
de nos provinces. Chaque administration
dispose de ses propres lois du travail,
qui protègent la santé et la sécurité
des travailleurs, de normes d'emploi
fondamentales, de lois en matière
d'équité, ainsi que de lois qui prévoient,
bien sûr, le droit de constituer des
syndicats et de lois régissant les
négociations collectives.
Bien qu'il puisse y avoir quelques
différences, et certaines d'entre
elles sont marquées, entre ces lois
dans notre pays et aussi dans la façon
dont elles sont appliquées, elles
s'inspirent toutes, essentiellement,
du modèle de la Wagner Act
des États-Unis. Il va sans dire que
ceux d'entre vous qui connaissez bien
le droit du travail connaissez bien
aussi le modèle.
Les administrations reconnaissent
toutes dans leurs lois, dans leurs
lois respectives, le droit fondamental
qu'ont les travailleurs de s'organiser
et d'adhérer à un syndicat de leur
choix, qu'il s'agisse d'un syndicat
local, d'un syndicat national ou d'un
syndicat international. Cela, bien
sûr, est compatible avec les droits
fondamentaux d'association que l'on
retrouve dans notre Charte canadienne
des droits et libertés, de même
que dans la Convention 87 de l'Organisation
internationale du Travail, que le
Canada a ratifiée.
Notre ministre fédéral du Travail,
M. Gagliano, qui m'a demandé de vous
faire part de ses salutations, est
le ministre responsable d'un instrument
fédéral, le Code canadien du travail.
La partie I de ce code est celle qui
fixe un cadre pour les négociations
collectives concernant les industries
réglementées par le gouvernement fédéral,
au nombre desquelles figurent les
sociétés aériennes, les sociétés de
télécommunications, les chemins de
fer, les sociétés de transport du
grain et un bon nombre des grandes
industries d'infrastructure au Canada.
Environ le dixième de la population
active est assujettie à la législation
fédérale en matière de travail, je
crois, mais la législation, comme
je l'ai dit, s'applique à un certain
nombre d'industries importantes.
Cette partie du Code a récemment
été examinée par un groupe de travail
indépendant, qui a présenté son rapport
au ministre le 31 janvier de la présente
année. Ce rapport comporte un certain
nombre de recommandations importantes
et souligne, une fois de plus, la
valeur de notre système de négociation
collective en tant qu'instrument efficace,
au Canada, de la politique sociale
et économique, ce qui est là une déclaration
particulièrement importante, je crois,
à l'aube du XXIe siècle.
Dans le rapport du Groupe de travail,
présidé par M. Andrew Sims, qui
est un ancien président de la commission
des relations du travail de l'Alberta,
l'une de nos provinces, on dit, et
je cite : « Le Canada doit continuer
à offrir des moyens qui permettront
aux personnes de s'exprimer par l'entremise
de groupes représentatifs et démocratiques.
Le droit à la libre négociation collective
est un moyen important. »
Et, ajoute-t-on : « Le désordre
social peut résulter non seulement
de l'absence de droits et de libertés,
mais aussi, et d'une manière plus
grave, du sentiment d'injustice né
de l'incapacité à garantir ces droits
et libertés. »
Il convient de noter qu'au cours
des travaux de ce groupe de travail,
grâce à l'aide du gouvernement, les
principaux représentants des syndicats
et du patronat au sein des industries
touchées par cette loi se sont réunis
pour discuter d'un certain nombre
des questions incluses dans les attributions
du Groupe de travail. Le fait qu'ils
soient parvenus à un consensus sur
un nombre important de points est
une indication, je crois, de leur
respect réciproque, de leur capacité
à travailler ensemble, ainsi que de
leur foi dans le système de la négociation
collective, et de l'intérêt qu'ils
ont tous à concevoir un système qui
fonctionne bien pour eux. Cela ne
veut pas dire qu'entre le milieu syndical
et le milieu patronal la paix et l'harmonie
règnent en toutes circonstances au
Canada, mais je crois qu'il s'agit
d'un signe important de la capacité
qu'ils ont de travailler de concert.
Soulignons ici qu'au Canada, le pourcentage
de travailleurs syndiqués demeure
relativement constant, à 37 p. 100
environ de la population active, malgré
l'incidence considérable qu'ont eue
ces dernières années les changements
apportés à nos politiques gouvernementales,
comme la déréglementation, la privatisation
et les pressions de la concurrence
mondiale sur les entreprises et les
travailleurs du Canada.
Au Canada, les augmentations salariales
demeurent relativement faibles, environ
1,4 p. 100 en moyenne, tandis
que l'inflation se situe à 2,1 p. 100,
dans un contexte de chômage relativement
élevé de 9,6 p. 100.
Les pourparlers qui ont lieu aux
tables de négociation, comme ici aux
États-Unis, mettent généralement l'accent
sur la nécessité de faire des concessions,
car bien des entreprises s'efforcent
de demeurer concurrentielles ou d'accroître
leurs bénéfices.
Les entreprises ont tenté de réduire
les frais de main-d'oeuvre en cherchant
à réduire les salaires, en tentant
de réorganiser et d'assouplir les
effectifs et en s'efforçant d'intensifier
la productivité grâce à des techniques
nouvelles.
Les gouvernements, eux aussi aux
prises avec des dettes et des déficits
considérables, jugent utile d'adopter
certaines des stratégies du secteur
privé dans les efforts qu'ils font
pour équilibrer leurs budgets.
Pourtant, le nombre des arrêts de
travail au Canada n'a jamais été aussi
bas, et cela n'est peut-être pas surprenant.
L'an dernier, 982 000 jours-personnes
ont été perdus en raison d'arrêts
de travail, comparativement à 3,5
millions de jours en 1990.
Cependant, dans ce contexte difficile,
le mouvement syndical au Canada réussit
à tenir bon. Comme je l'ai dit, le
pourcentage oscille autour de 35 p. 100,
37 p. 100.
C'est, selon moi, en grande partie
grâce aux lois du Canada, et plus
particulièrement à ses lois du travail,
de même qu'à l'efficacité de ses commissions
indépendantes des relations du travail,
lesquelles sont chargées de la détermination
des structures des unités de négociation,
des enquêtes sur les plaintes relatives
à des pratiques de travail déloyales,
de l'accréditation des syndicats et
de leur juridiction respective, que
les syndicats au Canada sont capables
de s'organiser et de préserver leurs
membres dans ce contexte complexe.
Par exemple, si l'on examine l'expérience
des commissions des relations du travail
de trois de nos provinces les plus
importantes, soit l'Ontario, le Québec
et la Colombie-Britannique, les statistiques
sont révélatrices.
En Ontario, en 1993-1994, les chiffres
indiquent que 11 066 demandes
d'accréditation syndicale ont été
déposées auprès de la Commission des
relations de travail de l'Ontario;
829 ont été acceptées, 102 rejetées
et 204 retirées. Détail plus important,
la Commission a pris en moyenne 22
jours civils pour accorder l'accréditation.
Durant la même période, il n'y a eu
que 110 demandes de révocation de
l'accréditation, dont 53 ont été acceptées
et 26 rejetées.
Dans la province du Québec, pour
1994-1995, les chiffres sont relativement
similaires : 854 demandes, dont 555
acceptées, 87 rejetées.
Et en Colombie-Britannique, la situation
est la même. Dans cette province,
le délai moyen pour accepter une demande
est de 27 jours.
J'admets que notre conseil fédéral
des relations du travail - et ceux
d'entre vous qui désirez prendre le
temps de lire le rapport du Groupe
de travail le constateront - n'est
pas aussi efficace. Je suis sûr que
la situation s'améliorera probablement
à la suite des recommandations de
M. Sims.
Il est certain que le système de
relations du travail au Canada est
loin d'être parfait, et nous avons
vu le pendule osciller dans diverses
provinces à différentes occasions,
mais je crois que le milieu syndical
et le milieu patronal ne pourraient
pas vraiment contester le fait qu'en
général, nos lois du travail sont
exécutées. Non seulement sont-elles
exécutées, mais je crois qu'ils pourraient
également convenir qu'elles le sont
de manière équitable, efficace et
efficiente.
Dans un marché mondial où la concurrence
est vive et où les changements technologiques
surviennent à un rythme stupéfiant,
l'avenir du travail est l'objet de
bien des conjectures. Il y a des intérêts
qui entrent manifestement en conflit
entre, d'une part, la quête de survie
et de rentabilité des entreprises
et, d'autre part, la recherche d'un
travail significatif et de meilleures
conditions de vie pour les travailleurs
et la protection, par les syndicats,
des droits des travailleurs.
Ces intérêts conflictuels ne sont
pas inconciliables; ils doivent plutôt
être mis en équilibre, non seulement
au moyen d'un cadre législatif équitable
et administré efficacement, mais aussi
d'un changement d'attitudes, je crois,
de la part du milieu syndical et du
patronat dans nos pays respectifs,
grâce à la collaboration, grâce à
la bonne foi et à la confiance réciproque,
choses que, malheureusement, nous
ne pouvons imposer par voie législative.
Même si au Canada nombre d'entreprises
et de syndicats adoptent leurs positions
antagonistes classiques, et semblent
vouloir livrer bataille à toute occasion
ou presque, il y a présentement de
nombreuses réussites au Canada, dans
des industries comme les télécommunications,
l'acier, le secteur manufacturier
et d'autres, où le milieu syndical
et le patronat s'efforcent ensemble
de trouver des moyens innovateurs
et créatifs de promouvoir leurs intérêts
réciproques.
Ils ont pris conscience de l'avantage
concurrentiel et de l'intérêt qu'il
y a, pour les deux partenaires sociaux,
à tirer parti d'un effectif bien formé,
motivé, responsabilisé et représenté.
Je crois que des lois du travail
efficaces, appliquées de manière efficiente,
nous permettront de passer à la dimension
suivante et, peut-être, de changer
le paradigme classique et de permettre
au milieu syndical et au milieu patronal,
à l'aube du XXIe siècle,
de travailler ensemble plus efficacement,
au profit de nos trois pays et des
travailleurs du Canada, des États-Unis
et du Mexique.
En terminant, j'aimerais simplement
dire que nous sommes ici pour écouter.
Nous sommes ici pour apprendre. Et
j'ai bien hâte que la journée commence
pour entendre les points de vue des
divers conférenciers.
Merci beaucoup.
M. OTERO : Merci beaucoup, M. Edmondson.
Maintenant que nous avons entendu
les déclarations préliminaires des
trois pays signataires de l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail, passons aux
délibérations de la tribune publique
proprement dites.
Je demanderais aux conférenciers
de bien vouloir s'avancer vers l'estrade
pour faire leur exposé. Et, une fois
de plus, je demanderais à tous de
respecter le temps qui leur est alloué.
La première personne que nous entendrons
ce matin est M. Francisco Hernandez
Juarez, qui préside le syndicat des
travailleurs de l'industrie du téléphone
de la République du Mexique.
M. Hernandez, je vous en prie.
M. HERNANDEZ : (PAR L'ENTREMISE D'UN
INTERPRÈTE) Merci beaucoup. Bonjour.
Mesdames et messieurs, mon nom est
Francisco Hernandez Juarez et, comme
vous venez juste de l'entendre, je
suis le secrétaire général du syndicat
des travailleurs de l'industrie du
téléphone.
J'aimerais signaler que l'organisation
que je représente compte environ 50 000
membres affiliés dans tout le pays.
En fait, nous sommes représentés dans
31 des 32 États qui forment la République
du Mexique.
Premièrement, j'aimerais exprimer
ma profonde reconnaissance aux représentants
du Département du travail des États-Unis
et du ministère du Travail du Canada,
du moins en ce qui concerne le Département
du travail, d'avoir organisé cette
réunion.
Deuxièmement, j'aimerais signaler
que je suis ici non seulement parce
que le syndicat des travailleurs de
l'industrie du téléphone du Mexique
est à l'origine de toute cette procédure
engagée dans le cadre de l'Accord
nord-américain de coopération dans
le domaine du travail, mais aussi,
et avant tout, parce qu'en tant que
syndicaliste, je crois en la solidarité
des travailleurs et que, en tant que
travailleur et dirigeant syndical
dans un milieu mondialisé et complexe
d'économies étroitement liées et interdépendantes,
je veux croire à un dialogue fructueux,
à la négociation, à la justice et
les aux lois et aux institutions,
qui sont les meilleurs instruments
pour améliorer les relations entre
le patronat et les travailleurs et
pour résoudre leurs problèmes.
J'aimerais aussi signaler que ce
n'est pas par coïncidence, ni à la
suite d'une décision personnelle,
qu'il a été convenu de mener ces procédures
jusqu'à leurs conséquences ultimes.
C'est par suite de la décision unanime
de notre congrès national, réuni en
janvier 1995, où nous avons confirmé
notre engagement envers l'alliance
que nous avons conclue avec le syndicat
des travailleurs en télécommunication
des États-Unis et du Canada en février
1992, ainsi que de nos liens avec
les syndicats internationaux des travailleurs
des postes et des communications.
L'affaire de La Conexion Familiar
nous préoccupait particulièrement,
non seulement du fait que l'on violait
certaines lois de manière si flagrante,
mais aussi parce qu'il y avait une
agression raciste, non seulement de
la part d'une petite faction, une
agression systématique à l'endroit
d'une organisation syndicale, de la
part de Sprint avec qui Telefonos
de Mexico a conclu une alliance
stratégique.
J'aimerais faire l'observation complémentaire
suivante. Par l'entremise d'un haut
dirigeant de Telefonos de Mexico,
on a essayé de me persuader de ne
pas prendre la parole aujourd'hui,
précisément parce que cela porterait
atteinte à l'alliance entre Sprint
et Telefonos de Mexico.
J'ai fait remarquer à ce dirigeant
que cela voudrait dire que Sprint
désirait changer d'attitude dans la
situation de La Conexion Familiar,
mais il m'a répondu qu'il ne pouvait
pas m'assurer que cela arriverait.
Par conséquent, j'ai répondu qu'il
était impossible que je ne vienne
pas à cette tribune.
Depuis que cette violation des règles
a été rendue publique, nous voulons
que justice soit faite à l'égard des
gens de La Conexion Familiar,
mais nous voulons aussi envoyer un
message bien clair, pas seulement
à Sprint, mais à toutes les entreprises
de télécommunications de la région,
du continent, du monde entier, sur
ce que les travailleurs et les syndicats
sont disposés à faire s'ils se serrent
les coudes pour se défendre les uns
les autres et pour faire valoir leurs
droits, malgré les agressions et les
infractions qui ont été commises contre
les droits des travailleurs, et qui
touchent non seulement les travailleurs
mais les entreprises elles-mêmes,
même si, aux yeux du grand public,
cela ne semble peut-être pas trop
évident.
Nous voulons nous faire porteurs
d'un message de défense des droits
fondamentaux de la personne, parce
que les droits en matière de travail
et les droits syndicaux font partie
des droits de la personne. Nous aimerions
aussi demander aux entreprises transnationales,
aux multinationales, de maintenir
le dialogue avec les syndiqués, avec
les syndicats du monde entier, peu
importe leur nationalité.
Nous voudrions que les multinationales
comprennent que le progrès n'est pas
nécessairement quelque chose qui est
en conflit avec les droits des travailleurs,
avec la garantie de leur lieu de travail.
Si des entreprises comme Sprint sont
disposées à mettre tout en oeuvre
pour empêcher les syndicats d'exister,
alors les syndicats n'auront pas d'autre
choix que de faire tout ce qui sera
nécessaire pour que ce soit le contraire
qui arrive. Et si nous avions la même
attitude despotique que celle dont
l'entreprise a fait preuve, il nous
faudrait alors planifier aussi notre
combat de manière confrontationnelle.
Cet absurde scénario de confrontation
n'est souhaitable pour personne, mais
s'il fallait qu'il se réalise, ce
sont les entreprises qui en seraient
responsables. Nous souhaitons aussi
dans ce contexte faire valoir auprès
de nos gouvernements que, grâce à
la modernisation et à l'intégration
mondiale régionale, on pourrait établir
certaines politiques et stratégies
qui favoriseraient la création d'un
milieu de travail plus équilibré,
d'un milieu de travail plus juste
et, donc, meilleur pour tous les gens
concernés.
Nous espérons que l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail sera un instrument adéquat
et qu'il suffira pour combler toutes
ces attentes, mais nous croyons aussi
que, pour la même raison, il pourrait
constituer le fondement d'une réglementation
plus précise et plus fonctionnelle,
permettant de défendre les droits
des travailleurs.
Par l'entremise de l'IPTT, nous avons
prôné l'adoption d'un code de conduite
pour les multinationales. Grâce à
ce code, les entreprises devraient
reconnaître les syndicats et leurs
représentants, selon leur pays d'origine.
De même, les entreprises ne peuvent
se déplacer d'un endroit à un autre
en essayant d'éviter de reconnaître
les syndicats, pas plus qu'elles ne
seront capables de faire obstacle
aux initiatives des travailleurs,
comme cela s'est passé à La Conexion
Familiar.
Je suis convaincu que mon collègue
Morton Bahr va aussi parler de cela,
et j'aimerais dire d'avance que ses
opinions coïncident avec les nôtres
et que nous sommes disposés et déterminés
à poursuivre notre lutte conjointe.
En terminant, j'aimerais dire un
dernier mot. C'est certainement la
première fois qu'un syndicat mexicain
intente une action juridique à l'appui
d'une lutte syndicale en faveur de
travailleurs américains. Cela représente
pour nous un engagement incroyable.
Nous croyons que les conditions qui
permettent d'agir de cette façon seront
plus favorables à l'avenir parce que,
au sein du mouvement syndical mexicain,
d'importants changements ont lieu,
des changements auxquels nous, les
travailleurs des communications, prenons
part.
Cela redéfinit les caractéristiques
classiques de l'organisation syndicale
internationale, pour pouvoir croire
en la justice, et il ne s'agit pas
là juste d'une idée mais d'une possibilité
concrète, qui repose sur l'unité et
la solidarité entre tous les travailleurs.
M. OTERO : Merci beaucoup, M. Hernandez
Juarez.
J'invite maintenant M. Morton Bahr,
président des Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord et membre du conseil
exécutif de la FAT-COI, à prendre
la parole.
M. BAHR : Bonjour.
M. OTERO : Bonjour.
M. BAHR : Permettez-moi de me présenter
: je suis Morton Bahr, président des
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord. Les TCA représentent environ
600 000 travailleurs, surtout
dans les industries des télécommunications
et de l'information.
Je tiens à féliciter les ministre
et secrétaires du Travail des États-Unis,
du Mexique et du Canada d'avoir décidé
de tenir cette tribune publique sur
la fermeture soudaine de la filiale
La Conexion Familiar de Sprint
Nous avons été stupéfaits lorsque
Sprint a congédié tous ses travailleurs
une semaine avant la date à laquelle
ils étaient censés tenir un scrutin
de représentation. Cette tribune aidera
à exposer et, nous l'espérons, arrêter
le recours aux fermetures soudaines
d'usines et autres mesures antisyndicales
légales et illégales qui empêchent
les travailleurs d'exercer leur droit
d'organisation.
Je désire également remercier le
sous-secrétaire adjoint du Travail,
Jack Otero, de présider cette tribune
et de donner aux travailleurs licenciés
de Sprint la possibilité d'être finalement
entendus.
Enfin, au nom des travailleurs de
LCF, je tiens à remercier le syndicat
des travailleurs de l'industrie du
téléphone du Mexique, le STRM, et
son président, M. Francisco Hernandez
Juarez, d'avoir pris la défense des
travailleurs de LCF et déposé une
plainte officielle en vertu des dispositions
de l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail.
Je déposerai à titre informatif le
texte intégral de mon exposé, ainsi
que les pièces qui y sont jointes.
Dans ce témoignage, j'expose de manière
plus détaillée la relation entre les
TCA et Sprint et la philosophie antisyndicale
de Sprint, et je fais un survol des
faits qui sont survenus à LCF. Aujourd'hui,
vu le peu de temps dont nous disposons,
je mettrai l'accent sur l'importance
de cette tribune et les recommandations
que nous souhaitons présenter aux
gouvernements qui l'ont organisée.
La décision de tenir cette tribune
est une première pour les travailleurs
du Canada, du Mexique et des États-Unis
qui veulent améliorer leurs conditions
de travail et leur niveau de vie en
s'unissant pour former un syndicat.
La tribune a permis d'attirer l'attention
du public sur l'un des pires cas d'abus
de la part d'une entreprise à l'égard
des droits des travailleurs, ainsi
que sur la pratique de certaines entreprises
consistant à fermer soudainement une
usine ou un bureau afin d'empêcher
leurs travailleurs de se syndiquer.
Le geste de Sprint incarne des décennies
d'attaques de plus en plus vives de
la part d'entreprises contre les droits
des travailleurs.
Cette tribune publique a aussi attiré
l'attention sur le fait que les lois
du travail des États-Unis ne parviennent
à protéger les droits des travailleurs,
ainsi que sur l'incapacité du gouvernement
des États-Unis à appliquer ses propres
lois.
La National Labor Relations Act
est en pièces, et nos mécanismes d'exécution
sont inefficaces. Nous devons agir
maintenant pour rectifier la situation.
Nous espérons que cette tribune contribuera
aux efforts déployés ici et à l'étranger
pour sensibiliser la population et
nos élus au fait qu'il est nécessaire
de procéder à des réformes importantes
si l'on veut que les travailleurs
puissent s'unir et négocier en vue
d'une vie meilleure.
Cette tribune publique est importante
aussi parce qu'elle montre que les
accords parallèles de l'ALENA en matière
de travail offrent un autre moyen
de tenir Sprint, et les autres entreprises
qui violent les droits des travailleurs,
responsables de leurs gestes.
À mesure que s'étend l'intégration
de notre pays à l'économie mondiale,
nous devons nous efforcer de conclure
des ententes commerciales permettant
d'établir un code de conduite international
axé sur les travailleurs et leurs
représentants élus. Les entreprises
étrangères désirent avoir accès au
marché lucratif des États-Unis, et
les entreprises américaines désirent
prendre appui sur leurs ressources
financières, techniques et administratives
pour s'implanter à l'étranger.
Les entreprises de toutes parts veulent
accroître les possibilités d'échanges
commerciaux et d'investissements à
l'échelon international. Les gouvernements
doivent mettre ces possibilités en
équilibre avec la responsabilité à
l'égard de la création de bons emplois
et du respect du droit qu'ont les
travailleurs de se syndiquer et de
négocier collectivement.
Le préambule et l'annexe I de l'ANACT
contiennent tous les objectifs nécessaires :
le droit d'organisation, le droit
de négocier collectivement, le besoin
de créer des possibilités d'emploi,
d'améliorer les conditions de travail
et le niveau de vie, ainsi que le
besoin « de protéger, de valoriser
et de faire respecter les droits fondamentaux
des travailleurs ».
Ce qui manque, ce sont des recours
efficaces contre ceux qui violent
ces objectifs, ainsi qu'un moyen de
mettre rapidement en oeuvre ces recours.
Selon les dispositions actuelles de
l'accord parallèle de l'ALENA en matière
de travail, les entreprises ne s'exposent
à aucun risque lorsqu'elles violent
de façon flagrante l'Accord. Pourtant,
il n'y a rien que les compagnies comprennent
mieux que le risque. Elles le gèrent
tous les jours de l'année.
Dans le contexte politique actuel,
où les ententes commerciales suscitent
de plus en plus de critiques, les
gouvernements des États-Unis, du Mexique
et du Canada se trouvent dans une
position unique, où ils peuvent dire
catégoriquement à ces entreprises
que d'autres ententes commerciales
ne se concrétiseront qu'à la condition
de mieux protéger les travailleurs,
leurs emplois et leurs droits. Les
ententes doivent prévoir de lourdes
peines en cas de violation de ces
droits.
Aujourd'hui, nous recommandons que
l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail soit modifié
de manière à inclure un code international
de conduite à l'intention des entreprises
qui ont des activités dans les trois
pays signataires de l'ALENA.
Les TCA, ainsi que d'autres syndicats
de travailleurs du téléphone affiliés
à notre secrétariat international,
l'IPTT, proposent un code de conduite
qui, en résumé, exigerait ceci des
entreprises :
1) Divulguer aux employés et à leurs
représentants élus les plans de l'entreprise
en matière d'investissements, de niveaux
d'emploi, de changements techniques
et de déplacement du travail.
2) Rencontrer chaque année tous les
syndicats concernés afin de discuter
du droit d'organisation, d'égalité
d'accès à l'emploi, de sécurité et
de santé, ainsi que d'éducation et
de formation.
3) Ne pas faire obstacle aux efforts
d'organisation des travailleurs là
où elles font des affaires.
4) Reconnaître un syndicat lorsque
les travailleurs font la preuve d'un
appui suffisant.
5) Ne pas déplacer le travail d'un
pays à un autre pour éviter qu'un
syndicat se forme.
Le texte intégral du code de conduite
figure dans mon exposé écrit.
Dans mon exposé écrit, nous formulons
aussi trois recommandations au gouvernement
des États-Unis. En voici un résumé :
1) Il nous faut des sanctions importantes
pour dissuader les entreprises de
faire obstacle illégalement au droit
d'organisation des travailleurs. Dans
le dossier de Sprint, les violations
étaient ahurissantes; pourtant, la
mesure de redressement prise a été
un simple avis aux employés déjà licenciés
que l'entreprise ne recommencerait
pas. Cela n'a fait qu'aggraver les
choses.
2) Nous recommandons d'apporter à
la loi un changement qui empêcherait
les entreprises d'invoquer des considérations
d'ordre commercial pour fermer une
usine afin d'éviter la formation d'un
syndicat et d'empêcher la conclusion
d'une première convention. Selon la
loi actuelle, les injonctions constituent
une mesure de redressement qui favorise
fortement l'employeur, et qui n'a
été accordée par les tribunaux que
dans de rares cas. Nous recommandons
que si un syndicat demande la tenue
d'un scrutin de représentation, ou
si un syndicat remporte un scrutin
mais qu'une première convention n'a
pas été conclue, on exige de l'entreprise
qui envisage de fermer ses portes
pour des raisons d'ordre commercial
qu'elle a) ouvre ses livres aux employés
et aux représentants syndicaux, b)
fasse la preuve de sa situation devant
un arbitre indépendant avant de pouvoir
fermer des installations.
3) Le gouvernement fédéral peut éviter
de faire des affaires avec les auteurs
de graves infractions aux lois du
travail. Des entrepreneurs de la Défense
qui avaient fraudé les contribuables
n'ont plus eu le droit de faire des
offres pour de nouveaux contrats.
Le gouvernement des États-Unis devrait
étendre cette pratique aux entreprises
que l'on trouve responsables de graves
violations des lois du travail.
Par-dessus tout, cette tribune publique
est fort importante parce qu'elle
offre aux travailleurs de Sprint la
première chance véritable de dire
ce qui s'est passé à LCF. Il s'agit
de l'histoire d'une entreprise, la
Sprint Corporation, la troisième société
d'appels téléphoniques interurbains
en importance aux États-Unis, qui
dit à ses gestionnaires que leur tâche
principale n'est pas de fournir des
services téléphoniques de qualité,
mais d'empêcher à tout prix la formation
d'un syndicat. C'est écrit en toutes
lettres dans leur manuel.
C'est l'histoire de plus de 200 travailleurs,
des femmes latino-américaines surtout,
qui ont eu le courage, pour défendre
leurs droits, de résister aux menaces,
à la coercition et à l'espionnage
auxquels s'adonnait la direction.
Il ne leur manquait plus qu'une semaine
pour réaliser l'exploit sans précédent
de former un syndicat à la division
des appels interurbains de Sprint.
C'est l'histoire aussi d'une entreprise
qui a utilisé tous les trucs imaginables
pour essayer d'arrêter ces travailleurs
et a commis ainsi une cinquantaine
d'infractions à la loi.
C'est aussi l'histoire de dirigeants
qui se sont rendu compte tout à coup
qu'ils étaient sur le point de perdre
au premier scrutin syndical et qui
ont décidé de fermer l'entreprise.
C'est l'histoire d'un cadre de Sprint,
le vice-président chargé des relations
de travail, qui a forgé des preuves
soumises à un organisme gouvernemental
pour donner l'impression que la fermeture
avait eu lieu pour des raisons d'ordre
commercial.
C'est l'histoire d'une entreprise
qui a non seulement fermé une installation,
soudainement et brutalement en un
jour, pour empêcher que ces travailleurs
votent au scrutin de représentation,
mais qu'il l'a fait aussi comme mise
en garde à tous ses autres employés,
pour leur faire savoir que la syndicalisation
était hors de question.
Vous entendrez aujourd'hui des travailleurs
de Sprint vous décrire eux-mêmes,
avec force détails, les piètres conditions
de travail dans cette entreprise,
l'énergie et l'esprit qui les animaient
dans leurs efforts pour se syndiquer,
la campagne antisyndicale que Sprint
a lancée contre leur mouvement, de
même que les répercussions à long
terme de la fermeture sur leurs vies.
Vous entendrez, de la bouche de nombreux
autres, quelles ont été les répercussions
de cette affaire à l'échelle internationale,
la colère au sein de la collectivité
latino-américaine, l'inquiétude des
représentants élus à l'égard du fait
que la loi actuelle est incapable
de protéger les travailleurs dans
l'intérêt public, et dans quelle mesure
les gestes que Sprint a posés sont
monnaie courante dans le secteur privé.
Les travailleurs de LCF attendent
toujours réparation dans l'action
en justice intentée contre Sprint,
qui est actuellement en instance.
Plus de deux ans se seront écoulés
le jour où le National Labor Relations
Board rendra finalement son ordonnance.
Et il faudra bien d'autres années
avant que tous les appels soient épuisés.
Il s'agit là d'une situation qui est
tout bonnement inacceptable.
C'est la raison pour laquelle cette
tribune publique est si importante,
non seulement pour les travailleurs
de LCF, mais aussi pour d'autres qui
seront plus tard dans des circonstances
analogues. Il faut rappeler sans cesse
à Sprint que les TCA et tous ceux
qui se sont prononcés en faveur des
droits de ces travailleurs n'abandonneront
jamais la lutte, tant que Sprint ne
leur aura pas accordé des mesures
de réparation raisonnables, y compris
une compensation et des possibilités
d'emploi dans d'autres de ses installations.
Nous savons qu'en dépit des répercussions
marquantes de la fermeture de LCF
sur d'autres travailleurs de Sprint,
et de la peur et l'intimidation que
continue d'exercer la direction de
Sprint, les travailleurs de cette
entreprise se tiendront de nouveau
debout et tâcheront d'être reconnus.
Ces travailleurs ont besoin de savoir
que quand ce jour viendra, le monde
entier observera ce qui se passe et
que les gens raisonnables seront prêts
à intervenir de nouveau contre toute
tentative de la part de Sprint pour
faire obstacle aux droits de ses travailleurs.
Cette tribune procure aux travailleurs
de Sprint l'espoir nouveau que lorsque
ce jour viendra, le gouvernement fédéral
et ses représentants élus auront corrigé
notre législation du travail et seront
prêts à l'appliquer.
Ce ne sont pas des cadeaux ou des
droits que demandent les travailleurs.
Ils demandent simplement au gouvernement
d'égaliser les chances, de manière
à ce qu'ils puissent défendre leurs
droits sans craindre de représailles
de la part de leurs employeurs. Ils
devraient être capables de se syndiquer
sans avoir peur de perdre leur emploi.
Nous espérons que les témoignages
présentés au cours de cette tribune,
ainsi que l'étude qu'a réalisée pendant
six mois le Secrétariat de la Commission
de coopération, inciteront les gouvernements
du Canada, du Mexique et des États-Unis
à prendre les mesures qui s'imposent
pour affermir l'accord parallèle à
l'ALENA de manière à empêcher que
le simulacre qu'ont subi les travailleurs
de Sprint se répète.
Merci.
M. OTERO : Merci, M. Bahr.
J'aimerais maintenant inviter le
conférencier suivant, le professeur
Roberto L. Corrada, professeur
adjoint de droit à l'Université de
Denver, à Denver au Colorado, qui
s'est inscrit pour prendre la parole
au nom de Sprint Inc.
Professeur Corrada, s'il vous plaît.
PROFESSEUR CORRADA : Bonjour. Je
suis professeur adjoint de droit à
l'École de droit de l'Université de
Denver, au Colorado. Je donne, depuis
1990, des cours de droit sur le travail
et l'emploi, ainsi que des cours sur
le droit des contrats et le droit
administratif.
En décembre 1995, la Sprint Corporation
m'a demandé de procéder à une étude
indépendante des activités réglementaires
entreprises, ainsi que des deux opinions
émises dans un conflit de travail
mettant en cause La Conexion Familiar,
LCF, une entité commerciale affiliée
à Sprint. Les questions qui m'ont
été soumises étaient les suivantes
: 1) si les actes du National Labor
Relations Board dans cette affaire
montrent que la National Labor
Relations Act, la NLRA, la loi
du travail des États-Unis mise en
cause par le litige, a été appliquée;
si, dans les deux opinions émises
dans cette affaire, la norme appropriée
de la NLRA a été appliquée pour trancher
le litige.
Ma conclusion, qui repose sur un
examen des décisions rendues ainsi
que des activités d'application du
NLRB dans cette affaire, est que les
dispositions législatives des États-Unis
sur le travail qui mettent en cause
la NLRA et les normes appropriées
ont été appliquées. Dans ce témoignage,
je traiterai d'abord, brièvement,
de l'origine et de l'acceptabilité
de la norme, le critère Wright
Line, qu'a appliquée, d'une part,
le juge de la cour de district pour
décider s'il convenait de prononcer,
dans l'affaire, une injonction en
vertu de l'alinéa 10j) et, d'autre
part, le juge administratif qui a
statué sur le bien-fondé de cette
affaire.
Ensuite, j'évaluerai les activités
réglementaires que le NLRB a entreprises
dans cette affaire et, en dernier
lieu, j'analyserai les deux opinions
rendues, celle de la cour de district
et celle du juge administratif.
Premièrement, en ce qui concerne
la norme appliquée, cette affaire
met en cause la NLRA, c'est-à-dire
la loi du travail des États-Unis qui
régit les relations patronales-syndicales
au sein du secteur privé.
M. OTERO : Professeur Corrada, on
aimerait que vous alliez un peu moins
vite pour faciliter la traduction.
Prenez votre temps.
PROFESSEUR CORRADA : Excusez-moi.
J'ai peut-être abusé du café ce matin.
Plus particulièrement, cette affaire
met en cause un litige visé par l'alinéa
8a)(3) de la Loi, lequel dispose,
essentiellement, qu'un employeur qui
fait preuve de discrimination sur
le plan de l'embauchage ou de la durée
d'emploi, ou de n'importe quelle condition
d'emploi, en vue d'encourager ou de
décourager l'adhésion à une organisation
syndicale, utilise une pratique de
travail déloyale.
Le juge administratif Wacknov et
le juge Walker, de la cour de district,
ont tous deux appliqué la norme Wright
Line du NLRB pour se prononcer
sur les allégations des parties mettant
en cause l'alinéa 8a)(3) de la Loi.
L'avocat-général du NLRB a également
plaidé en faveur de l'application
de la norme Wright Line dans
cette affaire.
La norme en question a été établie
par le National Labor Relations
Board il y a 16 ans environ, dans
la décision Wright Line rendue
en 1980, et confirmée ensuite par
la Cour suprême des États-Unis en
1983, dans la décision NLRB v.
Transportation Management Corporation,
en tant qu'interprétation raisonnable
des exigences de l'alinéa 8a)(3).
La norme Wright Line représente
peut-être bien la meilleure façon
de décider qui doit avoir gain de
cause lorsqu'il est nécessaire de
concilier, en vertu de l'alinéa 8a)(3),
les intérêts légitimes mais opposés
du milieu syndical et du patronat.
Selon le NLRB, une cause dite à double
motif prend naissance aux termes de
l'alinéa 8a)(3) lorsqu'il existe une
preuve de réaction de l'employeur
face à des activités de syndicalisation,
mais qu'il existe aussi des preuves
opposées dignes de foi comme quoi
l'employeur a agi pour une raison
commerciale légitime. Le fait qu'il
y ait une raison à la fois bonne et
mauvaise pour l'action de l'employeur
exige que l'on examine plus avant
le rôle que joue chaque motif.
Dans l'affaire Wright Line,
le NLRB a adopté une norme dont s'est
servie la Cour suprême des États-Unis
dans l'arrêt Mt. Healthy v. Doyle
pour trancher un litige relatif à
des droits constitutionnels, opposant
un conseil scolaire et un enseignant.
La Cour suprême a statué qu'une règle
de causalité axée uniquement sur le
fait de savoir si une conduite protégée
a joué un rôle, important ou pas,
dans une décision de ne pas réembaucher
pourrait améliorer la situation d'un
employé, par suite d'une conduite
protégée constitutionnellement, par
à la situation dans laquelle il se
serait trouvé s'il n'avait rien fait.
Fait plus important, selon la Cour
le principe constitutionnel en jeu
est suffisamment justifié si cet employé
est mis dans une situation qui n'est
pas pire que s'il n'avait pas adopté
la conduite en question.
À la suite de l'analyse faite par
la Cour suprême dans l'affaire Mt.
Healthy, le critère Wright
Line établi par le NLRB impose
à l'avocat-général du NLRB le fardeau
initial de produire une preuve suffisante
à première vue qui étaye la présomption
qu'une conduite protégée a été un
facteur de motivation dans la décision
prise par l'employeur. Une fois que
cela est établi, le fardeau retombe
sur les épaules de l'employeur, qui
doit démontrer qu'il aurait agi de
la même manière, même en l'absence
d'une conduite protégée.
Le critère Wright Line est
une norme qui s'applique bien aux
causes dites à double motif; il est
compatible avec l'historique législatif
de la NLRA et tient raisonnablement
compte des intérêts opposés légitimes
des travailleurs et des employeurs
selon la loi.
La norme Wright Line a été
admise de manière générale et, en
fait, elle est devenue un élément
fixe de la législation américaine
en matière de travail et d'emploi.
Depuis que la Cour suprême a confirmé
la norme en 1983, elle a été fidèlement
appliquée dans toute une série de
causes tombant sous le coup de l'alinéa
8a)(3), qui ont été tranchées selon
les circonstances soit en faveur des
travailleurs soit en faveur des employeurs.
Le NLRB a appliqué la norme Wright
Line à des causes de fermeture
partielle analogues à l'affaire LCF
dans un certain nombre de cas. Par
exemple : C.M. Brewer Corporation
en 1993, Cub Branch Mining
en 1990 et Redwood Empire en
1989.
Par ailleurs, le critère a été appliqué
dans des affaires mettant en cause
des agissements de l'employeur qui
allaient à l'encontre de droits constitutionnels,
comme dans l'affaire Mt. Healthy,
et dans des affaires non liées à l'emploi
mettant en cause des motifs doubles
et des libertés constitutionnelles,
comme le cas Arlington Heights.
Le critère est également devenu une
norme importante dans la législation
américaine sur la discrimination en
matière d'emploi. En 1989, la Cour
suprême a rendu sa décision dans l'affaire
Price Waterhouse v. Hopkins,
où elle a appliqué le critère Wright
Line énoncé dans l'affaire Mt.
Healthy aux causes à double motif
engagées en vertu du titre 7 de la
Civil Rights Act de 1964, qui
assure une protection contre la discrimination
fondée sur la race, la couleur, le
sexe, l'origine nationale et la religion.
J'examinerai maintenant l'application
de la norme Wright Line dans
l'affaire concernant La Conexion
Familiar. Je traiterai en premier
lieu des activités d'exécution du
NLRB dans cette affaire, ensuite de
la décision de la cour de district
concernant l'injonction rendue en
vertu de l'alinéa 10j) et, en dernier
lieu, de la décision du juge administratif
sur le bien-fondé de la cause.
Lors de mon analyse des activités
d'exécution du NLRB ainsi que des
décisions du juge Walker, de la cour
de district, et du juge administratif
Wacknov, j'ai examiné les opinions
écrites ainsi que les mémoires soumis
par les deux parties. Mon opinion
se limite à un examen des documents
écrits présentés dans cette affaire.
Je n'ai pas lu personnellement les
documents déposés auprès du juge administratif
ou de la cour de district, et je me
suis fondé sur les descriptions qui
en ont été faites dans les décisions
écrites du juge administratif et de
la cour de district, ainsi que dans
les mémoires déposés par les parties.
En outre, quelqu'un comme moi, qui
n'a pas entendu personnellement les
dépositions des témoins, ne peut analyser
d'une manière efficace les décisions
que rend un juge administratif au
sujet de la crédibilité.
Compte tenu de tout cela, en ce qui
concerne les activités d'exécution
du NLRB, je suis d'avis, après avoir
mûrement réfléchi à la question, que,
dans ce dossier, le NLRB a pris des
mesures d'exécution extraordinaires.
Il est rare, par exemple, dans un
conflit de travail, que le NLRB sollicite
une injonction en vertu de l'alinéa
10j). L'avocat-général Fred Feinstein
a déclaré en octobre 1995 que [TRADUCTION]
: « Le NLRB institue un plus
grand nombre de causes en vertu de
l'alinéa 10j), encore que celles-ci
ne représentent toujours que 3 p. 100
environ du nombre total de plaintes
déposées en matière de pratiques de
travail déloyales. »
Outre les demandes déposées par le
NLRB en vertu de l'alinéa 10j), le
bureau de l'avocat-général du NLRB
a pris des mesures énergiques en vue
de faire appliquer la NLRA dans ce
dossier. Le mémoire que l'avocat-général
du NLRB a déposé auprès du juge administratif
compte plus de 250 pages, où sont
détaillés un grand nombre de preuves
et de témoignages. Le document est
impressionnant quant à la façon dont
il structure la preuve, et il fait
valoir qu'il convient d'évaluer cette
dernière en fonction de la norme Wright
Line.
Lorsque l'on considère le mémoire
de pair avec la décision du NLRB de
solliciter une injonction en vertu
de l'alinéa 10j) dans cette affaire,
il est plus que juste de conclure
que les efforts que le NLRB a consacrés
à LCF ont été supérieurs à la moyenne,
sur les plans de la qualité et de
l'exhaustivité.
Comme je l'ai dit plus tôt, le directeur
régional du NLRB, dans le cadre des
mesures d'exécution de la NLRA dans
cette affaire, a demandé à la cour
de district fédérale de rendre une
injonction en vertu de l'alinéa 10j).
En ce qui concerne le 9e Circuit,
les cours de district doivent évaluer
les chances de succès sur le fond,
par rapport à la possibilité qu'un
préjudice irréparable soit causé,
en tenant compte à la fois de l'intérêt
public et de la déférence des tribunaux
fédéraux à l'égard des décisions que
rend le NLRB.
Pour évaluer si le NLRB était susceptible
d'avoir gain de cause ou avait simplement
une juste chance de succès sur le
fond, la cour de district a choisi
avec raison d'appliquer le critère
Wright Line. La cour a d'abord
analysé la preuve du NLRB afin de
déterminer si une prétention suffisante
à première vue avait été présentée.
En se fondant sur le caractère de
ouï-dire des preuves du NLRB, ainsi
que sur la position des personnes
ayant fait des allégations contre
l'intimée et le contexte dans lequel
des déclarations censément menaçantes
avaient été faites, la cour de district
a qualifié de d'assez bonnes, dans
le meilleur des cas, les chances du
NLRB à l'égard d'une prétention suffisante
à première vue.
Néanmoins, et conformément aux exigences
du critère Wright Line, la
cour de district a entrepris d'analyser
la qualité des preuves de l'intimée
selon lesquelles son action était
motivée par des raisons commerciales
légitimes. En fin de compte, la cour
a été convaincue par l'étendue des
preuves présentées par l'employeur,
qui faisaient état des lourdes pertes
que LCF avait subies. Plutôt que d'enregistrer
un bénéfice projeté de 7,9 millions,
les gains réels de LCF en janvier
et février 1994 laissaient entrevoir
une perte de 3,9 millions en fin d'exercice.
En outre, la preuve révélait qu'entre
janvier et mars 1994, LCF avait perdu
10 000 clients, et que le taux
de roulement, qui est la perte de
la base de clientèle exprimée en pourcentage,
excédait les projections de plus de
20 p. 100.
La cour de district a ensuite évalué
les difficultés qu'occasionnerait
une injonction aux parties, et elle
a conclu qu'étant donné que l'installation
était déjà fermée depuis un certain
temps, les problèmes que causerait
une réouverture affecteraient carrément
Sprint sans que les travailleurs en
cause en retirent de grands avantages;
en effet, un grand nombre des travailleurs
étaient, à ce moment-là, impossibles
à joindre ou avaient déjà trouvé un
nouveau travail. Par conséquent, n'étant
pas parvenue à satisfaire aux critères
qui s'appliquent à une injonction
rendue en vertu de l'alinéa 10j),
la cour de district a refusé d'accorder
une réparation préliminaire.
Bien que les circonstances soient
assurément malheureuses, il est difficile,
selon moi, de trouver à redire au
sujet de l'opinion de la cour de district.
Celle-ci s'est conformée aux normes
relatives aux injonctions rendues
en vertu de l'alinéa 10j) en ce qui
concerne le 9e Circuit,
procédant étape par étape à l'égard
de chaque exigence. C'est donc dire,
selon moi, que la cour de district
a évalué la preuve en examinant les
deux côtés de la médaille et a appliqué
comme il se doit l'analyse du déplacement
du fardeau faite dans l'arrêt Wright
Line.
Une audience a été tenue sur le bien-fondé
de l'affaire LCF à San Francisco,
au cours des mois de novembre et de
décembre 1994. L'audience était présidée
par Gerald Wacknov, un juge administratif
appartenant à la division des juges
du NLRB. Au départ, je trouve frappant
et important que tant la cour de district,
en se prononçant sur la question de
l'alinéa 10j), que le juge administratif,
en se prononçant sur le bien-fondé
de l'affaire, aient considéré la preuve
d'une manière analogue. Le fait que
deux autorités indépendantes, après
avoir examiné en bonne partie les
mêmes preuves, soient arrivées à des
conclusions similaires au sujet de
ces preuves tend à corroborer l'opinion,
et à y ajouter foi, selon laquelle
le critère Wright Line a été
invoqué avec raison et appliqué convenablement.
Le juge administratif a appliqué
le critère Wright Line en tranchant
le litige opposant la direction et
les travailleurs. À mon sens, ce critère
a été convenablement appliqué, vu
la qualité des preuves présentées
à la fois par la direction et par
les travailleurs. C'est précisément
lorsque les deux parties à un litige
disposent de preuves de bonne qualité
que l'on invoque avec raison le critère
Wright Line. L'opinion émise
ne comporte rien d'inusité ou de remarquable
par rapport à d'autres décisions de
juges administratifs que j'ai passées
en revue et qui appliquent le critère
Wright Line à un litige de
cette nature.
Il ressort d'un examen du dossier
assez d'éléments de preuve pour établir
une prétention suffisante à première
vue si l'on procède à une analyse
fondée sur le critère Wright Line.
Toutefois, le dossier comporte aussi
des preuves considérables qui permettent
de conclure que l'employeur s'est
acquitté du fardeau de prouver que
LCF aurait fermé ses portes pour des
raisons financières légitimes.
La preuve de l'employeur au sujet
d'une différence de 12 millions de
dollars dans les prévisions par rapport
aux perspectives de LCF en 1994, et
la preuve de l'employeur concernant
l'avenir de LCF face à la concurrence
exercée par MCI et AT&T était
convaincante, et tendait à étayer
la conclusion du juge administratif
selon laquelle l'employeur s'était
acquitté du fardeau prévu dans l'arrêt
Wright Line.
D'après les conclusions de fait très
détaillées qui sont exposées dans
la décision d'une trentaine de pages
du juge administratif, je puis conclure
assez justement que ce dernier est
arrivé à une décision raisonnable
selon le critère Wright Line.
Merci.
M. OTERO : Merci, professeur Corrada.
On m'a informé que l'un des conférenciers
inscrits, M. Calvin McDaniels, n'est
pas ici ce matin. Si jamais M. McDaniels
se présente dans le hall plus tard
dans la journée, nous lui donnerons
l'occasion de présenter son exposé.
Nous appellerons donc la prochaine
personne inscrite.
J'aimerais inviter à l'estrade Mme
Dora Vogel, une ex-employée
de La Conexion Familiar.
Mme VOGEL : BUENOS DIAS.
M. OTERO : Bonjour.
Mme VOGEL (TÉMOIGNAGE
EN ESPAGNOL NON TRADUIT.)
(PAR L'ENTREMISE D'UN INTERPRÈTE)[...]
les conditions atroces dans lesquelles
nous devions travailler. Je devais
savoir comment vendre le service et
comment je pouvais atteindre le quota
qui nous était fixé. Le directeur
nous a dit que si nous atteignons
notre quota, nous obtiendrions une
commission, et on nous rappelait sans
cesse combien nous pouvions faire
plus grâce à cette commission. Parfois,
le quota des ventes augmentait. Si
nous parvenions à faire 15 ventes,
le quota grimpait ensuite aussitôt
à 18. Ce n'était jamais important
de voir combien de ventes nous faisions.
Jamais nous ne recevions la commission,
même si nous demandions quand nous
allions l'obtenir. Il y avait toujours
une raison ou une excuse pour laquelle
nous ne la recevions pas.
Nous ne pouvions pas parler entre
nous. On nous disait de continuer
à travailler, que nous devions faire
des appels sans interruption. La pression
exercée était énorme, et on nous surveillait
constamment pour voir ce que nous
faisions. Nous pouvions aller aux
toilettes à l'heure du déjeuner ou
durant nos périodes de repos. Nous
devions demander une permission spéciale
pour nous rendre aux toilettes en
dehors des périodes de repos. Parfois
nous demandions la permission, et
ils nous disaient qu'il fallait attendre
jusqu'au moment prévu pour aller aux
toilettes.
Dans les réunions avec nos surveillants,
on nous disait qu'il ne fallait pas
boire trop d'eau pour ne pas être
obligés d'aller aux toilettes tout
le temps. Comme nous étions constamment
au téléphone, nous avions très soif,
et nous n'avions pas d'eau à boire.
Il y avait un distributeur d'eau pour
tout le monde, pour les 130 préposés,
et il était en panne. Il ne fonctionnait
pas. La plupart d'entre nous emmenions
notre propre eau.
Vers le 1er mai, le directeur
a annoncé que l'horaire de travail
allait changer. Ce jour-là, on nous
a dit quel serait notre nouvel horaire.
Nous en avions deux. Du lundi au vendredi,
nous travaillions de 12 h 30 à 21
h, et le mardi et le samedi, de 10
h à 17 h. Mon horaire a changé
pour le mardi et le samedi. J'avais
très peur parce que je ne pouvais
pas travailler le samedi, car je devais
prendre soin des enfants. Ma belle-mère
s'occupait de mes deux enfants durant
la semaine. Le plus jeune des deux
avait à peine quatre mois et je savais
que ma belle-mère ne pouvait prendre
soin d'eux le samedi parce qu'elle
travaillait ce jour-là.
D'autres travailleurs et moi sommes
donc allés parler au directeur de
ce problème, mais on nous a dit que
l'horaire ne changerait pas, que nous
devions travailler les jours qui nous
étaient attribués. Pour moi, cela
voulait dire plus de dépenses, parce
que je devais payer quelqu'un pour
garder mes enfants le samedi.
Aussi, en plus des tensions que nous
avions tout le temps parce que nous
devions faire tant d'appels pour atteindre
notre quota, il y avait également
la peur constante que nous soyons
serions licenciés.
Un jour, l'une des collègues a été
appelée au bureau du directeur. Elle
se trouve ici. Je l'ai vue. Au travail,
elle était assise en face de moi.
Tous ceux d'entre nous qui étions
là-bas attendions nerveusement de
savoir ce qui lui était arrivé, ce
que le directeur lui avait dit. Peu
après, elle est revenue en compagnie
du directeur. Le directeur criait
après elle, lui disant qu'elle ne
pouvait rien prendre à son bureau
et qu'elle devait partir sur-le-champ.
Le directeur lui a dit qu'il allait
appeler le gardien de sécurité pour
qu'il l'accompagne à l'extérieur.
C'est toujours ainsi qu'il procédait
avec un travailleur qui était congédié.
Ma collègue a dit que le gardien
allait devoir la porter jusqu'à la
sortie parce qu'elle n'allait pas
sortir sous escorte. Tout cela se
passait autour de moi. Je suis devenue
très nerveuse, mais j'ai regardé autour
de moi et j'ai ensuite éclaté en sanglots.
J'ai commencé à pleurer. D'autres
aussi. Je ne pouvais tout simplement
pas retenir mes larmes. Quelqu'un
est venu et m'a accompagnée jusqu'aux
toilettes. On m'a donné un peu d'eau.
Je ne pouvais pas croire que quelqu'un
puisse être si mal traité devant tous
les collègues et tous les autres travailleurs.
Tout le monde a entendu et vu ce qui
se passait.
Quand j'ai entendu parler du syndicat,
je me suis sentie un peu mieux. J'étais
un peu plus calme. Je croyais que
nous avions besoin d'un syndicat pour
améliorer nos conditions de travail.
Quand quelqu'un m'a demandé de m'inscrire,
je l'ai fait aussitôt; je me suis
même renseignée autour de moi et j'ai
fait circuler la pétition pour que
d'autres la signent aussi.
Au début de juin, nous portions tous
des t-shirts du syndicat pour afficher
notre solidarité. Et même si nous
étions nerveux aussi parce que nous
ne voulions pas manifester si ouvertement
notre appui au syndicat, nous étions
quand même assez contents de porter
nos t-shirts parce que nous constations
que la majorité appuyait le syndicat.
J'ai ensuite entendu des rumeurs
que si nous décidions d'adhérer au
syndicat, le bureau fermerait, mais
je ne l'ai pas cru. Pourquoi diable
fermeraient-ils? Les ventes étaient
très bonnes. Nous savions que l'entreprise
fonctionnait très bien parce que nous
étions ceux qui faisions les appels
qui rapportaient les ventes. Je me
suis dit qu'un grand nombre de travailleurs
faisaient partie de syndicats et je
me disais que Sprint nous paierait
alors mieux.
Les surveillants ont essayé de nous
montrer que les ventes étaient très
faibles. Au cours d'une réunion, ils
nous ont montré à l'aide de différents
graphiques que les ventes étaient
insuffisantes, mais nous savions que
ce n'était pas vrai.
Le 14 juillet, le jour où ils ont
annoncé la fermeture de l'installation,
j'ai entendu quelqu'un dire que le
bureau serait fermé; j'ai vu qu'il
y avait beaucoup de brouhaha et j'ai
soupçonné que quelque chose se tramait.
Lorsqu'ils ont annoncé la nouvelle,
nous avons tous été pris par surprise.
J'ai pensé que je pourrais appeler
mon mari, et ensuite je me suis dit
qu'il serait très fâché parce que
j'étais réellement le seul soutien
de ma famille. Mon mari ne pouvait
pas travailler. Il s'était blessé
au poignet. Nous n'avions pas d'argent.
Comment allions-nous payer le loyer?
Comment allions-nous acheter de la
nourriture? Qu'allait-il arriver aux
enfants?
Après que le bureau a fermé, nous
avons vécu une période très difficile.
Mon mari est retourné au travail,
même s'il souffrait encore. Son poignet
n'était pas guéri tout à fait. Et,
aujourd'hui encore, il a mal, parce
que le poignet n'a jamais complètement
guéri.
Nous avons emprunté de l'argent à
d'autres membres de la famille pour
pouvoir continuer à vivre. Un mois,
c'est un organisme de bienfaisance,
Catholic Charities, qui a payé
notre loyer. La nourriture que nous
recevions du syndicat nous a aidés
à mettre de quoi à manger sur la table.
Il nous a fallu un an pour pouvoir
nous remettre sur pied économiquement
une fois de plus.
Jamais je n'oublierai la façon dont
ils nous faisaient travailler, les
promesses qu'ils nous ont faites qui
ne se sont jamais réalisées et toute
la douleur et la souffrance infligées
juste parce que la compagnie ne voulait
rien savoir du syndicat.
Merci.
M. OTERO : Merci, Mme Vogel.
M. Federico Anaya, président du cabinet
juridique Anaya Valdepena, avocats
et experts-conseils en gestion, et
également conseillers auprès de la
confédération des chambres de commerce
et de l'industrie du Mexique.
M. Anaya.
M. ANAYA : (PAR L'ENTREMISE D'UN
INTERPRÈTE) Merci beaucoup. Bonjour.
Je félicite Mme Vogel
pour son exposé exceptionnel. Je suis
sûr que ses propos nous ont insufflé
la volonté nécessaire pour nous pencher
sur ces types de problèmes qui affectent
l'humanité et tâcher de les résoudre.
J'aimerais diviser mon exposé en
trois parties. Premièrement, je voudrais
vous parler de certains aspects juridiques.
Deuxièmement, j'aimerais parler de
certains aspects commerciaux et, troisièmement,
je traiterai des relations du travail.
En premier lieu, je voudrais vous
dire que le monde est plein de conventions.
Les conventions sont des accords et
des ententes de bonne volonté. En
voici un exemple. Disons que je quitte
l'université. Je viens d'obtenir mon
diplôme d'avocat et je n'ai aucune
clientèle. Je n'ai aucun client. Il
me faut des clients. Pour pouvoir
en trouver, je dois être capable de
montrer que je suis compétent et professionnel.
Ce n'est pas parce que j'ai le titre
d'avocat que cela me procurera des
clients.
Nous pouvons dire aussi que si j'ouvre
une entreprise ou un magasin, le fait
que je vienne juste d'ouvrir les portes
de mon entreprise ne va pas inciter
les clients à acheter mes produits;
lorsqu'il est question d'un syndicat,
nous pouvons penser la même chose.
Un syndicat doit être formé parce
que les lois internationales disent
qu'il doit en être ainsi. Il s'agit
de lois qui sont en vigueur dans le
monde entier. Mais, le fait d'établir
un syndicat ne veut pas dire en soi
qu'il s'agit automatiquement d'une
automatisation collective (sic), et
je n'essaie pas de justifier de quelque
façon l'attitude de certaines entreprises.
Je ne la justifie pas. Mais, comme
je le disais, nous avons besoin de
la bonne volonté de la personne qui
va conclure une convention collective
avec les travailleurs. Nous ne pouvons
rien faire contre la volonté de quiconque.
Cela est si vrai que, dans mon pays
au moins, il existe une norme bien
claire qui détermine ce qui suit :
lorsqu'un syndicat tente de conclure
une convention collective, il est
tenu de suivre une certaine procédure,
et il s'agit d'un document qui doit
être écrit, envoyé officiellement
au conseil national d'arbitrage, et
la menace que brandit le syndicat
est qu'il fera fermer l'entreprise
si la convention n'est pas signée.
Qu'est-ce que la compagnie fait? De
quel moyen de défense dispose-t-elle?
Soit que la compagnie signe la convention,
soit qu'elle ne veuille pas la signer
pour d'autres raisons, et ne se présente
pas devant... ce qui peut arriver
c'est qu'elle va devoir payer ce qu'elle
doit aux travailleurs. Mais si ces
derniers sont congédiés de manière
abusive, la loi protège les travailleurs
qui appartiennent à un syndicat, et
quand survient un congédiement d'une
telle importance, les entreprises
doivent également payer un dédommagement,
c'est-à-dire trois mois de salaire
si le conflit n'est pas réglé.
Il est donc stipulé très clairement
que lorsque les entreprises se prévalent
du droit qu'elles ont de ne pas conclure
une convention collective, elles doivent
payer des dommages-intérêts et une
indemnité de fin d'emploi. Autrement
dit, elles sont pénalisées et elles
doivent acquitter ce qu'elles doivent
à tous les travailleurs licenciés.
Une entreprise qui est constituée
comporte toute une série de facteurs
qui lui sont propres, et elle a à
choisir des vendeurs, du personnel,
la banque avec laquelle elle fera
affaire, et, aussi, pourquoi ne pas
le dire, une entreprise a le droit
de, disons, pencher vers certains
facteurs qui vont faire qu'elle aura
du succès et qui lui faciliteront
la tâche. Lorsque de gros nuages sombres
s'amoncellent à l'horizon, l'entreprise
prend des mesures pour les éviter,
tout comme le fait un pilote d'avion
lorsqu'il passe à une altitude supérieure
ou inférieure pour éviter le mauvais
temps qui se trouve devant lui. Je
crois que n'importe quelle personne
qui dirige une entreprise est placée
devant ce genre de situation.
Maintenant, en ce qui concerne le
troisième point que j'ai mentionné,
j'aimerais vous dire à tous que, selon
ma modeste opinion, nul ne peut contester
que les travailleurs n'ont pas le
droit de se syndiquer, et nul ne peut
dire quoi que ce soit contre - nul
ne peut dire quoi que ce soit contre
le fait que les entreprises peuvent
également prendre des mesures pour
se protéger. Personne ne peut le faire.
C'est donc dire que la valeur du syndicat
est parallèle à ce que va décider
l'entreprise : va-t-elle choisir
ou ne pas choisir, signer ou ne pas
signer une convention avec tel ou
tel syndicat, qui, peut-être, lui
occasionnera des problèmes plus tard.
J'insiste ici sur le fait qu'à la
présente tribune publique, nous ne
nous penchons pas seulement sur un
cas isolé. Nous parlons des possibilités
d'entente entre des travailleurs syndiqués
et un groupe d'entreprises qui ont
aussi le droit de mener à bien leur
programme, et je dis cela parce qu'il
y a des chaînes de montage, il y a
des services organisés, des services
financiers, des services commerciaux,
il y a des systèmes comme ceux-ci,
de sorte que les travailleurs ont
besoin de continuer leurs associations.
Elles existent pour défendre les besoins
des travailleurs syndiqués.
De quels intérêts ou besoins s'agit-il?
Il y en a essentiellement deux : une
rémunération juste, et aussi des conditions
de travail justes et équitables qui
ont un rapport avec les avantages,
les conditions d'hygiène, etc.
L'homme d'affaires investit des capitaux
en vue de réaliser un bénéfice et,
lorsque les conditions économiques
sont défavorables, par exemple, le
prix des matériaux ne lui permet pas
d'être concurrentiel au sein du marché,
ou lorsque les banques retirent leur
appui financier, la crainte que suscite
un syndicat nouveau et inconnu, et
cela arrive à tout le monde quand
on ne sait pas ce qui se passe, un
syndicat nouveau dont on ne sait rien,
sinon qu'il est en voie de création,
c'est un avertissement à propos d'un
risque possible. Lorsqu'un syndicat
est nouveau ou en voie de formation,
on ne sait pas ce qui va se passer.
On ne connaît pas les intentions de
ce groupe. La situation est différente
lorsqu'un syndicat existe depuis un
certain temps et que l'homme d'affaires
sait comment ce syndicat se comporte
d'habitude.
Il faut donc voir ce qui se passe.
Il y a des syndicats qui, pour certaines
entreprises, font augmenter le facteur
de risque. Il ne s'agit pas d'un problème
de loi, mais d'un problème d'attitudes
et, comme l'a dit Warren Edmondson
lors de son exposé, il est impossible
d'imposer une attitude par voie législative,
il est impossible d'imposer par voie
législative de la bonne volonté, le
désir de se comprendre les uns les
autres. Cela découle de la qualité
des êtres humains, ainsi que de la
qualité des syndicats et des entreprises.
Lorsqu'une entreprise ne cherche que
le profit et perd de vue, comme je
l'ai dit à un de mes fils, que le
principal atout de l'entreprise est
ses travailleurs et qu'il faut traiter
avec eux comme s'ils étaient les meilleurs
clients, lorsque l'on perd cela de
vue, c'est là que surviennent les
problèmes.
Ce phénomène social, l'implantation
d'un nouveau syndicat, amène chaque
homme d'affaires à se demander s'il
ne serait pas préférable de ne pas
traiter avec une telle organisation,
parce qu'il ne sait pas si ce syndicat
sera une entité sur laquelle il ne
pourra exercer aucun contrôle. Ils
ignore si son autorité sera minée.
Il y a cette peur qui s'installe.
On ne sait pas s'il y aura un manque
de discipline, un manque de respect
et si, ultérieurement, cela signifiera
que l'entreprise fera faillite ou
que la productivité diminuera, que
l'on ne travaillera pas aussi fort
parce que, de toute façon, le travailleur
se sentira exploité, il y a la question
de savoir si le syndicat sera un ennemi
de l'entreprise ou si les dirigeants
syndicaux vont demander des avantages
et des à-côtés spéciaux.
C'est pourquoi, si le syndicat est
connu, est une entité connue, s'il
a la réputation d'être professionnel
et authentique, s'il est objectif
et moderne, ces facteurs de risque
s'atténuent dans la mesure où le syndicat
a montré qu'il a de la bonne volonté,
qu'il veut prendre part aux décisions
de l'entreprise, qu'il fait preuve
de respect à l'endroit de la direction,
qu'il favorise l'ordre, l'hygiène
et de bonnes conditions de travail,
et qu'il se soucie, par exemple, de
réduire le gaspillage au sein de l'entreprise,
qu'il veut aider à augmenter la productivité
grâce à la formation des travailleurs,
qu'il cherche à régler de façon amicale
les conflits sans recourir à des grèves,
qu'il veut améliorer les conditions
du milieu, le milieu de travail en
général au sein de l'entreprise, et
qu'il veut proposer des idées qui
peuvent accroître la compétitivité
de l'entreprise et les bénéfices qui
peuvent être répartis entre les travailleurs.
Il s'agit là d'une marchandise de
bonne qualité, qui trouve toujours
preneur. Quand les entreprises et
les syndicats changent radicalement
d'attitude et se rapprochent, la négociation
collective est toujours un instrument
de bonne volonté et de paix, et les
relations du travail sont marquées
au coin de l'équilibre et de la justice.
M. OTERO : Merci.
Je souhaite rectifier un point. Au
moment de présenter M. Anaya, j'ai
oublié de souligner qu'il représente
les employeurs au sein de la délégation
tripartite du Mexique.
À ce stade-ci des délibérations,
je crois qu'il est juste que je fasse
part de ma grande reconnaissance à
tous les conférenciers pour le grand
respect des consignes données. Certains
d'entre vous ont pris moins que les
10 minutes allouées et, dans
l'ensemble, nous nous débrouillons
fort bien côté temps. Je vous en remercie
beaucoup. Il y a aussi un conférencier
qui ne s'est pas présenté ce matin,
de sorte que cela nous a permis d'aller
plus vite, mais je tenais à souligner
votre rigueur et la collaboration
dont vous faites preuve à mon égard
pour ce qui est d'assurer la bonne
marche des délibérations.
J'aimerais aussi demander si M. John
Zucker, du cabinet du député du Congrès
Tom Lantos, se trouve dans la salle.
Si oui, je lui demanderais de se lever.
Fort bien. Merci bien. Je ne vois
pas M. Zucker.
J'aimerais maintenant inviter la
personne suivante, Maria Blanco, directrice
associée de la clinique des droits
des femmes en matière d'emploi, à
l'École de droit de l'Université Golden
Gate.
Mme Blanco.
Mme BLANCO : Je vous remercie.
M. OTERO : Merci. Bonjour.
Mme BLANCO : Bonjour.
Bonjour. Mon nom est Maria Blanco
et, comme vous l'avez entendu, je
suis professeure agrégée de droit
à l'École de droit de l'Université
Golden Gate, ici à San Francisco,
à quelques coins de rue d'où nous
nous trouvons.
De pair avec la directrice de la
clinique, Marcy Seville, qui est également
présente ici, et des étudiants avec
qui nous travaillons, notre clinique
représente à l'heure actuelle plus
de 60 employés de La Conexion Familiar
qui se sont vu refuser des prestations
d'assurance-chômage en Californie
après avoir été licenciés par La
Conexion Familiar. La poursuite
que nous avons intentée est une contestation
de la décision rendue par la commission
des appels de l'assurance-chômage
de la Californie, une décision selon
laquelle les travailleurs qui avaient
touché des paiements compensatoires,
autrement dit, des paiements parce
que Sprint avait fermé ses installations
en violation de la règle de notification,
ne pouvaient recevoir en même temps
des prestations d'assurance-chômage.
C'est pour moi un grand honneur que
d'être ici, à cette tribune, qui est
vraiment un événement historique et
unique, et je crois qu'étant donné
la mondialisation du travail et du
capital dont d'autres ont parlé aujourd'hui,
ce n'est pas une coïncidence si la
première affaire de ce genre à être
soumise aux États-Unis en vertu de
l'accord relatif au travail a lieu
en Californie et met en cause des
travailleurs latino-américains.
Cette affaire réunit un grand nombre
des facteurs que beaucoup d'entre
nous qui oeuvrons au sein du mouvement
syndical et nous occupons de questions
relatives au chômage et aux travailleurs
immigrants en Californie avons vu
évoluer au fil des ans.
Le but du témoignage que je fais
ici aujourd'hui est de montrer que
le secteur de la population active
des États-Unis que représentent les
deux cents travailleurs et plus de
La Conexion Familiar qui ont
été congédiés est souvent incapable
de jouir des droits que lui confèrent
en théorie les lois du travail fédérales
et étatiques, ou de les faire valoir.
Lorsque je dis « ce secteur
de la population active » , je
fais référence aux travailleurs ayant
immigré depuis relativement peu de
temps qui se situent au bas de l'échelle
économique, ici en Californie et dans
d'autres parties du pays.
Comme vous l'entendrez aujourd'hui
et comme vous l'avez déjà entendu,
les travailleurs de La Conexion
Familiar étaient principalement
latino-américains, non anglophones
et, pour la plupart, non qualifiés.
Pour bien d'entre eux, il s'agissait
de leur premier emploi permanent à
temps plein. Ici à San Francisco,
un grand nombre d'entre nous pensions
qu'une entreprise comme La Conexion
Familiar représentait des possibilités
d'emploi pour ces mêmes consommateurs
que visaient les entreprises tentant
de s'emparer du marché hispanophone.
Cela aurait été un changement qui
tombait à point pour la concentration
de travailleurs immigrants exerçant
des emplois faiblement rémunérés et
sans avenir, des emplois qui, malgré
les protestations contre les immigrants
que l'on entend ces jours-ci dans
maints secteurs, d'autres travailleurs
ne sont pas disposés à accepter.
Au départ, les employés, et vous
l'entendrez probablement dire aujourd'hui,
de La Conexion Familiar se
sont sentis chanceux, au-delà de tous
leurs rêves, le jour où ils ont obtenu
leur emploi. Grâce à Sprint, pensaient-ils,
ils avaient la chance unique de travailler,
en échange d'une rémunération supérieure
au salaire minimum, et dans des emplois
où leur langue maternelle était un
atout et pas un handicap.
Certes, le travail avait aussi ses
aspects négatifs. De très gros aspects
négatifs. Les heures de travail, les
pressions, comme en a témoigné Mme
Vogel aujourd'hui, le manque
de pauses. La rémunération non payée.
Les commissions non versées. Les travailleurs
qui se trouvaient si chanceux d'avoir
cet emploi ont donc eu le courage,
d'aucuns diraient le culot, de faire
valoir leur droit à des conditions
de travail décentes en se joignant
à un syndicat, ce qui, d'après les
lois américaines en matière de travail,
est leur droit.
Malheureusement, comme le souligne
la plainte déposée par le Mexique,
la loi américaine en matière de travail
les a laissé tomber et, pour ces travailleurs
extrêmement vulnérables, cela s'est
produit sur plusieurs fronts, et non
seulement sur celui de la National
Labor Relations Act, dont nous
avons entendu parler aujourd'hui.
Par exemple, et je commencerai par
la National Labor Relations Act.
Vous entendrez aujourd'hui d'importants
témoignages au sujet des circonstances
qui ont entouré la fermeture de Sprint,
la façon dont les ventes de l'entreprise
augmentaient, la façon dont les travailleurs
ont dit que l'effectif allait s'étendre,
c'est-à-dire, jusqu'au jour où 50 p. 100
des travailleurs ont fait savoir qu'ils
voulaient être représentés par les
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord.
Malgré la décision du juge du National
Labor Relations Board, selon laquelle
le transfert de Sprint était de nature
purement économique, les travailleurs,
le syndicat, de nombreux experts et
non-experts ainsi que de nombreuses
personnes présentes ici aujourd'hui
qui ont suivi cette affaire de très
près sont persuadés et savent que
le geste de l'entreprise n'était rien
d'autre qu'une bonne vieille mesure
antisyndicale illégale.
Pour les travailleurs de La Conexion
Familiar, les protections qu'offraient
l'article 8 et l'alinéa 8a)(3) de
la National Labor Relations Act
ne voulaient rien dire. Et le fait
demeure que les anciens travailleurs
de La Conexion Familiar n'obtiendront
jamais réparation pour les actes illégaux
de Sprint. La présente tribune publique
n'est pas une mesure de réparation.
Nous sommes heureux d'être ici, mais
ce n'est pas une mesure de réparation.
Même si l'on accordait un jour un
salaire rétroactif, une telle mesure
ne compenserait pas les emplois perdus,
les ravages subis par les travailleurs
qui ont dû faire face à cette perte
d'emploi, ainsi que le fait d'avoir
été projetés dans un marché du travail
où ils se heurtent à un triple obstacle
: celui d'être des immigrants de couleur
non qualifiés, ayant fort peu de chances
d'emploi dans une ville comme San
Francisco.
En ce qui concerne la violation des
lois fédérales sur les fermetures
d'usine, les travailleurs de La
Conexion Familiar ont également
subi une violation flagrante d'une
loi fédérale qui exigeait que Sprint
signifie un préavis de 60 jours
à ses employés avant de fermer ses
portes. Cette mesure de protection
est exposée dans la Worker Adjustment
Retraining and Notification Act,
qu'un grand nombre d'entre nous connaissons
sous le nom de WARN, et que
le congrès a adoptée en 1989. Sprint
a donc aggravé sa pratique de travail
déloyale en violant la WARN Act.
L'objet de ce texte qui résulte d'une
lutte opiniâtre est de donner aux
employés le temps de suivre une nouvelle
formation, de s'adapter et de chercher
du travail lorsqu'on les informe que
l'endroit où ils travaillent est sur
le point de fermer. Aucun travailleur
n'a jamais eu besoin d'un préavis
pour suivre une nouvelle formation
et se préparer autant que ceux de
La Conexion Familiar.
Pour ces travailleurs, n'ayant souvent
qu'une connaissance rudimentaire de
l'anglais et peu de ressources économiques,
la fermeture soudaine a complètement
bouleversé leur vie et celle de leur
famille. Je sais que vous allez en
entendre davantage sur le sujet cet
après-midi.
En ce qui a trait au refus d'octroyer
des prestations d'assurance-chômage
de la Californie, il s'agit peut-être
là de l'aspect de l'affaire que je
connais le mieux. Pour les anciens
employés de La Conexion Familiar,
il aurait dû être relativement simple
de demander et d'obtenir des prestations
d'assurance-chômage. Au lieu de cela,
leur tentative pour obtenir ce filet
de sécurité de base s'est transformée
en cauchemar. Par suite de la décision
du service d'assurance-chômage de
la Californie, à savoir qu'en raison
des pénalités que Sprint avaient payées
pour avoir violé la WARN Act,
les travailleurs n'avaient pas droit
à des prestations d'assurance-chômage,
les travailleurs licenciés ont passé
des mois sans prestations. Chose plus
incroyable, les employés licenciés
se sont vus imposer des pénalités
par le service d'assurance-chômage,
qui les accusait d'avoir menti sur
leurs demandes lorsqu'ils avaient
déclaré que les montants qu'ils avaient
reçus par suite de la fermeture des
installations n'étaient pas une rémunération.
Les employés licenciés ont donc subi
deux séries d'audiences relatives
au chômage : l'une pour déterminer
leur admissibilité à des prestations,
et l'autre pour prouver qu'ils n'avaient
pas fait de fausses déclarations et
que des pénalités ne leur avaient
pas été imposées.
Pour ce qui est de toucher une rémunération
en vertu des lois de la Californie
sur les salaires et les heures de
travail. Au nombre des conditions
de travail en vigueur à La Conexion
Familiar qui ont alimenté la campagne
de syndicalisation figurait le défaut
de l'employeur de payer régulièrement
des primes de surtemps et des commissions,
ainsi que l'exigeaient la loi et les
règlements en Californie. Pour résoudre
cette entorse à la loi, les travailleurs
se sont tournés vers les redressements
classiques de la loi fédérale en matière
de travail, la National Labor Relations
Act et le droit prévu à l'article
7 d'adhérer à un syndicat et de mener
des négociations collectives.
Lorsque la fermeture des installations
a fait disparaître, en pratique, ce
moyen de résoudre les revendications
salariales, les employés en ont été
quittes pour déposer individuellement
des revendications salariales. Le
mois prochain, soit plus d'un an et
demi après la fermeture de La Conexion
Familiar, un grand nombre des
demandes de rémunération non payée
seront finalement entendues devant
le commissaire au travail de la Californie.
Sans syndicat pour les aider, les
anciens employés, dont un grand nombre
ne parlent pas l'anglais et sont issus
de pays qui ne disposent pas de lois
comparables, doivent faire face tout
seuls au processus complexe des revendications
salariales. Heureusement, ici à San
Francisco, La Rasa Central Legal
est intervenue pour donner un coup
de main et elle représente un grande
nombre des travailleurs.
C'est donc dire que, deux ans après
que Sprint eut fermé soudainement
La Conexion Familiar afin d'éviter
toute négociation collective, la majorité
des travailleurs sont toujours sans
emploi, ils sont toujours plongés
dans des procédures juridiques complexes
pour recouvrer des prestations d'assurance-chômage
partielles, ils sont toujours en train
d'essayer de recouvrer la rémunération
non payée que Sprint leur doit, et
l'affaire soumise en vertu de la NLRA
suit lentement son cours dans le système
juridique.
Il n'est donc guère surprenant qu'aux
yeux d'un grand nombre des travailleurs
de La Conexion Familiar, le
système américain des lois du travail
n'a pas fonctionné. Les lois sur la
rémunération, les lois sur le chômage,
les lois sur les relations du travail,
les lois sur la notification d'une
fermeture d'usine, toutes ont été
un échec dans cet exemple type. Il
n'est pas exagéré de dire que bien
des gens croient que leurs efforts
de syndicalisation et de négociation
collective n'ont pas donné, ici, dans
le régime des relations du travail,
de meilleurs résultats que dans d'autres
pays où l'on considère que les droits
dans le domaine du travail sont nettement
inférieurs à ceux des États-Unis.
Pour le moment, il leur reste de
sérieux doutes au sujet du droit véritable
de s'associer librement, et il faudra
peut-être longtemps avant qu'ils retrouvent
foi en notre système juridique.
Je vous remercie.
M. OTERO : Mme Blanco,
avant que vous partiez, tout d'abord,
serait-il possible de nous remettre
une copie de votre déclaration?
Mme BLANCO. Oui. J'en
ai emmené quelques-unes.
M. OTERO : Et, deuxièmement, je n'ai
pas tout à fait suivi l'ordre de votre
exposé. J'étais distrait, et je m'en
excuse.
Mme BLANCO : Peut-être
que c'était de ma faute.
M. OTERO : À partir du moment où
vous avez parlé de la WARN Act,
et du rôle de l'assurance-chômage
de l'État de la Californie, pourriez-vous
s'il vous plaît répéter ce que vous
avez dit pour que les choses soient
bien claires?
Mme BLANCO : Certainement.
Voulez-vous que j'explique ou que
je lise mon texte?
Lorsque Sprint a fermé sans signifier
le préavis de 60 jours que requiert
la loi, ce qu'elle a fait c'est remettre
aux employés ce que l'on appelle des
paiements compensatoires. Ce qu'un
employé est autorisé à faire lorsqu'un
lieu de travail ferme sans préavis,
c'est de traduire l'employeur en justice.
C'est le recours prévu. On traîne
l'employeur en cour pour ne pas avoir
respecté le préavis exigé, et l'on
obtient ensuite 60 jours de salaire
parce que le préavis n'a pas été signifié.
Certains employeurs, au lieu de se
rendre en cour, prévoient qu'ils courent
à l'échec et, en compensation, ils
remettent ces paiements aux employés
licenciés au moment de les licencier.
Dans cette affaire, les employés
ont reçu ces paiements compensatoires
et, en conséquence, lorsqu'ils ont
demandé des prestations d'assurance-chômage
et qu'ils ont rempli la section de
la demande où il est demandé si l'on
a touché une rémunération quelconque,
ils ont dit que non parce qu'il ne
s'agissait pas d'une rémunération.
Il s'agit d'une pénalité qu'il faut
habituellement demander à la cour.
Et en Californie, la commission des
appels de l'assurance-chômage a statué
qu'il s'agissait d'une rémunération;
nous avons porté cette décision en
appel et faisons valoir que ces paiements
constituent en fait une amende conçue
pour faire appliquer la loi sur les
fermetures d'usine et qu'ils ne devraient
pas être considérés comme une rémunération.
M. OTERO : La commission de la Californie
a jugé que ce paiement de 60 jours
était une rémunération.
Mme BLANCO : Exactement.
M. OTERO : Je vois. Très bien. C'était
cela que je n'avais pas très bien
saisi.
Mme BLANCO : Très bien.
Merci.
M. OTERO : Merci beaucoup, Mme
Blanco.
J'invite maintenant Mme Liliette
Jiron, ancienne employée de La
Conexion Familiar, à prendre la
parole.
Mme Jiron?
Mme JIRON : Bonjour.
M. OTERO : Bonjour.
Mme JIRON : Bonjour à
tous. Je m'appelle Liliette Jiron.
M. OTERO : Voudriez-vous un verre
d'eau?
Mme JIRON : Un papier-mouchoir
ferait l'affaire.
M. OTERO : Un papier-mouchoir? Je
n'en ai pas.
(Pause)
Mme JIRON : Je vous remercie.
C'est au moment de mon entrevue d'embauchage
que j'ai été exposée la première fois
aux tactiques de menaces et d'intimidation
antisyndicales de Sprint. J'ai postulé
un emploi de télévendeuse chez Sprint,
à La Conexion Familiar, au
printemps de 1994. Lors de mon entrevue,
on m'a dit que le syndicat essayait
de s'implanter chez LCF, mais que
les fauteurs de troubles finiraient
par être licenciés. On m'a dit que
je ne devais pas en faire partie.
On m'a dit que certains des gens qui
travaillaient chez LCF étaient ingrats.
La personne qui dirigeait l'entrevue
a dit que ces gens ne méritaient pas
d'avoir un emploi aussi bon parce
qu'ils ne parlaient pas l'anglais.
Il a continué de dire que ces gens
devraient être contents d'avoir cet
emploi.
La tension qui régnait au travail
m'effrayait, mais j'avais désespérément
besoin du poste; lorsqu'il m'a été
offert, j'ai dit oui.
Cela faisait six mois que je ne travaillais
pas. Mon fiancé était notre seul soutien.
Nos factures s'accumulaient et nous
n'arrivions pas à payer notre loyer
--
M. OTERO : Prenez votre temps, Mme
Jiron. Prenez le temps qu'il
faut pour vous calmer. Il n'y a pas
de raison de vous presser.
Mme JIRON : Nous n'arrivions
pas à payer le loyer de notre appartement.
Nous avons dû déménager avec mes deux
enfants dans un studio. Ce travail
était une occasion de faire de l'argent
pour aider à payer le loyer, acheter
de la nourriture, des couches et des
vêtements pour les enfants.
Dans les trois semaines qui ont suivi
mon arrivée chez LCF, on m'a demandé
d'espionner mes collègues de travail.
Comme j'étais en période d'essai pendant
les 90 premiers jours de travail,
j'ai jugé que je n'avais pas d'autre
choix que de faire ce que l'on me
demandait. Je ne pouvais pas perdre
cet emploi. Mon surveillant m'a demandé
de fouiller dans les tiroirs de mes
collègues de travail après les heures
de bureau pour voir si des membres
de mon groupe y cachaient des documents
syndicaux. On m'a demandé aussi de
parler avec mes collègues de travail
et de découvrir qui menait les partisans
du syndicat dans mon groupe.
À la pause, mon surveillant me demandait
ce que j'avais appris au sujet des
rapports de mes collègues de travail
avec les TCA. J'ai été embauchée en
même temps que quatre autres femmes.
Deux d'entre elles ont signé la pétition
du syndicat. Le surveillant de mon
groupe m'a dit de parler avec elles
et d'essayer de les convaincre de
rayer leur nom de la pétition. On
m'a dit que la compagnie trouverait
un motif pour licencier toute nouvelle
personne qui signait la pétition.
Ils ont dit que ce serait facile,
parce que nous étions encore en période
d'essai. Nous avions constamment peur
d'être licenciées si nous appuyions
le syndicat.
Environ dix jours après que j'ai
commencé à travailler chez Sprint,
ils ont congédié une femme qui se
trouvait à son poste de travail, devant
tout le monde. Ils lui ont dit de
ramasser ses affaires et de s'en aller.
Je ne sais pas pourquoi elle a été
congédiée, mais je me suis sentie
encore plus menacée. Je ne pouvais
pas croire qu'ils pouvaient congédier
quelqu'un comme cela, devant tout
le monde. Cela m'a donné envie de
me tenir loin des partisans du syndicat.
Mais j'ai compris pourquoi mes collègues
de travail voulaient former un syndicat.
Nous avions de la difficulté à nous
faire payer. Nous avions aussi un
programme de commissions. Jamais je
n'ai reçu un chèque de commissions.
Ils passaient leur temps à changer
les règles concernant la quantité
de ventes que nous devions faire.
Chaque surveillant avait un quota
différent. À l'occasion d'une réunion
du groupe, j'ai posé une question
au sujet du programme des commissions.
On a hurlé après moi et on m'a fait
sentir stupide d'avoir posé une telle
question.
Nous n'avions pas le droit d'aller
aux toilettes avant l'heure de la
pause. En outre, nous parlions au
téléphone toute la journée et nous
avions la gorge sèche et douloureuse.
Ils nous disaient de ne pas boire
beaucoup d'eau car, ainsi, nous n'aurions
pas besoin d'aller aux toilettes.
Le jour de la paye, nous devions
attendre que notre surveillante veuille
bien nous donner les chèques. Elle
nous disait qu'elle ne voulait pas
nous les remettre à l'heure du déjeuner
parce que nous irions à la banque
et nous prendrions plus de temps que
prévu pour déjeuner. Nous étions soumis
tout le temps à des contrôles aussi
stricts. C'est qu'ils ne nous respectaient
pas.
Un jour qu'ils refaisaient l'étage
au-dessus de nous, des vapeurs atroces
sont sorties des bouches d'aération.
Les gens toussaient. J'ai eu une éruption
sur les bras, mais ils n'ont pas voulu
nous laisser partir. Finalement, après
deux heures, on nous a dit que nous
pouvions rentrer à la maison.
Nous savions tous que nous avions
besoin d'un syndicat mais ils effrayaient
et intimidaient un grand nombre d'entre
nous. Nous avions trop peur pour le
dire publiquement. Ils passaient leur
temps à nous dire que si nous votions
pour le syndicat, le bureau fermerait
ses portes, et leurs menaces de fermeture
ont été mises à exécution.
Une semaine avant d'avoir la chance
de voter au scrutin de représentation,
on nous a convoqués à la salle de
conférence. C'était juste avant le
déjeuner. Ils ont verrouillé toutes
les portes, et il y avait des gardiens
de sécurité à chaque sortie. Ils nous
ont dit ce jour-là que LCF fermait.
Nous avions jusqu'à 16 h pour ramasser
nos affaires. Au moment de partir,
nous avons tous été fouillés personnellement,
et ils ont fouillé dans nos affaires.
En ce qui me concerne, tout a éclaté
en morceaux ce jour-là. Ne pas avoir
de travail était une réalité à laquelle
je ne pouvais pas faire face. J'ai
commencé à consommer de l'alcool.
J'étais si déprimée. Je me battais
avec mon fiancé, et je criais après
mes enfants. J'avais de la difficulté
à sortir du lit. Je ne voulais rien
faire. Je me sentais si impuissante.
Financièrement, nous avions de la
difficulté. J'étais trop déprimée
pour chercher du travail, et les factures
s'empilaient. Comme je ne pouvais
pas payer mon assurance-automobile,
elle a fini par être annulée, mais
il fallait quand même que je conduise;
c'est ce que j'ai fait, et on m'a
attrapée. J'ai dû passer 5 heures
en prison pour avoir conduit sans
assurance et sans permis.
Il m'a fallu un an pour finalement
mettre de l'ordre dans mes idées et
commencer à me reprendre en main.
Je remercie mon fiancé de m'avoir
aidée à y parvenir. Grâce au chômage,
j'ai obtenu un autre travail auprès
d'un fournisseur Internet. Le mois
prochain, cela fera un an que j'occupe
cet emploi.
Après une année très dure, je suis
heureuse. Mon fiancé et moi mettons
encore de l'argent de côté dans l'espoir
d'acheter une maison.
Mais l'expérience que j'ai vécue
chez Sprint a tout changé pour moi.
J'aurai toujours peur d'être licenciée,
et je me souviendrai des menaces de
fermeture que l'on nous faisait si
nous votions en faveur du syndicat.
Et je me souviendrai du jour où ils
mis leurs menaces à exécution. Et
dire que tout ce que nous voulions,
c'était un syndicat.
Je vous remercie.
M. OTERO : Merci, Mme Jiron.
Ce matin, deux conférenciers ne se
sont pas présentés, et grâce à cela,
ainsi qu'à la collaboration de tous
les conférenciers, la séance de la
matinée s'est déroulée plus rapidement
que prévu.
J'ai envie d'appeler quelqu'un qui
est censé faire son exposé cet après-midi,
d'avoir un conférencier de plus, et
ensuite nous ferons une pause jusqu'à
la séance de l'après-midi, ce qui
permettra aux interprètes de se reposer
plus longtemps. Ils ont fait un excellent
boulot, et nous ne leur avons pas
donné l'occasion de souffler.
Je me demande donc si M. Sergio Tapia
se trouve dans la salle, et s'il ne
verrait pas d'inconvénient à prendre
la parole maintenant, plutôt que plus
tard. Est-ce que cela vous convient?
Permettez-moi de vous présenter officiellement
M. Sergio Tapia, de chez Consultants
Associates, à Monterrey (Mexique).
M. Tapia est un expert-conseil en
gestion, et nous l'invitons à venir
prendre la parole.
M. TAPIA : (PAR L'ENTREMISE D'UN
INTERPRÈTE) Merci beaucoup, M. Otero.
Je vous remercie de me donner l'occasion
de vous parler.
En fait, j'avais emmené avec moi
le document que je voulais présenter
à la tribune, cet après-midi. Je crois
toutefois qu'il n'est pas utile. Je
crois que je le présenterai d'une
manière quelque peu différente, et
je vais le modifier ou l'adapter en
fonction de ce que j'ai entendu jusqu'ici.
Avec tout le respect que je vous
dois, je crois que cette réunion ressemble
à une rencontre entre le camp des
bons et le camp des mauvais. Évidemment,
le fait de présenter les conditions
de travail d'une manière aussi dramatique
-- ou la façon dramatique dont les
travailleurs sont présentés, la façon
dont ils travaillaient chez Sprint
nous amène à croire qu'ils étaient
les bons, et aussi, la présentation
ou l'introduction qui a été faite
à cette tribune, où l'on reconnaît,
bien sûr, le droit sacré à la syndicalisation
des travailleurs, non seulement dans
ce pays, mais dans les trois pays
représentés ici, ainsi que dans la
plupart des régions du globe et, évidemment,
cela nous amène à admettre qu'il s'agit
d'une situation réelle. La presse,
les médias, sont présents, et cela
donne aussi une certaine reconnaissance
aux bons, sauf que la pauvre direction,
je crois, dans cette affaire-ci, est
fort mal représentée. Le directeur
de la compagnie, si je ne me trompe
pas, était en état de choc et n'a
pas voulu être présent. L'avocat qui
a soumis l'affaire et qui a expliqué
les décisions juridiques est déjà
parti -- Je vois qu'il est revenu,
mais, je veux dire, il n'a été applaudi
que par trois personnes, je les ai
comptées fort discrètement.
M. Anaya, qui représente un élément
important de la direction mexicaine,
a aussi été fort peu reconnu par la
tribune mais, bien sûr, je crois que
cela est plutôt naturel, vu la participation
et la présence nombreuse des représentants
des travailleurs.
Étant donné toutes ces circonstances,
je ne puis qu'appuyer les bons et
reconnaître, naturellement, le droit
sacré qu'ont les travailleurs de former
un syndicat. Je ne crois pas qu'en
ce jour et en cette époque, il existe
une personne rationnelle qui nie ce
fait. Bien sûr, je reconnais le succès
avec lequel M. Hernandez Juarez dirige
son syndicat, et le succès qu'il a
obtenu pour ce dernier. Les succès
remportés également pour le compte
d'autres dirigeants syndicaux du monde
entier sont aussi fort impressionnants.
Cette illustration dramatique de l'affaire
Sprint nous motive réellement, nous
emplit réellement d'émotions, de sentiments
d'empathie envers les travailleurs.
Je songe à d'autres affaires dramatiques
et émotives qui ont été présentées
au grand écran. Par exemple, l'affaire
Norma Rae, il y aussi un grand film
de Depardeau appelé « Termination »
sur les travailleurs en Europe, et
simplement le genre d'épilogue dont
j'aimerais parler à la fin de mon
exposé.
Je voudrais faire la réflexion suivante.
La justice sociale tend habituellement
à créer un équilibre entre des droits
opposés, ou des droits qui s'opposent.
De plus, habituellement, les droits
des travailleurs sont considérés comme
plus faibles ou plus vulnérables que
ceux de leur vis-à-vis ou leur complément,
c'est-à-dire l'employeur, la direction.
Toutefois, ces dernières années, cette
situation a eu tendance à s'inverser
et à créer un état de choses où les
droits des travailleurs excèdent parfois
ceux de la direction, en reconnaissant,
bien sûr, que ces circonstances varient
d'une région à une autre ou d'un secteur
industriel à un autre. Par exemple,
nous pourrions dire que les droits
des travailleurs agricoles en matière
d'emploi en Californie sont plus faibles
que ceux du métallurgiste à Pittsburgh,
ou que les droits des travailleurs,
par exemple, de l'État du Chiapas
sont plus faibles que ceux des travailleurs
en général de l'État de la Californie.
Il faut donc faire preuve d'une grande
prudence lorsque l'on procède à des
études au cas par cas, ne pas faire
de généralisations et dire qu'en général,
les droits des travailleurs sont plus
vulnérables ou plus faibles.
Je crois que les travailleurs ont
le droit de se syndiquer s'ils le
désirent, mais je défends aussi le
droit de l'employeur de fermer une
usine si elle n'est pas rentable ou
si ce geste est plus commode pour
ses affaires, stratégiquement parlant.
Je crois aussi que la présente tribune
ne peut, d'une certaine façon, régler
véritablement la controverse qui est
présentée ici. Il s'agit d'une controverse
que les États-Unis ont réglée, par
l'entremise de leurs organismes représentés
légitimement et par l'entremise de
leurs lois qui ont également été sanctionnées
dans ce pays.
Malheureusement dans ce cas-ci, pour
l'employeur -- bien sûr, je crois
que les travailleurs ont le droit
de se syndiquer, il s'agit là d'une
chose que la tribune doit reconnaître,
mais elle doit aussi reconnaître que
l'employeur a le droit de créer une
entreprise fructueuse.
Je crois qu'en reconnaissant ces
droits, cette tribune se sera acquittée
de son engagement à l'égard de dossiers
particuliers, comme celui de Sprint
dans ce pays, ou l'affaire Sony qui
sera bientôt soumise à M. Otero et
peut-être à certaines autres personnes
prenant part à cette tribune, à Monterrey,
ma ville natale, que ces dossiers
seront réglés en fonction des lois
de chaque pays et en fonction des
circonstances propres à chaque cas
particulier.
Je vous remercie beaucoup, et je
sais que je ne serai pas très applaudi.
M. OTERO : Merci, M. Tapia.
Votre exposé me donne l'occasion
de conclure cette séance du matin
en soulignant deux ou trois points
qui, je crois, sont importants.
L'intention de la tribune publique
n'a jamais été de mettre en doute
le processus juridique qui a été suivi
par l'entremise du National Labor
Relations Board. Il s'agit d'un
processus qui se passe d'explications.
Le juge a rendu une décision. Le syndicat
a porté la décision en appel. L'avocat-général
du National Labor Relations Board
interjette appel de ce processus.
Il s'agit d'un processus régulier.
Si nous sommes réunis ici aujourd'hui
c'est parce que nous sommes tenus,
de par l'Accord nord-américain de
coopération dans le domaine du travail,
d'examiner la question de la législation
du travail et de son application dans
les trois pays signataires de l'ALENA.
Le Mexique, les États-Unis et le Canada
accordent la plus haute importance
au principe de la liberté d'association
et au droit de grève, et nous voulons
souligner, grâce à cette tribune et
à un certain nombre d'autres activités,
à quel point nous, les trois pays,
les trois gouvernements, croyons que
cette liberté est sacrée.
Nous espérions grâce à cette tribune
- et il reste encore l'après-midi
plus un certain nombre d'autres activités
- examiner plus en détail les répercussions
qu'a la fermeture soudaine d'usines
et d'installations sur le principe
même de la liberté d'association.
Naturellement, la tribune découle
de la plainte déposée auprès du BAN
du Mexique à la suite de l'affaire
Sprint, et c'est ce qui a donné lieu
à la présente tribune; nous espérons
qu'au cours de cette discussion, ainsi
que dans l'étude que nous avons commandée
par l'entremise du Secrétariat de
la Commission de coopération à Dallas,
que nous serons en mesure d'examiner
d'autres affaires que celle de Sprint
uniquement, d'autres cas aux États-Unis,
au Mexique et au Canada où des fermetures
soudaines similaires peuvent avoir
un impact sur cette liberté très fondamentale
qui fait partie intégrante de la Convention
98 de l'OIT.
C'est donc dans ce contexte que nous
formons l'espoir que ces discussions
de même que l'étude du Secrétariat
de la Commission de coopération nous
permettront d'examiner plus en détail
quels effets ont les incidents sur
cette liberté d'association qui constitue
l'un des éléments principaux de l'Accord
de coopération dans le domaine du
travail conclu entre les trois pays.
Je vous remercie donc, M. Tapia,
de m'avoir donné l'occasion de faire
cet éclaircissement juste avant que
nous suspendions nos travaux pour
le déjeuner.
Permettez-moi de dire que l'interruption
sera un peu plus longue que prévue.
Nous ne reviendrons pas ici avant
14 h cet après-midi, mais je
vous demanderais d'arriver un peu
plus tôt pour que nous puissions commencer
à l'heure, à 14 h précises.
La séance est suspendue pour le déjeuner.
Merci beaucoup.
(Sur ce, la séance a été suspendue
jusqu'à 14 h de la même journée,
le mardi 27 février 1996).
SÉANCE DE L'APRÈS-MIDI
14 h
M. OTERO : Bon après-midi, mesdames
et messieurs.
Muy buenos tardes a todos, señoras
y señores.
Je vous demanderais de gagner vos
places, car nous sommes sur le point
de commencer la seconde séance de
la tribune publique d'aujourd'hui.
Je vous annonce qu'étant donné que
l'on nous a fait savoir que certains
des conférenciers inscrits ne sont
pas en mesure de venir présenter leur
témoignage, nous allons avoir un peu
plus de temps que je l'avais prévu
cet après-midi; j'ai aussi à vous
faire part d'une demande spéciale
des interprètes.
Ce matin, obligés d'avoir à faire
leur exposé en 10 minutes, certains
des conférenciers ont parlé trop vite,
ce qui a empêché jusqu'à un certain
point les interprètes de traduire
convenablement ce qui ce disait et
d'énoncer tous les mots.
Cet après-midi, je prends donc la
liberté, en tant que président, d'étendre
de 10 à 12 minutes le temps alloué
à chaque conférencier, vu que nous
avons quelques absents parmi les conférenciers.
Je demanderais toutefois aux conférenciers
dont l'exposé dure 10 minutes d'essayer
de le faire en 12 minutes, ça va?
Je ne voudrais pas que nous étirions
trop les choses, mais vous pouvez
parler plus lentement de manière à
ce que les interprètes puissent faire
très bien leur travail.
Et j'aimerais dire, entre parenthèses,
que j'ai écouté les conférenciers
de temps à autre et que les interprètes
font un excellent travail pour ce
qui est de traduire de manière juste
et exacte ce qui se dit en anglais
vers l'espagnol, et vice et versa.
(Applaudissements)
Très bien. Selon le programme de
cet après-midi, le premier conférencier
est le maire de la ville de San Francisco,
M. Willie Brown, mais nous ne savons
pas s'il est en route ou pas, de sorte
que nous n'allons pas prolonger plus
longtemps.
Nous savons toutefois que M. Tom
Lantos, député au Congrès, qui représente
la circonscription dans laquelle nous
nous trouvons, n'est pas en mesure
d'être ici; mais nous sommes bien
chanceux que M. Lantos ait demandé
à l'un de ses principaux collaborateurs
au Congrès, M. John Zucker, qui
fait partie de son équipe, de le représenter;
il est adjoint législatif, et il est
ici pour faire un exposé au nom de
M. Lantos.
Je demanderais donc à M. Zucker d'avancer
jusqu'à l'estrade et de prendre la
parole.
Je vous en prie.
M. ZUCKER : Merci, M. Otero.
Merci au Bureau des affaires internationales
du travail. J'ai minuté mon allocution,
elle ne dure que huit minutes environ.
Mon nom est John Zucker. Je suis
un adjoint législatif de M .
Tom Lantos, député au Congrès, et
je travaille à son bureau à Washington.
M. Lantos désire exprimer sa profonde
gratitude pour avoir été invité à
participer à cette importante tribune
publique, et il regrette sincèrement
de ne pas pouvoir être présent. Comme
vous le savez peut-être, le Congrès
siège de nouveau, et plusieurs votes
importants sont censés être tenus
aujourd'hui. Il a donc été obligé
de rentrer à Washington. Néanmoins,
il se préoccupe beaucoup du but et
est conscient de l'importance de cette
tribune, et c'est pourquoi il m'a
demandé de prononcer son allocution
exactement comme il l'a écrite; c'est
donc ce que je vais faire.
DÉCLARATION DU DÉPUTÉ AU CONGRÈS
TOM LANTOS : J'aimerais tout d'abord
vous féliciter de tenir cette audience,
la première du genre selon les dispositions
de l'accord parallèle de l'ALENA,
à propos d'une affaire qui met en
cause des violations des droits des
travailleurs aux États-Unis.
Comme vous le savez, j'étais fermement
opposé à l'ALENA, mais il s'agit aujourd'hui
de la loi du pays et nous devons nous
conformer à ses dispositions. Je serai
le premier à m'assurer que l'esprit
et la lettre des principes que renferme
l'accord parallèle de l'ALENA sur
la coopération dans le domaine du
travail reçoivent le maximum d'attention
dans le cadre de l'application des
dispositions de l'ALENA.
L'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail stipule
clairement que tout sera fait pour
garantir à tous les travailleurs le
droit à la liberté d'association et
le droit d'être représentés par un
syndicat. Les travailleurs de Sprint,
qui sont le sujet de l'audience d'aujourd'hui,
ont manifestement été privés de ces
droits.
La fermeture par Sprint de La
Conexion Familiar a montré que
la réalité se situe bien loin des
objectifs de l'accord de l'ALENA en
matière de coopération dans le domaine
du travail. Il s'agit du cas d'une
entreprise qui a délibérément violé
notre législation et qui a été reconnue
coupable de plus d'une cinquantaine
d'infractions. Il s'agit aussi d'une
affaire de douleur et de souffrance
humaines.
Comme vous le savez, le 14 juillet
1994, 235 personnes ont été licenciées
par Sprint. Un grand nombre de ces
travailleurs vivent dans ma circonscription.
Aujourd'hui, nous avons entendu et
entendrons plusieurs de ces travailleurs
nous dire dans leurs propres mots
le chambardement qu'il leur a fallu
vivre. Je suis au courant de leur
souffrance depuis le début de cette
situation tragique, et j'ai vu personnellement
les conséquences déchirantes du comportement
de Sprint sur la vie de ces travailleurs.
En une fraction de seconde, ces travailleurs
se sont retrouvés sans emploi. Leurs
familles ont été en désarroi, et la
promesse du rêve américain a été anéantie.
« Comment cela a-t-il pu arriver, ont-ils
demandé, après tout, nous sommes en
Amérique, là où les lois sont censées
signifier ce qu'elles disent et sont
censées être exécutées à la lettre. »
Le jour où Sprint a fermé soudainement
La Conexion Familiar, une semaine
avant la tenue d'un scrutin de représentation,
nous avons eu un exemple classique
d'une affaire où la législation américaine
du travail n'a pas protégé convenablement
des travailleurs américains. Deux
cent trente-cinq travailleurs ont
perdu leur emploi, victimes d'une
campagne illégale contre les droits
des travailleurs.
Plus d'un an et demi après avoir
ainsi perdu leur emploi, les travailleurs
de La Conexion Familiar luttent
toujours et attendent que justice
soit rendue. Sur les 177 travailleurs
qui devaient voter au scrutin de représentation,
moins de la moitié travaillent. Les
autres sont toujours sans emploi.
Le National Labor Relations Board
a agi aussi rapidement que la loi
actuelle le permet, mais malgré ses
efforts, il a fallu plus de quatre
mois avant que l'affaire soit entendue
et bien plus d'un an avant qu'une
décision soit rendue, et le processus
est loin d'être terminé. En date d'aujourd'hui,
cette affaire dure depuis 593 jours,
et il faudra bien d'autres mois avant
que le NLRB rende une décision définitive,
même en activant les choses.
Il faudra des années avant que toutes
les parties aient épuisé les appels
disponibles. Dans l'intervalle, ce
sont les travailleurs qui supportent
le poids de l'incapacité de notre
système à procurer des recours rapides
et efficaces contre cette violation
manifeste et stupide de la loi.
L'affaire Sprint n'est pas exceptionnelle.
Les données les plus récentes dont
on dispose du NLRB montrent qu'à la
fin de 1994, il fallait en moyenne
360 jours pour qu'une cause liée à
une pratique de travail déloyale soit
tranchée par un juge administratif,
et en moyenne 601 jours avant que
le NLRB rende une décision. Ce que
cela signifie, c'est que la moitié
de ces causes ont pris plus de temps
encore.
Au 30 septembre 1994, la durée moyenne
des causes en instance devant le NLRB
était de 758 jours. Passé ce cap,
il reste encore des années d'appel
devant les tribunaux, et il nous faut
reconnaître que notre régime actuel
de lois du travail est en fait un
outil facile et peu coûteux pour les
entreprises qui violent la loi plutôt
que de s'y conformer.
Il est tout simplement injuste que
les travailleurs qui perdent leur
emploi à cause de pratiques de travail
déloyales de la part de leurs employeurs
aient à attendre si longtemps pour
obtenir réparation. Nos lois du travail
et leurs mécanismes d'exécution doivent
être affermis.
Dans ces circonstances, j'admire
le courage des travailleurs de La
Conexion Familiar. Ils ont pris
les choses en mains et ont décidé
de faire valoir leurs droits. Ils
ne savaient pas que les dés étaient
pipés et que Sprint leur préparait
un coup fourré.
Que feriez-vous si vous travailliez
dans une usine ou une installation
comme La Conexion Familiar
et que votre surveillant ou votre
directeur vous disait : écoutez
bien, n'essayez même pas de vous syndiquer
parce que nous allons fermer l'usine,
et il va falloir de quatre à cinq
ans pour prouver que l'entreprise
a fait quelque chose de mal? Pendant
ce temps, vous serez sans travail.
Dans ces circonstances, est-ce que
quelqu'un essaierait de se syndiquer?
Il n'y a aucun doute que le travailleur
moyen dirait non.
C'est ce qu'il y a de si admirable
au sujet des travailleurs de Sprint
à La Conexion Familiar. Malgré
toutes les menaces, la coercition
et la surveillance, ils ont quand
même essayé. Ils ont montré que l'importance
de la syndicalisation n'est pas chose
du passé, bien au contraire.
Ce sont notre régime de lois du travail
et son exécution qu'il faut faire
entrer dans le XXIe siècle.
C'est la raison pour laquelle je témoigne
aujourd'hui à l'appui des travailleurs
de Sprint et de tous ceux qui désirent
se syndiquer. Je continuerai à faire
tout ce je peux pour trouver un redressement
dans cette affaire et je continuerai
de faire pression pour que l'on réforme
les lois du travail de manière à ce
qu'elles permettent d'imposer rapidement
et efficacement des pénalités à ceux
qui les violent.
Les travailleurs doivent se sentir
en sécurité dans la conviction qu'ils
ont de pouvoir exercer leur droit
d'organisation sans craindre de représailles
de la part de l'employeur et sans
s'exposer au risque de perdre leur
emploi.
Une raison pour laquelle je m'opposais
à l'ALENA était que cet accord perpétuait
l'inefficacité de la législation américaine
pour ce qui était de protéger les
droits des travailleurs. Dans le cas
du droit d'organisation, l'ALENA ne
procure qu'un mécanisme permettant
d'exposer les violations de ce droit,
et la présente tribune publique en
est un élément.
Il est important que les travailleurs
exposent les abus généralisés de leurs
droits, mais ce n'est manifestement
pas assez. Les objectifs de l'accord
parallèle à l'ALENA sur la coopération
dans le domaine du travail sont admirables,
mais la législation elle-même devrait
prévoir des pénalités à l'endroit
des entreprises qui tirent profit
des possibilités accrues d'échanges
commerciaux mais qui, en même temps,
violent les droits de leurs travailleurs,
que ce soit au Mexique, au Canada
ou aux États-Unis.
Je lutterai de pied ferme pour garantir
que l'accord parallèle à l'ALENA soit
modifié de manière à comporter des
pénalités réelles et des dispositions
d'exécution convenables.
Je suis en faveur de l'établissement
d'un code de conduite international
pour toutes les entreprises actives
à l'échelle mondiale. Ce code garantira
que les droits des travailleurs que
nous, aux États-Unis, avons au moins
pris l'engagement de respecter sur
papier et qui sont exposés dans l'accord
parallèle à l'ALENA sur la coopération
dans le domaine du travail deviennent
un élément essentiel d'un comportement
acceptable sur le plan du commerce
international.
La promesse d'investissements et
d'échanges internationaux doit aller
de pair avec celle d'une amélioration
des conditions de travail et des niveaux
de vie des travailleurs, aux États-Unis
comme à l'étranger. En reconnaissant
et en protégeant le droit des travailleurs
à former un syndicat et à entamer
des négociations collectives, nous
ne leur accordons pas de droits ou
de cadeaux. Nous leur donnons les
outils nécessaires pour se défendre
et revendiquer leur juste part du
progrès économique qu'ils ont contribué
à engendrer.
Merci.
M. OTERO : Je vous remercie, M. Zucker,
qui avez pris la parole au nom du
député au Congrès Tom Lantos.
La personne suivante sur la liste
est Fernanda Recio, ancienne employée
de La Conexion Familiar.
Nous demandons à Mme Recio
de s'approcher.
Mme RECIO : Bonjour à
tous.
Aujourd'hui est un jour bien spécial
pour ceux d'entre nous qui travaillions
chez Sprint/La Conexion Familiar.
Nous remercions nos frères et soeurs
syndiqués du Mexique de s'être suffisamment
souciés de nous pour avoir déposé
une plainte dans le cadre de l'ALENA
et pour nous procurer aujourd'hui
une occasion unique de raconter notre
histoire et de nous donner l'espoir
que d'autres travailleurs ne perdront
pas demain leur emploi juste parce
qu'ils veulent un syndicat.
Cette expérience m'a apporté à la
fois de la joie et de la tristesse.
Un résultat positif a été une invitation
que j'ai reçue du syndicat des travailleurs
du téléphone de la Colombie-Britannique
pour leur rendre visite et relater
l'histoire de La Conexion Familiar.
Ils ont été si outrés par le comportement
de Sprint qu'ils ont manifesté à l'extérieur
contre une prestation de la porte-parole
de la compagnie, Candice Bergen. Cela
a été une merveilleuse expérience
que de rencontrer des membres canadiens
du syndicat qui se préoccupaient de
notre triste sort.
Je continue d'être étonnée par l'appui
que cette affaire a suscité autour
du monde. Nous avons été dévastés
par la fermeture, mais cela fait chaud
au coeur de savoir que d'autres se
préoccupent de nous.
Quand j'ai commencé à travailler
à La Conexion Familiar en août
1993, j'avais de grands espoirs. Je
croyais que si je travaillais fort,
il me serait possible de progresser.
Mais peu après mon arrivée chez Sprint,
je me suis rendu compte que l'image
publique de cette entreprise est bien
différente de son comportement en
tant qu'employeur.
Dès le début, j'ai eu de la difficulté
à me faire payer mes commissions.
J'étais préposée aux ventes, et ma
motivation était basée sur l'argent
supplémentaire que j'obtenais pour
chaque vente. Chaque fois que je demandais
à mon surveillant d'expliquer les
modalités de paiement, il se défilait.
Quand j'ai demandé pourquoi je n'étais
pas rémunérée pour les ventes que
je savais avoir faites, on m'a dit
que je devais attendre le relevé d'ordinateur.
Ensuite, le relevé était retardé.
Lorsqu'il arrivait, on me disait qu'il
était erroné. J'ai passé beaucoup
de temps à rencontrer mon surveillant
et le directeur, et je tournais en
rond.
J'ai pensé qu'il me fallait un avocat.
Lorsque j'ai dit à mon surveillant
que j'étais représentée par un avocat,
il est tout à coup parvenu à me remettre
un chèque de commissions. Mais le
montant n'était pas le montant complet
qui m'était dû. Le chèque indiquait
simplement « commissions exigibles ».
Il n'y avait aucune ventilation du
nombre de ventes, du moment où les
ventes avaient été faites, ou quoi
que ce soit. Il était impossible d'obtenir
des comptes détaillés de Sprint.
Je tenais une liste quotidienne de
ce que je vendais, et je possédais
donc les données en question, même
si Sprint ne les avait pas, et le
chèque ne correspondait jamais à mes
données. Je n'ai toujours pas réglé
le problème des commissions, et je
m'efforce avec l'aide d'un avocat
d'obtenir ce que Sprint me doit.
La difficulté à toucher notre commission
était la raison principale pour laquelle
un grand nombre d'entre nous se sont
montrés intéressés à former un syndicat.
Tout le monde avait le même problème.
Nous estimions que la compagnie n'était
pas juste envers nous et qu'elle ne
nous payait pas ce qu'elle nous devait.
C'était très frustrant.
La direction manquait totalement
de respect à notre égard. Les surveillants
criaient souvent après nous. Ils croyaient
que nous étions des enfants.
Nous devions signer un papier pour
aller aux toilettes. Ce papier indiquait
l'heure à laquelle nous quittions
et l'heure à laquelle nous revenions.
Nous devions remettre ce rapport à
notre surveillant chaque fois que
nous allions aux toilettes.
La petite cafétéria nous exaspérait
aussi. Il n'y avait pas assez de chaises
pour s'asseoir et manger. Nous n'avions
pas le droit de manger à nos bureaux.
Et il n'y avait qu'un seul four à
micro-ondes. Nous avions trente minutes
pour déjeuner, et 30 personnes avaient
une demi-heure pour utiliser le four
à micro-ondes. Nous passions le plus
clair de notre temps de déjeuner à
faire la queue, attendant de réchauffer
notre nourriture.
En octobre, j'ai été promue au poste
de surveillante responsable. Je me
tirais fort bien d'affaire à ce poste,
et j'étais toujours parmi les meilleurs
vendeurs. Mais, à la fin de janvier
1994, je me suis rendue avec quelques-uns
de mes collègues de travail à une
réunion avec un organisateur des Travailleurs
en Communication d'Amérique du Nord.
Quand je suis revenue au bureau, mes
collègues de travail m'ont demandé
où j'étais allée et je leur ai parlé
de la réunion avec les TCA.
Mon surveillant m'a entendue parler
et a commencé à me poser toutes sortes
de questions. Il m'a dit qu'il ne
fallait pas que je parle aux autres
du syndicat. Je ne savais pas qu'il
fallait que je fasse un secret de
la volonté de former un syndicat.
Au Chili, mon pays d'origine, c'est
une bonne chose que d'être en faveur
du syndicat.
Un grand nombre d'entre nous pensions
que le syndicat était notre seul espoir.
Le 1er juin, nous avons
porté ce t-shirt pour manifester notre
appui envers le syndicat. C'était,
nous pensions, la seule façon de pouvoir
améliorer notre sort.
Nous voulions être traités équitablement
et avec respect. Nous pensions n'avoir
rien à perdre en joignant les TCA,
mais nous nous trompions.
Mon surveillant me posait tout le
temps des questions sur mes rapports
avec le syndicat. On a dit à mes collègues
de travail de ne pas me parler. S'ils
me parlaient durant une pause, on
leur demandait aussitôt ce dont nous
parlions, parlions-nous du syndicat?
En ce qui me concerne, une fois qu'ils
ont su que j'appuyais le syndicat,
les règles ont changé. On m'a dit
de prendre un jour de vacances si
je tombais malade. Lorsque j'arrivais
en retard au travail, au lieu de recevoir
un avertissement verbal comme tous
les autres, c'était un avertissement
écrit qui était mis dans mon dossier.
Ils ne pouvaient rien me dire à propos
de mes ventes parce qu'elles étaient
très élevées, mais ils ont fait d'autres
choses pour me harceler et m'intimider.
Un jour qu'il n'y avait plus aucune
place de libre à la cafétéria, je
suis retournée à mon bureau avec ma
soupe. À ce moment, personne d'autre
ne travaillait dans le secteur. Le
surveillant est venu et m'a dit que
je ne pouvais pas manger à mon bureau.
Il m'a dit d'aller manger aux toilettes.
Je ne pouvais pas faire cela. J'ai
jeté ma soupe.
Après avoir subi durant quelques
mois cette pression quotidienne, j'ai
commencé à avoir des palpitations.
Je suis allée chez le médecin, qui
m'a donné un moniteur à porter, pour
vérifier l'état de mon coeur. Une
collègue de travail m'a posé des questions
sur le moniteur et m'a demandé comment
je me sentais. J'ai répondu : pas
très bien. Mon surveillant s'est approché
et m'a donné un avertissement parce
que je parlais.
Je suis devenue très nerveuse. Je
ne pouvais parler à personne, et mes
collègues de travail avaient peur
de me parler.
Lorsque j'allais aux toilettes, mon
surveillant activait la procédure
de fin de session de mon ordinateur,
de sorte qu'à mon retour, je devais
refaire la procédure d'ouverture.
Cela prenait du temps à faire, ce
qui a eu un effet sur ma productivité,
et donc sur ma rémunération et mes
commissions. Personne d'autre n'avait
à faire cela.
Nous entendions dire sans cesse que
si nous votions pour le syndicat,
le bureau fermerait. Nous savions
que cela était contraire à la loi,
qu'ils ne pouvaient fermer le bureau,
mais c'est ce qu'ils nous disaient
tout le temps. Certains employés croyaient
vraiment nos surveillants, et avaient
peur de soutenir le syndicat.
En avril 1995, comme je ne pouvais
plus supporter la pression, mon médecin
m'a conseillé de ne pas retourner
au travail et de me faire soigner
pour mon stress. Au moment où je me
suis sentie prête à retourner au travail,
Sprint avait fermé l'installation.
J'ai parlé à mon surveillant un an
après la fermeture et je lui ai demandé
: « Pourquoi me traitiez-vous
comme ça? Je pensais que vous m'appréciiez. »
Il a répondu : « Fernanda, il
fallait que je suive les instructions.
Je n'avais pas le choix. »
L'expérience que j'ai vécue chez
Sprint m'a appris bien des choses.
Je suis encore fermement en faveur
du syndicat. Je crois que nous aurions
pu améliorer les choses à La Conexion
Familiar en formant un syndicat.
Mais j'ai appris aussi que Sprint
est une entreprise qui est prête à
faire n'importe quoi pour ne pas avoir
de syndicat, et cela nous effraye
tous.
Merci beaucoup.
M. OTERO : Merci, Mme Recio.
La prochaine personne à prendre la
parole est Veronika Altmeyer, directrice
administrative du syndicat de l'industrie
des postes et du téléphone d'Allemagne.
Mme Altmeyer, soyez la
bienvenue.
Mme ALTMEYER : Merci.
(PAR L'ENTREMISE D'UN INTERPRÈTE)
Mesdames et messieurs, en tant que
représentante du plus important syndicat
de l'industrie des postes et des télécommunications
d'Allemagne, un syndicat qui compte
plus de 530 000 membres dans
notre pays, je vous remercie grandement.
J'aimerais remercier le Département
du travail des États-Unis ainsi que
les représentants du Canada et du
Mexique de me donner l'occasion d'exprimer
le point de vue de mon syndicat devant
cette assemblée fort importante.
Grâce à notre coopération internationale
avec les TCA, le syndicat des travailleurs
en communication des États-Unis, nous
avons appris de M. Bahr, en juin 1994,
ce qui s'était passé à La Conexion
Familiar, et c'était la première
fois que nous entendions dire que
la Sprint Corporation violait les
lois du travail et le droit d'organisation.
Lors de réunions de notre organisation
syndicale internationale, l'IPTT,
au sujet des entreprises de télécommunications
multinationales, tous les syndicats
membres de cette organisation ont
convenu de coordonner leurs activités
avec celles de ces multinationales.
Étant donné qu'à cette époque on savait
déjà que la compagnie du téléphone
allemande Deutsche Telekom AG, et
son homologue française France Télécom
avaient l'intention de former une
coentreprise avec Sprint Corporation,
nous, les TCA et le DPG, avons décidé
de faire collaborer très étroitement
les syndicats.
Après avoir entendu parler des plaintes
portées contre Sprint Corporation,
nous avons agi de deux façons. Premièrement,
nous avons écrit des lettres en juillet
1994, en août 1994 ainsi qu'en septembre
1994 et en février 1995, nous avons
écrit des lettres au président-directeur
général de Sprint Corporation, M. Esrey,
pour lui demander de respecter le
droit d'organisation au sein de son
entreprise.
En outre, nous avons fait remarquer
que le guide de gestion de Sprint
renferme un objectif déclaré de l'entreprise,
celui de tenir Sprint libre de tout
syndicat. Nous avons critiqué cette
politique de l'entreprise et demandé
à M. Esrey de garantir le droit au
libre choix d'une représentation syndicale
et, aussi, de cesser de menacer les
travailleurs du fait de leurs activités
syndicales. À ce jour, nous n'avons
reçu aucune réponse satisfaisante
à ces accusations et indications.
Deuxièmement, nous avons informé
M. Esrey que le conseil de surveillance
de Deutsche Telekom AG avait décidé
en décembre 1994 d'établir un code
de conduite en vue de la participation
de Deutsche Telekom AG à des entreprises
de télécommunications à l'échelle
mondiale. M. Helmut Ricke, qui présidait
à l'époque le conseil d'administration
de Deutsche Telekom AG, a déclaré
dans un article publié dans le bulletin
des employés de la compagnie, et je
cite [TRADUCTION] : « Les
droits syndicaux seront respectés.
Il semble qu'une philosophie commune
soit indispensable au sein de la coentreprise. »
Vu la collaboration prévue entre
Telekom et Sprint, nous avons demandé
à M. Esrey de prendre part à
des pourparlers conjoints avec les
TCA et nous. Malheureusement, à ce
jour, ces pourparlers n'ont pas eu
lieu.
Nous avons informé le conseil de
Sprint Corporation qu'en tant que
syndicat des travailleurs en télécommunications
d'Allemagne, nous avions établi un
degré élevé de participation dans
les entreprises allemandes et que
nos rapports de travail reposaient
sur une reconnaissance et un respect
réciproques.
Comme je l'ai déjà dit, le conseil
d'administration et le conseil de
surveillance de Deutsche Telekom,
y compris les représentants du propriétaire
et les représentants de Deutsche Postgewerkschaft,
qui siègent eux aussi au conseil de
surveillance, ont établi le code de
conduite de Deutsche Telekom AG dans
les projets de télécommunications
d'envergure mondiale.
Le code de conduite prévoit ce qui
suit [TRADUCTION] : « Dans
tous les projets d'envergure mondiale
qui sont réalisés dans le secteur
des télécommunications, Deutsche Telekom
AG déclare son appui à l'égard des
principes qui lui sont propres. Ces
principes sont annoncés aux organisations
qui prennent part aux projets d'envergure
mondiale. »
« Ces principes énoncent la
responsabilité de Deutsche Telekom
AG au sein de la société, ainsi que
sa responsabilité envers ses employés. »
« Deutsche Telekom AG reconnaît
l'organisme élu qui représente les
intérêts des employés, dont les syndicats,
dans tout projet d'envergure mondiale. »
« Deutsche Telekom AG agit de
telle manière que ses principes sont
adoptés par les partenaires dans les
projets d'envergure mondiale et appliqués
en conséquence. Cela signifie aussi
que les relations qui ont habituellement
cours en Allemagne entre les employeurs
et les employés dans tous les secteurs
des affaires et services organisationnels
où travaille Deutsche Telekom AG avec
des partenaires mondiaux et leurs
filiales en Allemagne sont reconnues
et respectées. »
Les principes de Deutsche Telekom
AG précisent également ce qui suit
[TRADUCTION] : « Tous les employés
contribuent au succès de l'entreprise.
Nous sommes disposés à assumer notre
responsabilité. L'une des caractéristiques
particulières d'une collaboration
fructueuse est la capacité de faire
des compromis de part et d'autre.
Le travail doit être justement rémunéré,
en fonction du rendement. Dans les
décisions qu'elle prend, notre entreprise
tient compte de leurs effets sur ses
employés. Nous collaborons avec les
représentants élus dans un esprit
de confiance. »
Mesdames et messieurs, vous savez
probablement tous que, dans l'intervalle,
le projet convenu entre Sprint Corporation,
France Télécom et Deutsche Telekom
AG a fait l'objet d'une entente légalement
exécutoire et approuvée par les autorités
de surveillance des États-Unis et
de l'Union européenne. En principe,
nous faisons bon accueil à cette coopération
internationale. Mais, en revanche,
nous exigeons que les droits des employés
soient respectés.
Ce projet qu'entreprendront ces sociétés
signifie que, plus qu'auparavant dans
le domaine des télécommunications,
le principe de la liberté d'association
qui est énoncé dans la Constitution
de l'Organisation internationale du
Travail (OIT), ainsi que dans les
conventions 87 et 98 de l'OIT, doit
être respecté, même si ces conventions
n'ont pas encore été ratifiées par
tous les États membres de l'Organisation.
Les États membres du monde entier
appuient les mécanismes de contrôle
de cet organisme spécial de l'ONU,
surtout en ce qui a trait au principe
de la liberté d'association.
Grâce en grande partie aux États-Unis,
les critères sociaux ainsi que le
droit à la liberté d'association syndicale
figurent toujours à l'ordre du jour
de l'Organisation mondiale du commerce
(OMC). Le Parlement européen, ainsi
que les organismes compétents de l'Union
européenne, sont d'accord pour prendre
davantage en considération les normes
de l'OIT lors de l'élaboration des
politiques commerciales étrangères.
Je suis heureuse de dire qu'on a
tendance à l'échelle mondiale à considérer
la liberté d'association des employés
comme un élément intégrant des normes
sociales. Un organisme, et non le
moindre, la Banque mondiale, a souligné
dans divers rapports que dans de nombreux
pays, les activités syndicales ont
contribué à l'établissement de structures
libres et démocratiques.
Le syndicat auquel j'appartiens ainsi
que l'IPTT ont l'intention de faire
de la Déclaration de principes tripartite
sur les entreprises multinationales
et la politique sociale de l'Organisation
internationale du Travail un point
à considérer dans les ententes que
concluent les sociétés de télécommunications
multinationales et leurs syndicats
respectifs.
L'article 41 de la déclaration tripartite
prescrit, sous la rubrique « Liberté
syndicale et droit d'organisation »,
notamment ce qui suit : « Les
travailleurs employés tant par les
entreprises multinationales que par
les entreprises nationales devraient
jouir, sans distinction d'aucune sorte,
du droit, sans autorisation préalable,
de constituer des organisations de
leur choix ainsi que celui de s'affilier
à ces organisations, à la seule condition
de se conformer aux statuts de ces
dernières. Ils devraient également
bénéficier d'une protection adéquate
contre les actes de discrimination
tendant à porter atteinte à la liberté
syndicale en matière d'emploi. »
L'article 42 ajoute ceci : « Les
organisations représentant les entreprises
multinationales ou les travailleurs
employés par elles devraient bénéficier
d'une protection adéquate contre tous
actes d'ingérence des unes à l'égard
des autres soit directement, soit
par leurs agents ou membres, dans
leur formation, leur fonctionnement
et leur administration. »
Les règles susmentionnées, qui sont
tirées de cette déclaration de principes
tripartite sur les entreprises multinationales
et la politique sociale, sont fondées
sur les conventions nos 87
et 98 de l'Organisation internationale
du Travail
Aux termes de l'article 44 de la
déclaration tripartite : « Les
gouvernements qui ne le font pas encore
sont instamment priés d'appliquer
les principes de la convention no 87,
article 5, étant donné l'importance
qu'il y a, en relation avec les entreprises
multinationales, à permettre aux organisations
représentant ces entreprises ou les
travailleurs qu'elles emploient de
s'affilier à des organisations
internationales d'employeurs et de
travailleurs de leur choix. »
La journée d'aujourd'hui est importante
pour l'avancement des droits des travailleurs
sur le plan international. Le signal
transmis par cette tribune dépasse
de loin les frontières des États-Unis.
Nous voyons donc d'un bon il
ce genre de tribune publique parce
qu'elle contribue à montrer où les
droits sont violés, où les droits
des travailleurs sont violés, et elle
permet d'en discuter et de rendre
ces questions publiques.
Les résultats de cette tribune publique
seront également suivis de près en
dehors des États-Unis. Et, au syndicat
auquel j'appartiens, mais aussi dans
les médias de la République fédérale
d'Allemagne, les mesures que la Sprint
Corporation a prises contre ses employés
ont attiré beaucoup d'attention. C'est
donc dire que nous saurions fort reconnaissants
aux autorités américaines de continuer
d'appuyer leur politique précédente
de responsabilité sociale et ce, dans
les règles du jeu ainsi que dans les
gestes destinés à mettre en équilibre
les relations entre employeurs et
syndicats.
Merci beaucoup de votre attention.
M. OTERO : Fraulein Altmeyer, danke
schoen.
Merci beaucoup, Mme Altmeyer,
de votre exposé. Nous vous remercions
d'avoir fait tout ce chemin depuis
l'Allemagne pour nous aider dans ce
processus.
Le prochain conférencier est M. Jose
Luis Mendoza, conseiller juridique
du syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone de la République du Mexique.
M. Mendoza?
Je voudrais dire en même temps que
M. Mendoza fait partie de la délégation
du Mexique.
M. MENDOZA : (PAR L'ENTREMISE D'UN
INTERPRÈTE) Avant tout, je voudrais
dire que cette tribune me tient particulièrement
à cur parce que, en tant que
conseiller juridique du syndicat,
j'ai pris part aux mesures qui ont
été prises pour mettre au jour toute
cette affaire.
Le syndicat des travailleurs de l'industrie
du téléphone du Mexique, devant une
grave violation des droits des travailleurs
de la part de Sprint et de sa filiale,
La Conexion Familiar, s'est
appuyé sur l'accord de coopération
dans le domaine du travail pour soumettre
ses protestations contre cette entreprise
qui avait licencié plus de 200 travailleurs,
qui avaient décidé d'exercer leur
liberté d'association, parce qu'ils
voulaient revendiquer leur droit de
négocier collectivement avec leur
employeur.
Nos doutes et nos préoccupations
se sont aggravés lorsque nous avons
entendu que, dans l'ensemble des États-Unis,
il y avait 16 000 téléphonistes
de l'interurbain qui n'étaient pas
syndiqués non plus. L'ALENA, l'Accord
de libre-échange nord-américain, nous
place devant des situations nouvelles.
Celles-ci ont une incidence sur les
systèmes de productivité, sur les
structures organisationnelles, ainsi
que sur les systèmes financiers. Elles
ont aussi une incidence sur les politiques
des entreprises.
Ces nouveaux modes d'existence nous
placent devant certaines structures
des organisations. Nous sommes touchés
à tous les niveaux. De pair avec cette
évolution, l'Accord de coopération
dans le domaine du travail prévoit,
dans la façon dont il est rédigé ainsi
que dans les principes et les obligations
qu'il comporte, la manière dont la
situation pourrait être réglementée.
On serait en droit de penser que grâce
à cette protection, l'Amérique du
Nord pourrait faire des progrès et
concrétiser ces nouveaux modes d'existence
en se basant sur le respect des droits
fondamentaux des travailleurs.
L'affaire Sprint peut être analysée
sous différents angles. D'un point
de vue légal, nous pourrions arriver
à la conclusion, faire une analyse,
nous demander si, au sein du système
juridique américain, il existe suffisamment
de moyens de protéger la liberté d'association
et le droit de négocier collectivement.
Nous pourrions aussi chercher à déterminer
si les normes procédurales du système
juridique américain établissent des
pénalités appropriées quand surviennent
certaines infractions, ainsi que la
façon dont il est possible d'indemniser
les victimes.
Toutefois, cela nous éloignerait
de la question principale. Cela nous
éloignerait des questions vraiment
transcendantales.
Je ne suis pas d'accord avec mon
collègue Sergio Tapia. Le problème
que nous vivons n'est pas celui des
bons et des mauvais. Il s'agit d'un
problème d'ignorants et de faibles.
Les faibles, ce sont les travailleurs.
Les ignorants, ce sont les membres
de la direction qui ont oublié qu'il
y a de nouvelles façons d'exister,
de structurer. En agissant comme elle
le fait, Sprint cause des torts de
trois façons au moins. Elle cause
des torts sociaux, elle fait du tort
aux travailleurs et elle se fait du
tort à elle-même.
Il est possible que le type de leadership
de la direction, la politique de destruction
de tout ce qui concerne la syndicalisation
empêchent l'entreprise de comprendre
qu'elle se fait du tort à elle-même,
qu'elle ne se rend pas compte que
le fait de licencier des employés
crée aussi de graves difficultés sur
le plan familial et socio-économique.
Nous avons entendu des exposés vraiment
émouvants et dramatiques de la part
de nos collègues, et tout cela est
le fruit de l'ignorance.
Le monde de qualité que l'on établit
ou dont on parle dans l'ALENA ainsi
que dans l'Accord nord-américain de
coopération dans le domaine du travail
exige que certains principes et certaines
institutions soient établis et confirmés.
Cela nécessite que certaines ressources
et certains instruments soient mis
en oeuvre dans un milieu positif.
Dans quel but? Pour que, dans ce
cadre positif, le travail d'équipe
puisse avoir lieu, la participation
au leadership, une bonne communication
et une bonne motivation.
Nous devons comprendre que, dans
les méthodes de travail, le facteur
humain est de la plus haute importance
et constitue un facteur transcendantal.
Les dirigeants qui, année après année,
se rencontrent en Suisse ont déclaré
que, dans les entreprises, le client
devrait se situer au sommet de la
pyramide. Ce point de vue a changé
récemment, notamment à cette tribune
internationale. Aujourd'hui, dit-on,
au sommet, au point le plus élevé,
à la pointe de la pyramide, c'est
le travailleur qu'on devrait retrouver,
et il est très facile de comprendre
et d'expliquer comment ce changement
est arrivé.
La productivité et la qualité sont
le fruit des efforts des travailleurs,
et il ne peut y avoir de productivité
ou de qualité dans un milieu de travail
marqué par le négativisme. Les changements
apportés sont préjudiciables à la
société, à l'entreprise, au travailleur,
quand ces principes ne sont pas appliqués.
Nous avons appris, dans l'histoire
de l'humanité, que le syndicalisme
est une institution noble qui a pour
but de défendre les faibles. Le syndicalisme
est défendu sur le plan politique,
juridique, éthique et philosophique,
et il n'y a aucun doute au sujet de
cela.
Quand on analyse les différentes
répercussions du comportement de Sprint,
on se rend compte que ce comportement
n'est causé que par un facteur, par
un seul motif, celui d'éviter la syndicalisation
des travailleurs, de les empêcher
de défendre leurs droits collectivement.
Si l'on analyse la situation, on est
forcé de réfléchir à des aspects très
fondamentaux, comme les relations
patronales-syndicales.
Dans le monde entier on comprend
que trois éléments intègrent ces relations :
le syndicat, les travailleurs et la
direction. Chez Sprint, il est entendu
que les relations de travail sont
représentées uniquement par la direction
et la pression que celle-ci exerce
sur les travailleurs. Dans le monde
moderne, on découvre que les travailleurs
devraient se situer au sommet de la
pyramide, mais chez Sprint on dit
qu'ils devraient se situer tout à
fait en bas, que leurs droits devraient
être écrasés et que même les conditions
les plus fondamentales ne doivent
pas être remplies.
Nous, les travailleurs mexicains,
croyons que l'ANACT est un excellent
instrument dont les objectifs peuvent
être atteints grâce aux principes
qu'il établit, et il y est question
de situations qui nous permettent
de réaliser un changement, un changement
par lequel il est possible de partager
la richesse, un changement par lequel,
sous la gouverne des travailleurs
et de la direction, il est possible
de créer de nouvelles conditions de
vie pour tous, pour la façon dont
le travail est exécuté.
Il y a des pays, certains pays d'Asie
par exemple, qui ont fait la preuve
que si l'on permet aux travailleurs
de prendre part aux décisions, on
obtient d'excellents résultats. Le
manque de participation mène aussi
à un manque de participation à la
résolution des problèmes. Nous savons
qu'en participant, nous satisfaisons
un besoin humain, nous pouvons résoudre
des problèmes qui existent au sein
d'une entreprise, et nous pouvons
en arriver à des solutions plus rationnelles
et raisonnables.
On dit que les normes du droit international
ne sont pas efficaces parce qu'il
n'existe pas de mesures coercitives.
Dans le cas de l'ANACT, on constate
un phénomène vraiment exceptionnel,
une idée définie comme l'outil qui
permettra d'éveiller la conscience
des travailleurs en Amérique du Nord,
où l'on ne peut faire taire les protestations
par la peur ou l'oppression.
Les travailleurs mexicains, surtout
les travailleurs de l'industrie du
téléphone du Mexique, appuient résolument
la cause des travailleurs de Sprint.
Ils manifestent leur empathie à leur
égard et, grâce à leurs efforts, ils
sont parvenus à obtenir qu'on les
remarque en Amérique du Nord et que
nous réfléchissions tous à ces mesures,
compte tenu du fait qu'elles causent
un grave tort aux entreprises, et
non seulement aux travailleurs concernés.
Ces mesures ont une influence négative
sur la société dans son ensemble.
Les conséquences de l'ANACT nous
incitent aussi à faire preuve de plus
d'audace. Il est possible de trouver
des moyens de garantir que l'humanité
progresse grâce à un respect bien
équilibré des droits des travailleurs.
Je vous remercie beaucoup.
M. OTERO : (PAR L'ENTREMISE
D'UN INTERPRÈTE) Merci beaucoup, M. Mendoza.
Le prochain conférencier est membre
de la délégation tripartite du Canada,
et il représentera les employeurs.
Je demanderais à M. Lawrence Bertuzzi
de s'avancer.
M. Bertuzzi est associé au sein du
cabinet juridique Miller & Thompson.
M. Bertuzzi.
M. BERTUZZI : Merci, Monsieur
le Président.
J'aimerais d'abord commencer par
remercier notre hôte, le Département
du travail des États-Unis, pour cette
aimable invitation, et je remercie
le chef de notre délégation canadienne,
M. Edmondson, de m'avoir inclus dans
la délégation.
Je constate qu'ici, aujourd'hui,
je remplirai une fonction plutôt singulière.
Fort peu d'entre nous représentent
le côté de la direction, et je pense
que tous ont pris la parole avant
le déjeuner. Je suis peut-être le
seul porte-drapeau de l'après-midi,
mais permettez-moi néanmoins de vous
parler du point de vue du Canada.
J'aimerais dire, tout d'abord, que
je ne suis pas ici pour commenter
de quelque façon la situation de Sprint.
Il serait des plus inconvenants que
je le fasse et je ne saisirai pas
cette perche qui m'est tendue.
J'ai cru comprendre que la tribune
avait pour but d'étudier les répercussions
de la fermeture soudaine d'usines
sur le principe de la liberté d'association
et du droit d'organisation des travailleurs.
J'aimerais faire abstraction, pendant
un moment, du mot « soudain »
et vous dire que les répercussions
de la fermeture d'une usine en réaction
au principe de la liberté d'association
et au droit d'organisation des travailleurs
au Canada est une affaire relativement
simple. Le mot « soudain »
vient compliquer les choses, parce
que cela dépend pourquoi.
J'aimerais parler de trois choses
au cours de la brève période de dix
minutes qui m'est allouée. La première
est de vous entretenir un peu de la
législation canadienne qui régit la
question. La deuxième chose est de
plaider en faveur de ce que j'appelle
l'équilibre. Je crois que l'équilibre
est un facteur indispensable lorsque
l'on aborde à deux la tâche à accomplir.
Et la troisième chose, c'est de faire
quelques commentaires sur la procédure,
si vous me le permettez Monsieur le
Président.
Premièrement, au Canada, toutes les
lois que nous avons protègent la liberté
d'association et le droit d'adhérer
aux syndicats que choisissent les
employés. Comme l'a dit M. Edmondson,
nous avons au Canada 11 lois du travail
différentes parce que nous avons dix
provinces - semblables à vos États
- qui ont chacune compétence pour
la plupart des domaines, sauf ceux
qui sont réputés être du ressort du
gouvernement fédéral, comme le transport
interprovincial, les télécommunications,
etc. C'est pour cette raison que le
gouvernement fédéral s'est lancé dans
l'arène pour créer la onzième administration.
Chaque administration reconnaît clairement,
comme le fait notre constitution,
le droit d'adhérer à un syndicat que
les employés choisissent. En fait,
dans la plupart des administrations
au Canada, le droit de choisir un
syndicat peut se faire même sans procéder
à un vote. La présentation d'un certain
nombre de cartes de membre, soit 50 p. 100,
soit 55 p. 100, plus encore
dans certaines administrations, permet
d'accréditer un syndicat, celui que
choisissent les employés, sans scrutin.
Maintenant, toutes les administrations,
les 11 administrations, interdisent
d'agir ou d'exercer des menaces contre
des employés à cause d'une activité
syndicale. Je crois que, sur ce plan,
le droit canadien va peut-être plus
loin que le droit américain, Monsieur
le Président, car, si j'ai bien compris,
vous avez le critère Wright Line
qui pose essentiellement deux questions :
un, la décision était-elle fondée
sur un motif antisyndical et, deux,
la décision était-elle fondée sur
une raison commerciale valable. Si
la réponse à chacune est affirmative,
il faut ensuite mettre en équilibre
les deux réponses.
En fait, le droit canadien est moins
pénible que cela à l'égard des syndicats
et des employés. Le critère que l'on
applique au Canada est le suivant
: la décision était-elle attribuable
de quelque façon à un motif antisyndical?
Et, dans l'affirmative, il se peut
fort bien que les intérêts commerciaux
passent en second. La seconde grande
distinction est que l'employeur - aux
États-Unis, si j'ai bien compris,
il incombe à l'employeur de prouver
la raison d'être commerciale de son
geste; l'employeur canadien supporte
un fardeau inverse, celui de prouver
qu'il n'était animé d'aucun motif
antisyndical.
Il s'agit là de distinctions importantes,
mais ce que le droit canadien fait
et doit continuer de faire encore
mieux, c'est d'essayer d'équilibrer
les choses. Nous avons un équilibre
qui, à certains égards, résulte du
moment choisi. Ce n'est pas aussi
bon que cela pourrait l'être, mais
les employeurs peuvent décider de
fermer leur portes ou de s'installer
ailleurs si cette décision ne repose
pas sur un motif antisyndical.
Des raisons économiques valables,
des décisions de d'investissement,
des questions d'emplacement, surtout
qu'il y a au Canada de plus en plus
de lieux de travail vieillissants
qui ne satisfont pas aux exigences
en matière d'environnement ou de sécurité,
il s'agit là de raisons légitimes
pour déménager un lieu de travail
ou le fermer, ce qui n'est pas interdit
par nos lois du travail, pas plus
que ça ne devrait l'être, si ces raisons
ne s'accompagnent pas d'une intention
antisyndicale.
Dans de nombreuses provinces, la
compétence du syndicat ne s'étend
en fait qu'à une ville ou à une région,
de sorte qu'il peut même arriver que
ce droit ne soit valable que dans
un rayon de quelques kilomètres seulement.
Et il s'agit d'un droit qui représente
une tentative pour en arriver à un
équilibre au Canada, et ça semble
fonctionner.
Le système d'accréditation qui existe
dans nos pays est une rareté dans
le monde des contrats commerciaux,
et je suis d'avis que le droit de
déménager pour des raisons d'ordre
commercial, même si une telle mesure
a pour effet d'empêcher la syndicalisation,
est légitime s'il n'est pas motivé
par une raison antisyndicale.
C'est le revers de la procédure d'accréditation.
Dans le monde des contrats commerciaux,
rares sont les situations où l'on
dit à un employeur : voici la
partie avec laquelle vous devez conclure
votre contrat commercial et, en outre,
voici les éléments clés qui doivent
figurer dans ce contrat commercial.
Quand je vais acheter un produit,
je peux choisir parmi un certain nombre
de fournisseurs. Lorsque je vais choisir
un type d'énergie, je dispose de sources
différentes. Toutefois, dans le domaine
du travail, selon le système d'accréditation,
il y a une seule partie négociatrice.
Et en contrepartie, certains droits
sont accordés pour gérer l'entreprise
efficacement afin de demeurer viable.
Au Canada, la convention collective
est peut-être bien le contrat commercial
le plus coûteux que signe un employeur.
Parmi tous les contrats commerciaux
qu'il conclut, c'est celui qui coûte
le plus. Pourtant, c'est l'un des
rares où l'employeur n'a pas le choix
de la partie avec laquelle négocier.
Au Canada, nous la plupart des administrations
ont aussi prévu de nombreuses dispositions
obligatoires qui contrebalancent du
côté syndical le droit qu'a l'employeur
de déménager. Par exemple, nous avons
dans la plupart des cas le paiement
obligatoire de cotisations syndicales
par tous les membres de l'unité de
négociation, l'antithèse même de votre
droit au travail.
Nous avons dans les administrations
des mesures d'arbitrage obligatoire
pour ce qui est de la première convention,
des mesures qui couvrent la très grande
majorité de nos travailleurs. Dans
deux provinces, il est interdit de
recourir provisoirement à des travailleurs
de remplacement, et dans presque toutes
les provinces, il est interdit d'y
recourir de façon permanente.
Ce sont donc là des éléments qui
donnent un appui au camp syndical,
des éléments qui me disent que je
devrais continuer de plaider en faveur
d'un équilibre de sorte que les entreprises
puissent réagir en conséquence dans
ce contexte.
Conformément à notre approche équilibrée,
les commissions des relations du travail
prennent en considération des facteurs
tels que le moment où les décisions
sont prises. Par exemple, une décision
prise subitement face à une campagne
de syndicalisation peut fort bien
susciter une réaction différente de
la part de la commission des relations
du travail, qu'une décision prise
quand la relation a été établie il
y longtemps, ou même une décision
prise durant une grève, lorsque les
exigences du syndicat sont telles
que l'entreprise n'est plus concurrentielle.
Dans un cas, les réalités ont amené
la commission des relations du travail
à dire : nous devons intervenir.
Dans les autres cas, ils disent que
nous devons laisser libre cours au
jeu du marché. Lorsque l'on exerce
son pouvoir économique en tant que
syndicat, il faut le faire dans le
contexte des réalités et, parfois,
cela ne fonctionne pas si bien. Et
les employeurs ont exactement les
mêmes décisions difficiles à prendre.
C'est cet équilibre que nous devons
chercher à obtenir.
Un employeur choisit son emplacement
pour un certain nombre de raisons :
l'emplacement comme tel, les moyens
de transport, les sources d'énergie,
le coût de l'argent, les incitations
gouvernementales, les restrictions
gouvernementales, les frais de soins
de santé - élément très important
au Canada - une main-d'oeuvre qualifiée
et disponible, ainsi que le coût de
cette main-d'oeuvre. Tant qu'il n'existe
aucune motivation antisyndicale, l'employeur
doit pouvoir prendre en considération
ces questions, toutes ces questions,
au moment de décider où s'installer
ou déménager. La disponibilité, la
qualité et le coût de la main-d'oeuvre
sont des facteurs qu'il faut peser
avec tous les autres, comme on le
fait entre les provinces du Canada
ou les États du Mexique et des États-Unis,
ou entre nos pays respectifs. Si un
mouvement dans la bonne direction
chasse les investissements, les parties
et le gouvernement doivent faire attention.
L'ALENA a pour objet de faire tomber
les murs et de reconnaître nos places
respectives au sein d'une société
élargie, et non d'édifier des murs
pour nous retenir et exclure les autres.
Il en va de même, aussi, de nos lois
du travail.
Maintenant, Monsieur le Président,
le troisième point que je voulais
commenter, et délicatement, devrais-je
ajouter, est une préoccupation plus
importante de ma part à l'égard de
l'ingérence qu'il peut y avoir dans
les mécanismes administratifs et judiciaires
internes d'un pays.
Au Canada, nous disposons d'un réseau
de commissions des relations du travail,
onze pour être exact, dans chaque
administration, et elles ont compétence
principale pour ce qui est d'examiner
les questions d'accréditation et les
questions de pratiques de travail
déloyales qui entrent en jeu lorsque
des travailleurs perdent leur emploi.
Ces questions ont été retirées des
tribunaux en premier lieu parce que
l'on a reconnu qu'il était nécessaire
de disposer de tribunaux administratifs
indépendants, spécialisés, pour les
examiner. Cela a toujours été considéré
comme une mesure positive par le patronat
et le mouvement syndical, et celle-ci
a été reprise dans un certain nombre
d'autres secteurs de la société canadienne.
Il existe, par exemple, des tribunaux
dans le domaine de l'environnement,
des tribunaux dans le domaine immobilier,
etc. Et ces tribunaux traitent des
questions spécialisées qui les concernent,
plutôt que le système judiciaire en
général.
Mais, les cours de justice sont toujours
là. Elles procèdent à des contrôles
judiciaires, pour garantir l'équité,
la justice naturelle, l'application
régulière de la loi, et s'assurer
que les tribunaux administratifs n'excèdent
pas leur compétence; elles ont donc
un rôle à jouer.
Selon mon expérience, le système
américain, bien que distinct, repose
exactement sur les mêmes principes.
En conséquence, les BAN et les ministères
du Travail doivent prendre garde de
ne pas faire obstacle à ce système,
ce qui serait des plus malvenu car
les parties se fient à ces tribunaux
administratifs spécialisés pour garantir
la cohésion et l'orientation, donner
les certitudes voulues et trancher.
Les tribunes publiques internationales
où l'on analyse le bien-fondé d'un
incident ou le bien-fondé du processus
d'examen pendant qu'il est en cours
doivent veiller à ne pas porter atteinte
à la fonction indépendante et spécialisée
d'un tribunal administratif.
Il faut donc agir avec prudence.
Une ingérence de l'extérieur dans
un système d'examen qui fonctionne,
même s'il a des imperfections, ne
fera qu'empirer ces imperfections
et allongera probablement les délais.
Cela est particulièrement le cas lorsque
le système comporte un processus d'examen
spécialisé. Il ne faudrait pas que
ce processus l'usurpe.
En conclusion, j'aimerais dire ceci.
De mauvais faits font invariablement
de mauvaises lois. Changer la loi
à cause d'un cas extrême est une erreur.
C'est de cette façon que l'on en vient
à établir des lois et mesures de protection
qui font qu'un pays n'est pas concurrentiel,
qui découragent les nouveaux investissements,
ceux-ci étant évidemment hors de portée
de la loi puisqu'ils n'ont pas été
faits. Et, en fin de compte, cela
fait encore plus de tort à ceux-là
mêmes que la loi est censée protéger,
c'est-à-dire les travailleurs et leurs
emplois.
Il doit y avoir un équilibre. Les
cas de violation, lorsque ces derniers
sont prouvés par l'application régulière
de la loi, requièrent des mesures
de redressement convenables, mais
il n'est pas nécessaire pour cela
d'apporter des modifications législatives
qui restreignent encore plus la marge
de manoeuvre d'autres personnes qui
se conforment de bon gré à la loi.
Dans notre lieu de travail, nous
disons parfois en blaguant qu'environ
95 p. 100 des règles sont
faites pour contrôler 5 p. 100
des gens. Cela ne devrait pas être
la raison pour laquelle on légifère.
Une loi ne devrait pas être adoptée
pour régir les activités de 2 ou 3 p. 100
de la population.
Tout simplement, comme y a fait allusion
M. Anaya plus tôt, l'organisation
syndicale n'est pas une garantie contre
des décisions économiques normales,
qu'elles soient bonnes ou mauvaises
du point de vue d'un employé.
La syndicalisation a un rôle vital
et essentiel à jouer dans la relation
employeur-employé. Au Canada, le rôle
des syndicats va au-delà du fait qu'ils
regroupent 37 p. 100 des
travailleurs. La saine opposition
entre les entreprises et le mouvement
syndical dans notre pays a été très
fructueuse, mais cela n'arrive que
lorsque l'on maintient un équilibre,
car le déséquilibre fait obstacle
au succès.
Toute analyse de la liberté d'association
et du droit d'organisation doit être
considérée dans un contexte réaliste,
qui reconnaît toute la dynamique entrant
dans l'exploitation d'une entreprise
au sein du marché international. Au
Canada, nous, et par cela je veux
dire les entreprises, le mouvement
syndical et le gouvernement, devons
toujours être conscients de ce fait,
car nous nous trouvons fort près de
nos deux voisins les plus importants
et les plus intéressants pour nous.
Merci de m'avoir donné l'occasion
de vous parler.
M. OTERO : Merci beaucoup, M.
Bertuzzi.
J'ai quelques observations à faire
avant que vous quittiez; je voulais
vous poser une question. Je suis au
courant qu'au Canada, les lois du
travail sont du ressort des provinces,
contrairement aux États-Unis où il
n'y a qu'une sphère de compétence.
Vous avez fait allusion au fait que
le fardeau de la preuve qui pèse sur
les épaules d'un employeur dans une
contestation relative à un scrutin
consiste à démontrer que l'employeur
n'a aucun parti pris antisyndical.
Est-ce là quelque chose qui s'applique
uniformément au Canada, ou parliez-vous
d'une province en particulier?
M. BERTUZZI : Non. Je ne peux
pas dire si c'est applicable uniformément,
bien que je soupçonne que ce soit
le cas. Je peux vous dire que c'est
le cas pour des lois qui visent au
moins de 65 à 70 p. 100
des travailleurs, à savoir la loi
du Québec, de l'Ontario, de la Colombie-Britannique,
et la loi fédérale, auxquelles sont
soumis au moins 65 p. 100
de nos travailleurs.
Lorsqu'une accusation de pratique
de travail déloyale est portée contre
un employeur, il incombe à ce dernier
de prouver qu'il n'a pas commis une
telle pratique. C'est-à-dire que le
contrôle se fait d'un côté et que
les droits se rangent de l'autre.
M. OTERO : Merci beaucoup.
Pendant que vous regagnez votre place,
j'aurais quelques commentaires à faire.
Tout d'abord, je vous remercie beaucoup,
M. Bertuzzi, d'avoir ramené le débat
à une analyse plus vaste des répercussions
qu'a la fermeture soudaine d'une usine
sur la liberté d'association, en faisant
une distinction avec le cas de Sprint,
qui est la raison pour laquelle cette
tribune a été organisée. Mais l'intention
des trois pays en procédant à cette
audience était d'examiner l'affaire
Sprint, puisqu'il s'agissait de celle
dont nous étions saisis, mais aussi
d'élargir le champ de l'examen pour
essayer de vérifier, grâce à un modèle
de clarté, ce qui arrive dans des
circonstances similaires, non seulement
aux États-Unis mais dans les deux
autres pays aussi. Et, en fait, nous
avons, comme je l'ai dit plus tôt,
nous avons chargé notre secrétariat,
à Dallas, d'entreprendre une étude
empirique sur la question, en analysant
non seulement l'affaire Sprint, mais
en allant aussi loin que les informations
nous le permettront.
Je vous remercie encore d'avoir remis
le débat de cet après-midi sur la
bonne voie. Vous avez soulevé de nombreux
points très intéressants.
Je tiens seulement à vous assurer,
à vous ainsi qu'aux membres du public
ici présents, que les États-Unis,
le Mexique et le Canada, en fait,
en procédant aux consultations ministérielles
demandées par le gouvernement mexicain,
ont pris grand soin de protéger le
processus.
J'aimerais dire, pour mémoire, que
peu après que le secrétaire du Travail
du Mexique, M. Bonilla, eut demandé
au secrétaire Reich que des l'on tienne
des consultations ministérielles,
lequel a accepté sans délai à l'époque,
le juge du NLRB n'avait pas rendu
sa décision, et les parties, le Mexique
et les États-Unis, ont convenu de
suspendre les consultations ministérielles
jusqu'à ce que le juge ait terminé
son analyse et rendu une décision.
Nous ne voulions pas, en effet, donner
l'impression, aussi faible qu'elle
puisse être, que la démarche que nous
amorcions dans le cadre du traité
visait de quelque manière à influencer
l'issue de la décision, car nous,
comme vous, jugions important de séparer
les deux processus. Ce n'est donc
pas avant que le juge se soit prononcé
sur l'affaire que nous avons décidé
de procéder aux consultations ministérielles
et de nous entendre sur la façon dont
nous pourrions nous attaquer à ce
problème sans causer de préjudice.
En fait, j'aimerais dire aussi, pour
mémoire, que nous avons pris garde,
dans les consultations que nous avons
menées auprès du NLRB lui-même, qu'aucune
des mesures que nous prenions ne constitue
un obstacle quelconque car, en réalité,
il aurait été inconvenant que le processus
ait quoi que ce soit à voir avec cela.
L'affaire, comme je l'ai dit plus
tôt, est examinée selon deux voies
différentes.
Votre mise en garde est donc très
pertinente. Nous vous sommes reconnaissants
de l'avoir portée à notre attention,
mais, en même temps, nous sommes parfaitement
conscients de la responsabilité que
nous avons de protéger le processus,
car une affaire précise ne change
pas le processus, à notre avis.
J'aimerais faire, finalement, un
autre commentaire : quel que
puisse être le résultat de ces efforts,
dont l'objectif, ici, est de préciser
davantage quelles répercussions cette
fermeture - comme vous l'avez dit,
sans les mots « soudain »
ou « fermeture soudaine »
- a sur le principe du droit d'organisation
et de la liberté d'association auquel
le Mexique, le Canada et les États-Unis
accordent la plus haute importance;
c'est là l'objectif que nous poursuivons
ici.
Et je pense que vous avez contribué
de manière importante au débat cet
après-midi en situant ce dernier dans
le contexte auquel nous songions dès
le départ, soit d'examiner l'affaire
Sprint, évidemment, mais aussi d'aller
au-delà de cette affaire et de considérer
le contexte tout entier; votre exposé
a été des plus utiles sur ce plan
et je vous en remercie.
Permettez-moi maintenant de vous
présenter le conférencier suivant.
M. Philip C. Bowyer est le secrétaire
général de l'Internationale du personnel
des postes, télégraphes et téléphones,
connue sous le nom d'IPTT, l'un des
14 secrétariats internationaux du
commerce associés à la Confédération
internationale des syndicats libres;
M Bowyer nous arrive d'Europe.
Nous le remercions d'avoir traversé
l'Atlantique pour se joindre à nous
aujourd'hui.
M. Bowyer.
M. BOWYER : Merci beaucoup.
Monsieur le Président, comme vous
l'avez dit, je suis le secrétaire
général de l'Internationale du personnel
des postes, télégraphes et téléphones,
l'IPTT, un organisme auquel divers
collègues ont fait référence plus
tôt. L'IPTT représente 4,6 millions
de travailleurs répartis dans 22 syndicats
affiliés et dans 117 pays, et travaillant
dans le secteur des communications.
Je voudrais commencer par féliciter
le secrétaire du Travail du Mexique
et son homologue des États-Unis d'avoir
pris la décision d'organiser cette
tribune publique sur la fermeture
de La Conexion Familiar. Et
je tiens aussi à vous remercier de
présider cette tribune et de me donner
l'occasion de faire connaître les
vues de l'IPTT et des syndicats du
monde entier qui lui sont affiliés
sur cette affaire et sur la question
de la liberté d'association.
Comme vous l'avez dit, l'IPTT collabore
avec la Confédération internationale
des syndicats libres. Au sein de l'Union
européenne, qui est probablement le
groupe d'échanges commerciaux le plus
important au monde, nous représentons
les travailleurs en télécommunications.
De plus, et je crois que cela est
plus pertinent pour ce qui est de
l'assemblée ici présente, nous prenons
part aux activités de la Commission
syndicale consultative auprès de l'Organisation
de coopération et de développement
économiques, l'OCDE. Et nous sommes
également actifs au sein de l'OIT,
l'Organisation internationale du Travail.
Maintenant, plus particulièrement,
ces deux derniers organismes ont fait
beaucoup de travail, ont fait beaucoup
de travail par rapport à la question
de la liberté d'association et, évidemment,
les États-Unis d'Amérique sont membres
de ces deux organismes et nous croyons
que ce pays se trouve dans l'obligation
d'essayer de mettre en oeuvre les
normes que ces organismes établissent.
Nous croyons donc, Monsieur le Président,
qu'en raison de nos activités, nous,
de l'IPTT, sommes bien placés pour
essayer de situer dans un contexte
mondial la fermeture soudaine de Sprint/La
Conexion Familiar.
Nous croyons effectivement que le
gouvernement des États-Unis doit maintenant
assumer la responsabilité qui découle
de la libéralisation du commerce et
d'un examen plus ouvert des moyens
de faire appliquer les droits syndicaux
aux États-Unis, et le résultat concret
des présentes procédures nous intéressent
au plus haut point. Dans la plupart
du reste du monde, l'industrie des
télécommunications connaît l'un des
taux de syndicalisation les plus élevés
qui soient par rapport à toute autre
industrie. Il s'agit d'une industrie
fort lucrative, caractérisée par des
innovations continues, une forte productivité
et une main-d'oeuvre hautement qualifiée.
C'est aussi une industrie capitale
dans le développement du commerce
et l'affermissement de la démocratie.
Et ici, aux États-Unis, les industries
des télécommunications et de l'information
offrent la promesse de créer des emplois
plus nombreux et meilleurs.
Si les travailleurs en télécommunications
jouissent de conditions de vie relativement
élevées, ce n'est pas selon nous un
accident ou le fait d'employeurs bienveillants.
Il s'agit du legs du taux élevé de
syndicalisation. Mais nous sommes
aussi conscients que depuis les 10
à 15 dernières années, nous avons
connu des changements extrêmement
rapides.
Dans ce secteur, la concurrence et
la libéralisation qui résultent de
la libéralisation des échanges ont
déclenché une guerre économique dans
laquelle des multinationales géantes
s'achètent les unes les autres en
essayant d'emporter une part du marché.
Et, évidemment, les sociétés de télécommunications
américaines, qui disposent d'environ
170 milliards de dollars de revenus,
sont au nombre des intervenants les
plus agressifs dans cette bataille
économique.
À nos yeux, cette guerre comporte
manifestement une dimension sociale,
parce que lorsqu'une entreprise pénètre
un marché étranger, elle importe généralement
aussi ses pratiques sur le plan des
relations du travail; Sprint, bien
sûr, est au nombre de ces entreprises,
et c'est la raison pour laquelle nous
nous préoccupons de cette affaire,
parce qu'elle est susceptible d'avoir
une incidence sur nos membres, quel
que soit l'endroit où ils travaillent
dans le monde et quel que soit l'endroit
où Sprint décide de s'installer à
l'avenir.
Les syndicats du secteur des télécommunications,
dans le monde entier, dois-je dire,
sont déterminés à s'assurer que Sprint
respecte le droit qu'ont ses travailleurs
à la liberté d'association et celui
de négocier collectivement, et ils
sont résolus à ce que l'entreprise
ne parvienne pas à miner leur droit
à des conditions de vie décentes.
Ces droits sont enchâssés dans les
conventions de l'Organisation internationale
du Travail, dont les États-Unis sont
membres, et il y est fait référence
à l'annexe 1 de l'Accord nord-américain
de coopération dans le domaine du
travail. L'IPTT collaborera avec nos
collègues des Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord et le syndicat
des travailleurs de l'industrie du
téléphone au Mexique pour tâcher de
faire en sorte que Sprint respecte
ces principes, reconnus à l'échelon
international, de la législation du
travail.
Et, Monsieur le Président, je présenterai
par écrit une analyse des normes internationales
applicables, notamment celles de l'OIT
et de l'OCDE, des façons dont les
gestes de Sprint ont violé ces normes,
ainsi que des façons dont les États-Unis
ont négligé de respecter l'obligation
que ces normes leur imposent.
Nous, du mouvement syndical international,
avons appris avec stupéfaction que
Sprint avait fermé La Conexion
Familiar quelques jours seulement
avant la tenue du scrutin de représentation
qui était prévu. Depuis ce temps,
Sprint a été reconnue coupable d'une
cinquantaine d'infractions au code
du travail des États-Unis; Sprint
a eu l'autorisation du gouvernement
des États-Unis et de l'Union européenne
de conclure une alliance de plusieurs
milliards de dollars avec France Télécom
et la société allemande de télécommunications
- le projet porte le nom d'ATLAS -
mais, dans l'intervalle, 235 travailleurs
latino-américains ont eu à faire face
à une perte de revenus, à l'incertitude
d'avoir à trouver un autre emploi
et, dans bien des cas, à l'obligation
d'avoir à déraciner leurs familles
de la collectivité où ils vivaient.
Dans ces circonstances, il ne serait
guère surprenant qu'ils aient perdu
foi en la capacité du gouvernement
des États-Unis de protéger leur droit,
à titre de travailleurs et à titre
de citoyens, de former un syndicat.
En tant qu'observateur international,
je suis d'avis que l'affaire Sprint
est un exemple scandaleux de la violation
du droit des travailleurs de former
un syndicat, sinon le pire qui soit
dans notre industrie, à quelque endroit
que ce soit dans le monde. Ce qui
est plus scandaleux encore pour nous,
l'appareil tout entier d'application
de la loi du gouvernement américain,
et même de la Cour fédérale des États-Unis,
s'est avéré inadéquat ou non disposé
à prévenir ou à corriger la violation
flagrante de droits syndicaux fondamentaux
commise par Sprint.
Les gestes posés par l'entreprise
contre ces 235 travailleurs latino-américains
seraient considérés comme moralement
répréhensibles, socialement intolérables
et, à coup sûr, illégaux dans de maints
autres pays industrialisés. Comme
nous l'avons entendu dire aujourd'hui,
au Canada, le Code canadien du
travail aurait facilité la reconnaissance
d'un syndicat sur la foi d'un simple
examen des signatures légales des
travailleurs.
En Europe, en vertu du traité et
des directives de l'Union européenne,
tous les États membres sont tenus
d'adopter des dispositions législatives
qui réglementent de manière stricte
les licenciements collectifs. Par
exemple, la Cour européenne de justice,
l'une de ces institutions spéciales
de l'Union européenne que ne prévoit
pas l'ALENA, la Cour européenne de
justice, dans une affaire intentée
contre le Royaume-Uni, a confirmé
les principes suivants :
Elle a confirmé que les gouvernements
doivent exiger d'un employeur qui
envisage de procéder à des licenciements
collectifs de consulter les représentants
des travailleurs en vue d'en arriver
à une entente.
De plus, elle a confirmé que les
gouvernements doivent prévoir la désignation
de représentants des travailleurs,
même lorsqu'un employeur n'est pas
d'accord avec cette mesure.
Et, en dernier lieu, elle dit que
les gouvernements doivent prévoir
des sanctions efficaces au cas où
l'employeur ne consulterait pas les
représentants des travailleurs.
Dans d'autres pays de la région,
en Europe, par exemple dans les pays
scandinaves ou dans mon pays, la Suisse,
Sprint aurait été obligée de reconnaître
des accords de branche sur les conditions
de travail.
L'opinion que nous avons de l'incapacité
du code du travail des États-Unis
à régler de telles situations est
partagée par la Confédération internationale
des syndicats libres, la CISL.
Dans l'enquête qu'elle a menée en
1995 sur la violation des droits syndicaux,
la CISL conclut qu'aux États-Unis,
les travailleurs n'ont souvent aucun
recours efficace face aux abus des
employeurs. Les recours insuffisants
dont disposent les travailleurs licenciés
illégalement à la suite d'une activité
syndicale et les pénalités inefficaces
à l'endroit des employeurs qui licencient
illégalement ces travailleurs dressent
de grands obstacles au devant de ceux
qui cherchent à se joindre à un syndicat.
Selon l'enquête de la CISL, au moins
un partisan syndical sur dix faisant
campagne en vue de la formation d'un
syndicat est illégalement licencié,
et sur 30 travailleurs qui votent
en faveur d'un syndicat dans un scrutin
de représentation, un est licencié.
La Confédération cite aussi un sondage
mené en 1994, qui a révélé que 79 p. 100
des Américains croient que des travailleurs
seront vraisemblablement licenciés
s'ils tentent de syndicaliser leur
lieu de travail.
Et, finalement, la Confédération
a conclu que l'exemple de La Conexion
Familiar était l'un des gestes
illégaux les plus flagrants de l'année
1994.
Les effets cumulés de cette attitude
antisyndicale de la part des employeurs
aux États-Unis sont on ne peut plus
scandaleux. Des milliers de travailleurs
sont licenciés chaque année lors de
campagnes de syndicalisation, mais
le gouvernement américain peut prendre
des années pour se prononcer sur un
licenciement illégal, et entre trois
mois et trois ans pour procéder de
manière effective au scrutin de représentation.
Et, en dernier lieu, comme l'illustre
l'affaire Sprint, les employeurs aux
États-Unis semblent disposer de l'arme
ultime, soit la fermeture complète
d'une installation, afin d'éviter
toute syndicalisation sans craindre
d'être l'objet de sanctions concrètes.
Dans l'analyse écrite que je vais
déposer, comme je l'ai dit, après
avoir examiné les conventions de l'Organisation
internationale du Travail, il faut
dire que même si l'on en venait à
accepter l'argument des plus improbables
de Sprint, soit celui de la nécessité
économique, l'attitude de cette entreprise
serait incompatible avec les normes
reconnues à l'échelon international
de l'OIT, dont les États-Unis sont
membres.
Pour Sprint, violer la loi a eu des
répercussions minimes, mais 19 mois
après la fermeture, les travailleurs
sont toujours licenciés, et l'entreprise
fait encore des offres en vue d'obtenir
des contrats de l'État. À notre avis,
cela dénote que le code du travail
des États-Unis et ses mécanismes d'application
doivent être révisés d'urgence, et
après consultation en bonne et due
forme du mouvement syndical.
Je suis d'accord avec le président
des TCA, M. Bahr, pour dire que l'annexe
1 de l'Accord nord-américain de coopération
dans le domaine du travail contient
tous les objectifs nécessaires. Cependant,
l'attitude antisyndicale agressive
dont font preuve des entreprises telles
que Sprint illustre que nous avons
besoin d'ajouter des sanctions économiques
sévères pour empêcher des entreprises
de fermer leurs installations et d'anéantir
la vie de travailleurs sous le prétexte
de la concurrence mondiale.
L'IPTT croit que la violation des
droits dont sont victimes les travailleurs
des États-Unis doit être évitée grâce
au code de conduite dont le président
Bahr et le secrétaire général du STITM,
M. Francisco Hernandez Juarez, ont
parlé durant leur témoignage, un code
fondé sur les principes de l'OIT et
des autres institutions internationales
auxquels adhèrent les États-Unis.
Nous estimons que le BAN devrait
dûment prendre en considération cette
recommandation lorsqu'il se penchera
sur les mesures à prendre à la suite
de cet examen.
Selon moi, et de nombreux autres
observateurs aussi, l'enquête que
mènera le BAN doit déboucher sur un
résultat concret allant bien au-delà
d'un simple exercice intellectuel
sur les rouages internes des lois
américaines du travail.
Monsieur le Président, ce qui a commencé,
pour nous au sein de l'IPTT, comme
un simple exercice de solidarité internationale
avec nos collègues des TCA, s'est
transformé en une campagne bien distincte.
Les travailleurs en télécommunications
du monde entier prennent l'initiative
de s'opposer à l'implantation de Sprint
et de ses pratiques antisyndicales
dans leur pays. Depuis 1993 seulement,
des travailleurs du Royaume-Uni, de
la France, de l'Allemagne, du Mexique,
du Canada, du Portugal, du Brésil
et du Nicaragua, pour n'en nommer
que quelques-uns, sont intervenus
pour s'opposer aux gestes antisyndicaux
de Sprint.
En fait, j'ai entendu dire tout récemment
que Sprint était sur le point de soumissionner
en vue d'obtenir une partie du secteur
des télécommunications privatisé au
Nicaragua, et notre syndicat affilié
au Nicaragua s'opposera à cette mesure,
avec l'appui de l'IPTT et de nos syndicats
affiliés du monde entier.
Monsieur le Président, la vie de
plus de 200 travailleurs, des femmes
pour la plupart, a été anéantie en
un instant, juste parce qu'ils étaient
déterminés à exercer leur droit à
la liberté d'association, le droit
de s'exprimer collectivement par l'entremise
de leur syndicat, et le droit de négocier
une porte de sortie face à l'injustice
dont ils étaient victimes. Tant que
cette question ne sera pas réglée,
l'IPTT et ses syndicats affiliés continueront
de prendre toutes les mesures qui
s'avéreront nécessaires pour empêcher
la Sprint Corporation de pénétrer
d'autres marchés des télécommunications,
et nous mettrons tout en oeuvre pour
nous assurer que l'on force Sprint
à se conformer entièrement aux normes
admises sur le plan international.
Je vous remercie.
M. OTERO : M. Bowyer, un grand
merci pour votre exposé, ainsi que
pour avoir fait tout ce chemin depuis
l'Europe pour vous joindre à nous.
Nous partageons l'intérêt que vous
manifestez à l'égard de l'issue concrète
de la présente démarche et, évidemment,
nous serions heureux que vous nous
remettiez l'analyse des normes de
l'OIT et de l'OCDE qui sont peut-être
en cause dans cette affaire.
Je me sens obligé de dire que, peu
après l'investiture du président Clinton,
nous avons entrepris, de concert avec
le secrétaire Reich, de mettre en
place ce que l'on appelle la Commission
Dunlap, étant parfaitement conscients
que la législation américaine du travail
a besoin d'être réexaminée et révisée.
Et cette commission a travaillé d'arrache-pied
avec le concours de plusieurs anciens
secrétaires du Travail des deux partis
politiques, je pourrais dire, ainsi
que de représentants de la FAT-COI
et de représentants du monde des affaires.
Le rapport Dunlap vient tout juste
d'être terminé et il a été transmis
à la Maison blanche pour être présenté
au Congrès.
Bien sûr, à l'heure actuelle, le
climat nécessaire à une réforme de
la législation du travail aux États-Unis
n'est pas tout à fait propice, et
je crois donc que le rapport lui-même
vaut la peine d'être lu par ceux d'entre
vous qui ne sont peut-être pas au
courant de tout ce travail, car il
présente d'importants changements
pour activer le processus et pour
permettre, aux employeurs comme aux
travailleurs, d'accélérer le règlement
des litiges et, bien sûr, de faire
en sorte que l'organisation des travailleurs
soit plus compatible avec les normes
de l'OIT. Mais je vous sais gré de
votre offre de nous remettre une analyse
des normes de l'OIT et de l'OCDE faite
sous l'angle de votre organisme, et
je vous prierais de bien vouloir transmettre
le document à notre bureau au Département
du travail, à Washington D.C.
Merci beaucoup, M. Bowyer.
À ce stade-ci, j'aimerais appeler
une autre personne, Mme Marie
Malliett. Si je ne prononce pas votre
nom comme il faut, je vous prie de
m'excuser. La présidente de la section
locale 9410 des Travailleurs en Communication
d'Amérique du Nord, les TCA, FAT-COI.
Mme Malliett. Bon après-midi.
Mme MALLIETT : Bon
après-midi.
Mon nom est Marie Malliett, et je
préside la section locale 9410 des
Travailleurs en Communication d'Amérique
du Nord, ici à San Francisco. Ma section
locale a assuré le soutien et l'aide
dont avaient besoin les travailleurs
de La Conexion Familiar dans
leur campagne de syndicalisation.
Ma section locale a été privilégiée
de voir la solidarité et la détermination
dont ont fait preuve les travailleurs
qui voulaient syndicaliser leur lieu
de travail. En un peu moins de quatre
mois, les travailleurs de La Conexion
ont presque atteint, à une semaine
près, ce qu'aucun autre travailleur
de la division de l'interurbain de
Sprint était parvenu à réaliser. Nous
avons été témoins de cette solidarité
jour après jour. Tout à fait par hasard,
La Conexion Familiar s'est
installée dans un bâtiment situé juste
à côté de notre section locale en
1993. Il n'a pas fallu longtemps aux
travailleurs de La Conexion Familiar
pour entendre parler des TCA et, en
fait, ils nous ont contactés en février
1994.
À partir de là, les travailleurs
de Sprint ont tenu des réunions régulières,
quotidiennes, dans nos locaux. Ils
sont venus nous voir avant de se présenter
au travail, pendant leurs pauses,
à l'heure du déjeuner, ainsi qu'après
le travail. Ils nous ont posé des
millions de questions sur la façon
de changer leurs conditions de travail
chez Sprint, et de se syndiquer. Ils
sont véritablement devenus partie
de notre famille locale.
Nous partagions avec eux la tâche
pénible, quotidienne, de bâtir une
organisation, ainsi que l'allégresse
devant le succès imminent.
Nous nous sommes vite rendu compte
qu'une majorité écrasante des travailleurs
de Sprint voulaient un syndicat. J'ai
participé à bien des campagnes de
syndicalisation, et nous n'évaluons
pas à la légère le potentiel d'une
campagne, ni le moment où tenir un
scrutin. J'ai toujours été consciente
des risques que prennent les travailleurs
en se syndiquant, et je suis particulièrement
consciente, dans le contexte actuel,
qu'une telle mesure taxe les droits
des travailleurs, et plus particulièrement
dans le cas de Sprint, dont la culture
est antisyndicale.
Durant la campagne de syndicalisation,
nous avons évalué très soigneusement
les conditions de travail à La
Conexion Familiar et chez Sprint,
la campagne antisyndicale de l'entreprise,
la force et la détermination des travailleurs
à surmonter ces risques incroyables.
Nous arrivions systématiquement à
la conclusion que ces travailleurs
étaient résolus à syndicaliser leur
lieu de travail. En fonction de ces
évaluations, nous avons demandé la
tenue d'un scrutin au National
Labor Relations Board, le 3 juin
1994. Le NLRB a par la suite fixé
la date du scrutin au 22 juillet 1994.
La direction elle-même a confirmé
notre estimation des perspectives
de La Conexion Familiar/Sprint.
Dans l'un des propres bulletins de
la compagnie à l'intention des employés,
dans le numéro de juin 1994, et je
l'ai fourni ici à titre de preuve,
il est dit, un mois seulement avant
la fermeture, et je cite [TRADUCTION] :
« La Conexion Familiar
est différente des autres sociétés
de télécommunications et fort prospère...
En pratiquant une stratégie axée sur
la base, de pair avec la force des
groupes du marketing et des opérateurs
de Sprint, La Conexion a connu
une expansion époustouflante ces trois
dernières années parce qu'elle a ciblé
des villes où vit une large population
hispanophone. »
D'autres déclarations de la direction
de Sprint confirment également que
La Conexion Familiar prospérait
sur le plan financier.
Au cours des dernières semaines de
la campagne, je me suis consacrée
à plein temps à cette dernière. J'ai
participé aux réunions quotidiennes
et je me suis rendue au domicile des
travailleurs. En me fondant sur cette
connaissance intime de la campagne
et sur le fait que 70 p. 100
des travailleurs qui avaient signé
la pétition en faveur d'un scrutin,
je puis vous dire avec une confiance
et une certitude absolues que le syndicat
l'aurait remporté au scrutin du NLRB
le 22 juillet.
Le 12 juillet, notre personnel syndical
national m'a informée que le vice-président
aux relations de travail chez Sprint,
Carl Doerr, avait demandé de rencontrer
les TCA à San Francisco, le 14 juillet.
Je me suis rendue à la réunion, qui
avait lieu à notre bureau de district,
à Burlingame. Pendant que d'autres
représentants des TCA et moi attendions
l'arrivée de M. Doerr, nous avons
reçu un appel téléphonique de ma section.
On nous a dit qu'un travailleur de
Sprint venait tout juste d'annoncer
que la compagnie fermait La Conexion
et que cette mesure entrait en vigueur
sur-le-champ.
Lorsqu'il est arrivé à la réunion,
M. Doerr a confirmé l'annonce. Jamais,
depuis que je suis représentante syndicale,
ai-je entendu un administrateur d'entreprise
salir l'intégrité de ses employés
au moment même où il les jette à la
rue. Il a dit que les travailleurs
de La Conexion Familiar ne
parlaient que « l'espagnol »,
qu'ils étaient tous des « immigrants
illégaux » qui avaient « acheté »
leur emploi payé à sept dollars l'heure.
Le fait de découvrir plus tard que
ce même homme était impliqué jusqu'au
cou dans une conspiration visant à
soumettre des preuves à un organisme
du gouvernement fédéral n'a fait qu'empirer
les choses.
Les travailleurs ont très mal pris
l'annonce, comme moi d'ailleurs. Rien
n'aurait pu nous préparer à la soudaineté
ou à la brutalité de cette exécution
massive. En entendant la nouvelle
brutale par les haut-parleurs, les
travailleurs ont éclaté en larmes.
Une femme s'est évanouie et il a fallu
appeler les ambulanciers. Les travailleurs
ont reçu l'ordre de ramasser sans
délai leurs effets et de quitter le
bâtiment. Pendant qu'ils partaient,
les gardiens de sécurité de Sprint
ont fouillé tous leurs effets, et
certains travailleurs ont été soumis
à une fouille corporelle.
Comme vous pouvez l'imaginer, ma
section locale est devenue un second
foyer pour un grand nombre de ces
travailleurs. Nous avons travaillé
d'arrache-pied pour étayer leur cause
juridique contre Sprint afin de veiller
à ce qu'ils reçoivent les services
sociaux auxquels ils avaient droit
et de compléter les services de formation
et de replacement tout à fait insuffisants
que fournissait Sprint.
Nous avons continué à nous réunir
régulièrement avec les travailleurs
pour les tenir au courant de la situation.
Nous avons mis sur pied une banque
alimentaire. Nous avons travaillé
avec eux pour publiciser leur affaire.
Nous avons tenu une veille d'une nuit
complète à San Francisco afin de sensibiliser
la population à la philosophie antisyndicale/anti-travailleurs
de Sprint. Et nous avons sensibilisé
également la communauté latino-américaine
de même que les entreprises latino-américaines
que Sprint courtisait.
Nous avons soumis leur dossier à
nos représentants élus du conseil
de surveillance de San Francisco,
aux députés au Congrès, ainsi qu'à
vous, nos représentants fédéraux élus.
Pendant tout ce temps, les travailleurs
font montre d'une énergie surprenante.
Bien qu'ils soient sans travail et
malgré le fardeau que la situation
fait peser sur les épaules de leur
famille, ils n'ont pas baissé les
bras. Ce qu'ils n'arrivent pas à comprendre,
c'est pourquoi il faut tant de temps
pour obtenir réparation de Sprint.
Pourquoi ces travailleurs doivent-ils
payer le prix qu'occasionnent des
mois et des années d'attente? Pourquoi
faut-il si longtemps pour obtenir
justice?
J'essaie de leur donner de l'espoir.
Je leur dis que nous allons obtenir
justice, que Sprint sera forcée de
payer pour ce qu'elle a fait. Mais,
dans mon for intérieur, je me demande
combien de temps cela prendra, ce
qu'il faudra pour obtenir ce que l'on
veut. Voyez-vous, il y a, selon moi,
une question très fondamentale qui
est en jeu. La Constitution des États-Unis
garantit la liberté d'expression et
la liberté d'association, et par conséquent,
logiquement, la liberté d'organisation
et le droit d'adhérer à un syndicat.
Toutefois, dans notre pays, on a laissé
Sprint se mettre au dessus de la loi.
La compagnie a licencié les 177 travailleurs
de La Conexion Familiar parce
qu'ils avaient osé exercer leur droit
légitime de syndicaliser leur lieu
de travail.
Il aurait fallu que vous viviez avec
moi toute cette campagne de syndicalisation
pour saisir les retombées humaines
du comportement illégal de l'entreprise,
ainsi que l'incapacité de notre système
politique et de notre système juridique
à arrêter Sprint. Toute cette expérience
m'a transformée.
Sprint n'a eu aucune égratignure.
Le jour même où elle fermait La
Conexion, elle envoyait par la
poste à tous les clients de La
Conexion Familiar un avis écrit
en espagnol, sous le titre « Bonnes
nouvelles ». La compagnie a promis
un meilleur service, 100 $ d'appels
gratuits, des tarifs réduits et une
carte d'appel. Et, à ce jour, Sprint
continue d'annoncer ses services auprès
des hispanophones. La Conexion
est devenue la première entreprise
vagabonde à errer sur la nouvelle
autoroute de l'information, et les
clients de Sprint n'ont jamais entendu
parler de la cinquantaine, au moins,
d'infractions aux lois fédérales qui
ont touché les employés.
Les travailleurs de La Conexion
Familiar ont fait ce qu'ils devaient
faire. Ils ont eu foi en le rêve américain,
ils ont eu foi en la primauté de la
loi, et ils ont agi en conséquence.
Maintenant, il est temps que vous,
nos représentants élus, donniez suite
à ce que cette tragique expérience
vous a appris. Cette tribune est la
première occasion qu'ont ces travailleurs
d'exposer leur cause au public, à
l'échelle nationale.
Au nom de tous les travailleurs de
La Conexion Familiar/Sprint,
je désire remercier personnellement
nos frères et soeurs du syndicat des
travailleurs de l'industrie du téléphone
du Mexique pour avoir rendu tout cela
possible. Nous espérons que les résultats
de la présente tribune seront à la
hauteur de ses promesses, de sorte
que d'autres travailleurs n'aient
pas à subir le triste sort qu'ont
connu les travailleurs de La Conexion
Familiar.
Merci.
M. OTERO : Merci beaucoup, Mme
Malliett.
Avec l'accord du prochain conférencier
prévu et du dernier conférencier inscrit
sur la liste, nous allons intervertir
l'ordre, car M. del Campo a un problème
de garde d'enfants et doit être à
la maison avant 16 h.
Permettez-moi de vous présenter officiellement
M. Frank Martin del Campo, président
de la section de San Francisco du
Conseil du travail pour l'avancement
de l'Amérique latine.
M. del Campo.
M. DEL CAMPO : Muchas gracias,
Jack y Jaime.
La question de la responsabilité
est le sujet dont je traiterai aujourd'hui,
et je suis très heureux de pouvoir
compter sur l'appui de mes collègues
du CTAAL, qui me permettent d'assumer
mes responsabilités personnelles en
ce qui concerne la garde des enfants.
Je prononcerai mon exposé en anglais
et en espagnol, ce qui reflétera la
perspective binationale de ceux d'entre
nous qui ont la chance d'avoir vécu
dans deux pays magnifiques.
(PAR L'ENTREMISE D'UN INTERPRÈTE)
Je m'exprimerai tout d'abord en anglais
et, ensuite, en espagnol. Au sujet
des points dont nous avons discuté
aujourd'hui, relativement à l'organisation
des travailleurs, je ferai quelques
remarques en tâchant de mettre l'accent
sur l'organisation des travailleurs
dans nos pays d'origine, ainsi que
dans ce pays-ci. En tant que mexicain
et latino-américain, je dirais que
dans ce pays, nous comptons des millions,
des millions de collègues qui travaillent
ici, à la recherche de la dignité.
Je suis issu d'une famille très fière.
Nous vivons dans l'État du Jalisco,
à Guadalajara. Il y a une ville appelée
Ameca. Sur la route d'Ameca, à mi-chemin,
il y a une ferme appelée Encalison.
C'est sur cette ferme que mon père,
ma mère et les membres de ma famille
vivent depuis 100 ans. Récemment,
je suis retourné à Ameca parce que
le Mexique est un pays unique, et
que tous ceux d'entre nous qui sommes
mexicains retournons dans ce pays;
en parlant avec mes parents, on m'a
dit que tous mes amis d'enfance, tous
les gens avec qui j'ai grandi, été
après été, année après année, personne
d'entre nous, personne d'entre nous
n'est resté à Ameca. Personne, je
le répète, n'est resté à Ameca.
(EN ANGLAIS) À bien des égards, nous
n'avons pas décidé de quitter Ameca.
À bien des égards, même si, en tant
que membres de notre famille, nous
prenions nos décisions personnellement,
pour que la population entière quitte
Ameca, Jalisco, il a fallu plutôt
que les décisions soient prises dans
les salles de conseil des villes de
New York et de San Francisco et, à
certains égards, peut-être, à certains
égards peut-être, d'autres pays du
monde.
Mais, en réalité, ces décisions que
l'on a prises pour nous nous ont touchés
bien plus profondément que n'importe
qui d'autre. En fait, c'est là le
point central de ce que j'ai à dire
aujourd'hui, ce sont les transnationaux
qui ont pris des décisions à New York
et à San Francisco qui façonnent les
décisions politiques des trois pays.
L'ironie de l'affaire dont il est
question aujourd'hui est, naturellement,
que cette compagnie particulière vit
grâce à la séparation de nos familles.
Le processus même de l'immigration
et le besoin que nous avons de rester
en contact avec notre famille étaient
le ciment de La Conexion Familiar.
À bien des égards, toutefois, nous
demeurons ceux qui subissons les effets
de ces décisions, du mouvement vers
l'économie mondiale, et les décisions
correspondantes qui entourent la privatisation
et les mises à pied sont le fruit
de la domination politique et économique
qu'exercent quelques individus sur
tous nos pays.
Parlons des vagues d'immigration.
Mon père est arrivé dans ce pays
à la recherche d'un avenir meilleur.
Ceux qui arrivent dans ce pays aujourd'hui
cherchent un moyen de survivre et
de fuir la répression dont ils sont
victimes dans leur pays d'origine.
Les circonstances de cet état de choses
ont beaucoup à voir avec la domination
que je viens de décrire.
Qu'est-ce que les immigrants récents
ont découvert? En tant que travailleurs
latino-américains, ils découvrent
un monde où, comme dans les années
1800, on les prive du droit même d'exister,
on les jette derrière les barreaux
du sous-emploi pour le reste de leur
vie. Ils découvrent qu'il y a absence
de mesures en faveur des groupes désavantagés,
qui les prive, pas seulement eux mais
leurs enfants aussi, de l'instruction
qui - en ce qui me concerne, c'est
l'emploi et l'instruction qui ont
été la voie d'accès à la classe moyenne
- et c'est de cela dont ils sont privés
aujourd'hui.
Les décisions qui ont été prises
au sujet de La Conexion Familiar
peuvent être dissimulées derrière
un très beau voile d'argumentation
juridique. Essentiellement, pour les
travailleurs de La Conexion Familiar,
avec qui j'ai le privilège de me trouver
ici aujourd'hui, nous avons affaire
à un dossier qui a été décrit en fonction
du résultat auquel il a mené, c'est-à-dire :
l'alcoolisme, des problèmes avec vos
enfants, etc. Les travailleurs paient
le prix d'une telle situation.
À bien des égards, un grand nombre
de ceux d'entre nous ici qui oeuvrent
au sein du mouvement syndical avons
examiné à n'en plus finir l'application
déficiente des lois du travail et
l'illégalité du processus, ce qui
veut dire que nous sommes effectivement
privés de nos droits; il est triste
de dire au sujet des lois américaines
du travail, aujourd'hui, que nous
cherchons des moyens de les contourner
plutôt que de nous y soumettre, qu'au
sein du SEIU et de nombreux autres
syndicats de ce pays, nous rejetons
le NLRB. Nous croyons que c'est un
piège, et ce que nous voulons c'est
que la justice règne au travail, éviter
le piège que nous tend l'employeur.
En conclusion, je crois qu'il faudrait
formuler aujourd'hui des recommandations
concrètes, et je soumettrais, avec
égards, les suivantes :
Affermir l'ALENA et lui donner un
peu de mordant, de sorte qu'au lieu
de tenir une réunion d'information
comme nous le faisons ici, nous disposions
d'un tribunal qui puisse imposer des
sanctions pour protéger les employés
contre La Conexion Familiar.
En ce qui concerne la question des
travailleurs latino-américains dans
ce pays, mettre fin aux mesures racistes
prises contre les immigrants, qui
incitent à nier leurs droits, ainsi
qu'aux comportements racistes comme
ceux manifestés le jour où les travailleurs
ont été licenciés, qui les a privés
de leur langue, de leur culture et
de leur patrimoine.
Pour le gouvernement des États-Unis,
de qui j'ai beaucoup appris et grâce
auquel, je l'en remercie, j'ai pu
suivre des études en recevant une
bourse de l'armée, je dirais :
respecter les décisions politiques
d'autres pays, les considérer comme
une moyen de collaborer, et non dominer,
et respecter les décisions politiques
qui sont prises à propos des orientations
que ces pays désirent se donner.
Il faut que ce soit la collaboration
qui règne, et non la domination, au
niveau international, faute de quoi,
sans intégration des divers secteurs
de la société, il y aura toujours
des conflits.
Deux derniers commentaires.
En ce qui concerne le Mexique, pays
pour lequel j'ai le plus d'affinités
vu mon éducation culturelle et la
manière dont j'ai été élevé, je proposerais,
avec égards, que l'on règle la question
de Ruta Cien au Mexique, afin de trouver
une solution par la voie de la négociation.
Je conclurai mes propos comme suit.
Pour ceux d'entre nous qui faisons
partie du mouvement syndical américain
et qui connaissons les syndicats latino-américains,
nous savons que jamais nous ne reviendrons
à l'époque de Lazero Cartinas et de
Franklin Delano Roosevelt. Nous n'essayons
pas non plus de le faire. Toutefois,
les principes qui étaient en jeu dans
ces deux gouvernements, en cette période
historique, à savoir qu'il fallait
inclure les travailleurs, les respecter,
leur permettre de trouver de la dignité
dans le travail et respecter leurs
droits, ces principes doivent être
intégrés. Le déséquilibre que l'on
note aujourd'hui est attribuable au
fait que les travailleurs n'ont pas
les mêmes droits que ceux qui les
emploient, que tant qu'existe ce déséquilibre,
nous continuerons d'éprouver les mêmes
problèmes jusqu'à ce que nous arrivions
à rééquilibrer les forces entre les
patrons et ceux qui travaillent.
Je vous remercie beaucoup.
M. OTERO : Merci beaucoup, M.
del Campo.
Le conférencier suivant est membre
de la délégation tripartite du Canada
et il prendra la parole au nom du
mouvement syndical canadien.
J'aimerais inviter M. Dick Martin,
secrétaire-trésorier du Congrès du
travail du Canada, le CTC.
M. Martin.
M. MARTIN : Merci beaucoup,
Monsieur le Président.
Avant de commencer, je devrais peut-être
expliquer, à titre informatif, que
le Congrès du travail du Canada est
la principale centrale syndicale au
Canada et qu'elle représente quelque
82 syndicats affiliés et 2,3 millions
de membres.
Le rôle que je joue en tant que secrétaire-trésorier,
entre autres fonctions administratives,
est celui de responsable de l'Amérique
latine pour ce qui est de toutes les
questions qui peuvent survenir, en
ce qui concerne par exemple les droits
de la personne, les droits syndicaux,
les questions économiques et, évidemment,
les questions entourant l'ALENA.
J'aimerais tout d'abord rendre un
hommage personnel aux travailleurs
de Sprint qui ont témoigné ici aujourd'hui
et qui m'ont certainement sensibilisé
au sort qu'ils ont connu. Il vous
faut du courage, je le sais, ne serait-ce
que pour venir ici prendre la parole.
J'aimerais féliciter Francisco Hernandez
Juarez, le président du syndicat des
travailleurs de l'industrie du téléphone
du Mexique, pour la détermination
et le courage avec lesquels il a insisté
pour déposer ces plaintes et venir
ensuite ici témoigner, compte tenu
en particulier des propos qu'il a
tenus ce matin, à savoir qu'il lui
avait été suggéré de ne pas venir
exposer ses vues.
Je tiens à rendre hommage aussi au
leadership du secrétaire du Travail,
M. Robert Reich, ainsi qu'à M. Jack
Otero, pour avoir tenu ces audiences
car, en dépit du moins des critiques
que je vais formuler, cela permet
à tout le moins aux travailleurs de
cette ville et de cet État, du pays
tout entier peut-être, d'exprimer
leurs doléances, et cela permet aussi
aux représentants des travailleurs
des États-Unis, du Canada et du Mexique
de faire connaître leur opinion. Je
pense donc que, dans cette mesure-là,
cette initiative est bénéfique, et
je sais que le ministère a pris certains
risques pour pouvoir tenir ces audiences.
Lorsque l'on examine ce qui s'est
passé ici, vous devriez savoir, je
crois, que le Congrès du travail du
Canada s'est fortement opposé à l'ALENA,
de pair avec la FAT-COI aux États-Unis,
et ce, pour un grand nombre des raisons
pour lesquelles nous sommes présents
ici aujourd'hui.
Nous craignions énormément que cela
allait causer un mouvement important,
avoir un effet à la baisse sur les
normes dont nous jouissons au Canada,
tant en ce qui concerne les lois du
travail que les lois connexes qui,
pour nous, sont fort importantes,
comme celles sur la santé et la sécurité
au travail et l'indemnisation des
travailleurs et, évidemment, nos programmes
sociaux.
Bien sûr, nous nous inquiétions beaucoup
du fait qu'il y aurait une nette diminution
des emplois, juste à cause des différences
et des divergences entre les trois
pays.
Dans un rapport que nous avons rédigé
- et il s'agit d'un rapport conjoint
auquel ont contribué la FAT-COI et
un certain nombre de groupes d'action
communautaire aux États-Unis et au
Canada, nous parlons des entreprises
américaines qui rompent des promesses
au Canada et aux États-Unis.
De grandes entreprises ont prédit
que le libre-échange leur permettrait
d'embaucher plus de travailleurs.
Selon des études menées dans les deux
pays, c'est exactement le contraire
qui s'est passé.
Un organisme de consommateurs américain,
Public Citizens, s'est penché sur
la promesse d'emplois d'environ 80
entreprises favorables à l'ALENA.
Dans près de 90 p. 100 des
cas étudiés, les entreprises n'avaient
rien fait d'important pour remplir
leurs promesses de créer des emplois
aux États-Unis ou d'intensifier leurs
exportations.
En fait, selon le Département du
travail des États-Unis, un certain
nombre d'ardents partisans de l'ALENA
ont mis à pied des travailleurs américains
à cause de l'ALENA, comme Allied Signal,
General Electric, Proctor & Gamble,
Mattel, Scott Paper, Xerox, Baxter
International, Alcoa et Zenith.
Au Canada, c'est la même chose. La
plupart des entreprises qui promettaient
de créer davantage d'emplois si l'Accord
de libre-échange entre le Canada et
les États-Unis, connu sous le nom
de l'ALE, était signé en ont plutôt
éliminé des centaines de milliers.
Le Centre canadien de politiques alternatives
a étudié 48 des plus grandes entreprises
du pays, et découvert que 37 d'entre
elles avaient éliminé plus de 215
000 emplois depuis l'adoption de l'ALE
en 1988. Les 11 autres n'en ont créé
que 11 993. Toutes les entreprises
font partie d'un puissant conseil
des chefs d'entreprises au Canada,
qui a fait fortement pression en faveur
de l'adoption de l'ALE et de l'ALENA.
Dans l'ensemble du Canada et des
États-Unis, aujourd'hui, et en fait
je corroborerai ce dont M. Edmondson
a parlé ce matin, nous avons relativement
parlant une bonne réputation sur le
plan de l'accréditation, des demandes
d'accréditation, au Canada, par rapport
aux États-Unis et, certainement à
ce qu'il semble, au Mexique. Mais
cela ne veut pas dire qu'il y a un
intérêt très marqué et, en fait, certains
gouvernements des provinces canadiennes
ont fait un grand pas en arrière à
l'égard de certaines lois fort importantes
pour les travailleurs de notre pays,
et c'est certainement ce qui se passe
ici aux États-Unis.
Ils ont miné ou tentent de miner
le pouvoir d'application aux États-Unis,
de l'OSHA, et, en fait, dans la législation
provinciale au Canada, la législation
sur la santé et la sécurité au travail.
Des tentatives sont faites pour légaliser
des syndicats d'initiative patronale,
abolir la rémunération du surtemps,
frapper d'interdiction les campagnes
d'entreprises contre les prêteurs,
fournisseurs ou clients de l'entreprise
qui font du piquetage ou prennent
d'autres mesures, réduire la ré
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